Sculpteur et ancien moudjahid de la Wilaya I Historique, Mohamed Demagh, l’artiste au grand cœur

Liberte; le Dimanche 7 Octobre 2018
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Les œuvres de l’artiste sont toujours chargées de symboles, de références, mais aussi et surtout d’hommages à ses compagnons et frères d’armes. La guerre de libération occupe d’ailleurs une place prépondérante dans sa production.

Il donne l’impression de sortir d’un roman pour enfant, le magicien d’Oz ou encore un personnage d’Alice au pays de merveilles. Jovial, toujours le mot et calembour pour rire, mais aussi sincère comme ceux de sa génération et qui lui étaient proches, à l’image d’Issiakhem, Kateb Yacine et bien d’autres. Mohamed Demagh aura marqué de son empreinte l’histoire la région des Aurès qu’il a tant aimée et vantée à travers son œuvre. L’artiste aimait offrir des bonbons aux enfants du quartier là où se trouvait jadis son atelier, rue des Frères-Guelil, et où il gardait jalousement des objets hétéroclites, dont certains faisaient partie de l’histoire de Batna. L’ancienne cloche de l’unique église de la capitale des Aurès détruite aux débuts des années 70, un robinet de la première fontaine de Batna, un fragment d’une bombe au napalm, ramassé dans les contrées lointaines des Aith M’loul. Le défunt, né le 4 juillet 1930, était aussi moudjahid dans la Wilaya I historique (Aurès-Nememchas). C’était le dernier survivant d’un groupe de choc de 17 combattants qui ont eu à opérer dans les maquis de l’ALN de cette région. Un témoin et acteur à la fois d’une époque aussi douloureuse que celle du colonialisme qui semble avoir marqué à jamais Mohamed Demagh dont il s’inspire pour réaliser ses sculptures majoritairement en bois brûlé, calciné, certainement en référence à la guerre de libération, qui constitue pour Mohamed Demagh plus qu’une halte, mais un tournant dans l’histoire contemporaine de l’Algérie, ses œuvres sont toujours chargées de symboles, de références, mais aussi et surtout d’hommages à ses compagnons et frères d’armes. Primé à plusieurs reprises pour ses œuvres, il s’est distingué par deux célèbres œuvres en sculpture : L’étonnement et La mère et l’enfant mais aussi Napalm. Il a été d’ailleurs primé pour ses travaux au Panaf en 1969, il a capté l’admiration des artistes de renommée et des critiques en 1980. L’écrivain Tahar Djaout écrivait à propos de l’artiste : “Dans son atelier de Batna, Mohamed Demagh maintient le bois en éveil. Il le moule pour libérer l’élan qui sommeille sous la gangue pesante de l’écorce. Bois abattu auquel le sculpteur infuse une nouvelle vie, communique une autre dynamique pour le lancer à la conquête de nouvelles formes et de nouvelles significations. La sculpture de Mohamed Demagh est à la fois une sculpture charnière et une sculpture-témoin. De la gravure populaire sur bois, elle a gardé la spontanéité et l’état quelque peu brut ; des conquêtes plastiques actuelles elle a adopté la liberté des formes et l’audace des expressions. Le corps de l’objet sculpté devient un champ de cris et de signes où chaque observateur peut loger ses propres visions et sa propre lecture.” Des amis à lui dont certains vivent à l’étranger se sont constitués en collectif “Hommage à Mohamed Demagh” et projettent d’organiser une rencontre à sa mémoire. Selon un ami proche, l’hommage à l’artiste aura finalement lieu dans la capitale des Aurès après avoir pensé initialement le faire à Alger. Selon notre interlocuteur, la contribution des autorités locales est souhaitée.

H. TAYAB 

Categorie(s): culture

Auteur(s): H. Tayab

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