Planche à billets, inflation et pouvoir d’achat, Des experts contredisent Ouyahia

Liberte; le Lundi 16 Avril 2018
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Des spécialistes en économie et en finances remettent notamment en cause la méthode de l’Exécutif dans le calcul de l’inflation.

Les affirmations du Premier ministre, avant-hier, en conférence de presse, quant à l’inflation et à la planche à billets, sont contestées par des experts. Du moins ceux qui ont accepté de s’exprimer sur le sujet ont remis en cause les chiffres de l’inflation communiqués.
Le premier responsable de l’Exécutif avait, en effet, affirmé que la tendance de l’inflation est à la baisse : elle serait établie à 4,9% en février 2018, à  5,5% en 2017 et janvier 2018, contre 6,4% en 2016. “Cette tendance à la baisse de l’inflation montre que la planche à billets, contrairement à l’avis des experts, n’est pas inflationniste. Ils se sont trompés”, a-t-il soutenu. Une sortie qui a fait réagir certains auteurs de ces prévisions inflationnistes. Ces derniers, en premier lieu, remettent en cause la méthode de l’Exécutif dans  le calcul de l’inflation. Il faut savoir que l’indice des prix du Grand Alger sert de base de calcul pour la détermination du taux d’inflation du pays par l’Office national des statistiques (ONS). Or, pour ces spécialistes, cet indice des prix est calculé à partir du panier de la ménagère qui n’est pas actualisé. De ce fait, la perception de la majorité des citoyens est que la hausse des prix enregistrée est beaucoup plus importante que celle affichée par le gouvernement. “Quand on prend en considération les produits de large consommation, on n’est pas à 5%, mais à 10, voire 15% d’inflation. Il ne faut pas oublier que l’augmentation des carburants a fait boule de neige : augmentation des tarifs de transport urbain, augmentation des prix des grossistes et des détaillants, laquelle n’est guère proportionnelle au niveau des hausses des carburants ou du tickets de bus”, commente Zoheir Boudehri, consultant. Du coup, la baisse du pouvoir d’achat d’une grande partie de la population est beaucoup plus significative. Il y a lieu de rappeler que différents experts avaient sonné l’alerte : la mise en œuvre de la planche à billets va générer une inflation à deux chiffres, avaient-ils averti. Ils ont prévu que ses effets commenceront à être sensibles à partir de juin prochain, voire en 2019.
La mécanique économique, qui permet cette déduction, est simple : une augmentation significative de la masse monétaire sans hausse de la productivité ou de l’offre entraîne une inflation importante. Contacté par Liberté, Lyes Kerrar, spécialiste financier, émet également des réserves sur la composition du panier de la ménagère. Le spécialiste pointe du doigt la proportion produits subventionnés dans le panier, alors que, par exemple, le sachet de lait, dont le prix est fixé à 25 DA, reste inaccessible pour beaucoup de consommateurs qui se rabattent sur les laits Candia, Soummam ou Hodna, beaucoup plus chers. M. Kerrar cite l’exemple des télécommunications où la consommation des services de téléphonie mobile ou Internet aujourd’hui est devenue beaucoup plus importante qu’il y a dix ans, et donc plus significative dans le budget des ménages. Selon lui, cet élément, qui compose le panier de la ménagère, est sous-pondéré.
Par ailleurs, la valeur du dinar sur le marché parallèle donne un indice sur le pouvoir d’achat de la monnaie nationale. À plus de 190 DA pour un euro en 2016, l’euro est passé à plus de 210 DA actuellement. Sur le marché officiel, le dinar s’échange entre 140 et 150 DA pour un euro contre plus de 90 DA, il y a quelques années.
Cette détérioration du pouvoir d’achat du dinar,  au cours de ces dernières années, n’est pas sans conséquence sur le pouvoir d’achat des citoyens. En un mot, le pouvoir d’achat est en chute libre depuis la baisse des prix du baril. D’autant qu’avec la crise financière qui secoue l’Algérie depuis juin 2014, les salaires des Algériens — pour leur grande majorité — ont stagné.
À cela s’ajoute le risque d’une manipulation des chiffres encore plus grande avec ces limites du système statistique national, observe un autre spécialiste.
D’où la nécessité d’émergence d’organismes indépendants ou d’une structure indépendante qui puisse nous dire si ces indicateurs officiels reflètent en particulier l’inflation réelle ou le taux de chômage réel.  

K. Remouche

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Remouche Khaled

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