Ouverture du 9e festival international du cinéma d’alger, “Wadjib” ou les destins croisés de plusieurs générations

Liberte; le Lundi 3 Decembre 2018
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Malgré ce conflit intergénérationnel entre Shadi et son père, l’œuvre d’Anne-Marie Jacir reste pourtant légère, voire loufoque, où les situations cocasses, à la limite de l’absurde, la disputent à des thèmes plus sérieux, comme l’absence des gens qui nous sont chers, le divorce, la mort et, dans une moindre mesure, la guerre.

L’ouverture du neuvième Fica (Festival international du cinéma d’Alger), dédié au film engagé, qui se tient du 1er au 9 décembre à l’Oref, a été donnée avant-hier soir à la salle Ibn Zeydoun, le lieu qui l’a vu naître il y a dix ans déjà. Après la présentation des membres des jurys fiction et documentaire, ainsi que les traditionnels discours des officiels, place à la projection. En ouverture de cette 9e compétition, le film Wadjib, l’invitation au mariage, d’Anne-Marie Jacir, en compétition officielle, met en scène un duo père-fils, formé à la vie comme à l’écran par les comédiens palestiniens Mohamed et Saleh Bakri. Nazareth, ville morose qui essaye tant bien que mal de vivre sa diversité ethnique et religieuse, est le lieu des pérégrinations du duo formé par Shadi, qui rentre de Rome pour aider son père, Abu Shadi, professeur divorcé, à préparer le mariage de la benjamine de la famille.
Passés les premiers moments des retrouvailles, où père et fils tentent de rattraper le temps perdu autour d’une bonne table, s’installe une incompréhension entre les deux hommes. À la vue traditionnaliste du père et son sentiment d’avoir sacrifié sa vie pour élever ses enfants après son divorce, se heurte celle du fils qui ne comprend pas le mode de vie de son paternel, tout en lui reprochant ce célibat qui l’a endurci  avec le temps. Malgré ce conflit intergénérationnel et les deux visions qui s’affrontent, l’œuvre d’Anne-Marie Jacir reste pourtant légère, voire loufoque, où les situations cocasses, à la limite de l’absurde la disputent à des thèmes plus sérieux, comme l’absence des gens qui nous sont chers, le divorce, la mort et, dans une moindre mesure, la guerre. Cette dernière justement est  à peine évoquée. Le conflit israélo-palestinien n’est en effet que rarement traité, comme pour préserver ces rares moments de bonheur, bien que perturbés par une incompréhension entre les deux personnages principaux. Épargner cette bulle nouvellement créée de la haine, du sang et de l’humiliation envers les Palestiniens, ne serait-ce que le temps d’une fiction, est une des lectures qu’on pourrait faire du film. Côté réalisation, l’on remarque le parti pris de la jeune réalisatrice, qui met en avant une sobriété tant côté personnages que côté décors, aidé par des interprétations tout en finesse des Bakri, aidée, du reste par le lien filial qui les unit. Pendant les quelques jours où l’on suit cette paire sillonner les rues de Nazareth pour remettre les invitations aux proches et amis, à bord de la Volvo 85, les rapports entre les différentes confessions et origines sont mis en avant. Une bienveillance et une entraide qui seraient dans un autre contexte moins marquées, sont l’un des points forts de ce film qui met l’humain avant toute autre chose.
À noter que dix-sept œuvres cinématographiques sont en compétition cette année, dans les catégories fiction et documentaire, comme Le silence de Lydie, de la Burkinabè Aissata Ouarma, I am not your negro, de Raoul Peck, ou encore La voix des anges de Kamel Laïche.
Par ailleurs, les jurys de ces deux catégories sont composés de cinéastes et d’artistes nationaux et internationaux, à l’instar d’André Gazut, Safy Boutella ou encore Amina Bachir Chouikh.

Yasmine Azzouz

Categorie(s): culture

Auteur(s): Yasmine Azzouz

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