Marwan Muhammad, président du collectif contre l’islamophobie (CCIF), à Liberté, “Les victimes ont peur de déclarer les actes subis”

Liberte; le Mercredi 1 Fevrier 2017
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Cette organisation rend public ce mercredi son rapport 2016 sur l’islamophobie en France.
Constat majeur : le discours électoral et la donne sécuritaire valident le sentiment de rejet des musulmans dans le pays.

Liberté : Un attentat meurtrier vient de cibler une mosquée au Québec. Pensez-vous que ce genre d’actes pourrait survenir en France compte tenu du climat d’islamophobie actuel ?
Marwan Muhammad : Les mosquées en France sont déjà la cible d’actes de dégradation. On en compte des dizaines chaque année. Il se trouve qu’elles sont également visées par des risques d’attentats terroristes. Ce qui a conduit au renforcement de la surveillance des lieux de culte musulmans. La construction d’une partie du discours électoral à droite, autour du rejet de l’islam, fait par ailleurs augmenter le risque d’actes islamophobes et rend les mosquées plus vulnérables.

Dans votre rapport, vous constatez une diminution numérique des actes islamophobes. Mais d’un autre côté, la politique sécuritaire post-attentats semble cibler de manière disproportionnée les musulmans. Comment l’expliquez-vous ?
Effectivement, le total des actes déclarés a diminué. Mais cela ne veut pas dire que l’islamophobie a reculé. Nous avons constaté par exemple que les victimes ont peur de déclarer les actes qu’elles ont subis soit parce qu’ils savent que leurs plainte ont peu de chance d’aboutir, soit parce qu’il y a un tel niveau de validation du sentiment de rejet à l’égard des musulmans que ces derniers n’ont plus confiance dans la justice. Il ne faut pas perdre de vue par ailleurs que l’état d’urgence a donné lieu à un nombre effarant de violations des droits. Il y eu 4000 perquisitions et quelques-unes seulement ont donné lieu à des poursuites judiciaires. Au bout d’un moment, les musulmans ont le sentiment d’une persécution avec les moyens de la puissance publique, au service d’une lutte antiterroriste qui vise les musulmans.

Quels sont les actes islamophobes les plus récurrents actuellement en France ?
Il y a des cas d’agressions physiques avérés de musulmans à cause de leur couleur de peau ou de leur code vestimentaire. Je pense notamment à un monsieur poignardé dans le bus par un individu qui l’a identifié comme musulman. Nous avons aussi des cas très fréquents de discrimination qui ciblent en particulier les femmes voilées qui
sont refoulées à la fois dans des services, des commerces et des entreprises. Et puis, il y a les dégradations multiples des lieux des cultes et la profanation des cimetières musulmans.

La politique antimusulmane de la nouvelle administration américaine pourrait-elle faire des émules en France, surtout que le pays s’apprête aussi à changer de Président ?
Dans certains programmes électoraux, notamment celui de François Fillon (les Républicains), il y une volonté claire de stigmatiser les musulmans. On a beau jeu de considérer que Donald Trump est un raciste, et on a raison de le dire, mais on est capable aussi sur le territoire français d’appliquer des politiques islamophobes et racistes claires.

Un des candidats de la primaire de la gauche, Vincent Peillon, a comparé le sort des musulmans à celui des juifs sous l’Occupation. Etes-vous d’accord ?
Cette comparaison est à mon sens hors de proportion. On parle d’extermination de gens sur la base de leur judaïté. Cela dit, ce qui s’est passé durant les années trente, c’est-à-dire avant la Seconde Guerre mondiale, représente une phase marquée par la mise en place d’un “problème juif”, de discrimination de gens à cause de la religion, sans aller encore, à l’époque, jusqu’à leur extermination. À ce niveau, il y a effectivement des éléments de comparaison claire, que ce soit dans la manière avec laquelle les juifs étaient décrits, y compris dans la presse, les campagnes de diabolisation dont ils ont été victimes…

Propos recueillis par : S. L.-K.

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Samia Lokmane Khelil

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