Me Amine Sidhoum, avocat d’Abdou Semmar et de Merouane Boudiab, “Les éléments constitutifs des chefs d’inculpation ne sont pas fondés”

Liberte; le Jeudi 8 Novembre 2018
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Liberté : Le procès d’Abdou Semmar, éditeur du site d’information Algérie Part, et son collaborateur Merouane Boudiab s’ouvre aujourd’hui sur fond de polémique quant aux motifs de leur incarcération. Pouvez-vous nous édifier sur les griefs exacts retenus contre eux ?   
Me Amine Sidhoum : Ces deux journalistes sont poursuivis sur la base de leurs écrits parus sur le site Algérie Part. La procédure judiciaire a été enclenchée à la suite de deux plaintes, l’une émanant du wali d’Alger, Abdelkader Zoukh, et la deuxième du groupe Ennahar. Les chefs d’inculpation retenue à l’encontre de ces deux journalistes sont la diffamation et l’atteinte à la vie privée.
Pour le wali d’Alger, les articles incriminés ont un lien avec sa gestion des affaires publiques. Concernant le groupe Ennahar, les journalistes n’ont fait que rapporter des propos de personnes identifiées, publiés sur les réseaux sociaux. Ce qui n’est pas un motif valable pour mettre les gens en prison.

Ils ne sont au final pas accusés d’extorsion de fonds ?
Dans le dossier objet de ce procès, il ne figure pas ce genre d’accusation.

Pourquoi ce recours à la détention préventive ?
La détention préventive est généralement appliquée pour des personnes dangereuses qui ne présentent pas de garanties de se présenter devant un tribunal. Je ne vois pas quel danger constituent des journalistes pour la sécurité nationale. Maintenant, est-ce que la mise en détention préventive de ces journalistes est bénéfique pour la justice et le pays en premier lieu ? Au contraire, cela ouvre des brèches de critiques dans le monde par rapport à ce genre de pratiques. Je pense qu’il est nécessaire, dans la conjoncture actuelle, de les libérer pour apaiser les tensions et renforcer la liberté d’expression.

Le délit de presse a été dépénalisé par la loi sur l’information de 2012. Comment expliquez-vous cette promptitude à mettre des journalistes sous les verrous ?
L’État est le premier responsable de cette situation, parce que ces sites d’information existent  depuis une dizaine d’années. Personne ne les a pointés du doigt.
Les autorités concernées auraient dû mettre en place, depuis longtemps, un cadre juridique réglementant le développement de la presse électronique en Algérie.
Ce qui n’a pas été fait. On ne peut pas, maintenant, poursuivre et arrêter des gens pour leurs écrits. C’est une grave atteinte aux libertés individuelles et à la liberté d’expression elle-même.

Ils sont donc aussi poursuivis pour des articles parus sur des sites sans agrément ?
Il n’y a pas un chef d’inculpation directement lié à cela, mais cette question a été soulevée par la gendarmerie lors de leur audition. La gendarmerie est aussi la seule autorité qui s’est exprimée jusqu’à présent sur les arrestations de journalistes dans un communiqué datant du 25 octobre dernier, faisant état de sept affaires se rapportant à l’utilisation à des fins criminelles de réseaux sociaux et d’internet. Le communiqué de la gendarmerie est une forme de condamnation. Alors que son rôle consiste à mener l’enquête préliminaire et non à porter des jugements. La seule institution habilitée à juger, à condamner ou à acquitter tout accusé est la justice. On se retrouve dans une situation où le principe de la présomption d’innocence a été bafoué. Bafoué à la fois à travers ce communiqué et les images diffusées par une chaîne de télévision privée, où on les voit menottés pendant 48 heures.
C’est une atteinte aux libertés individuelles, au principe de la présomption d’innocence. Ce genre de pratique constitue aussi des actes de diffamation et une atteinte à la vie privée des gens.
En somme, c’est ce qu’on reproche exactement à ces journalistes. On va se battre pour démontrer que les éléments constitutifs des chefs d’inculpation ne sont pas fondés et que les poursuites ont été engagées sur la base de dossiers vides. Il est nécessaire de libérer les journalistes et de mettre un terme à ces scandales inutiles.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nissa Hammadi

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