Toufik Hadkeheil, exportateur de produits agricoles, “Le problème phytosanitaire est un obstacle aux exportations”

Liberte; le Mercredi 13 Juin 2018
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Liberté : Des informations non vérifiées évoquent des quantités de produits algériens refoulés de certains pays. Le ministre du Commerce a démenti. Qu’en est-il au juste ?
Toufik Hadkeheil : C’est une vieille information. La véritable question que l’on doit de se poser est de savoir pourquoi nous sort-on cette campagne de dénigrement concernant cette histoire de pommes de terre maintenant, alors que je le dis et je le répète, elle date de plusieurs longs mois, et qu’à l’époque, elle était passée sous silence ? La réalité est qu’il y a énormément d’argent en jeu et que beaucoup de nos concurrents voudraient que l’on continue d’exporter uniquement des hydrocarbures et que l’on ne s’approche pas de leur chasse gardée depuis des décennies, à savoir l’exportation des produits agroalimentaires. À long terme, il s’agit de milliards de dollars en jeu.

Vous avez évoqué récemment la présence de pesticides dans les produits agricoles produits ici en Algérie. Cette présence est-elle inquiétante ?
En agriculture dite conventionnelle, l’utilisation de pesticides est utilisée fréquemment. En revanche, il y a certaines règles de bon usage à respecter telles que le dosage, le délai avant récolte, que l’on appelle communément DAR. Pour chaque produit mis en contact avec la plante, il est nécessaire de respecter ce fameux DAR, afin que le produit puisse se dissoudre entièrement dans la plante et qu’il ne puisse pas y avoir de résidus néfastes pour l’homme. Concernant ce qui se passe en Algérie, certes, il y a des agriculteurs qui respectent ces protocoles, mais beaucoup d’entre eux ont hérité leur exploitation de leurs aïeux. Or, nous devons savoir que l’agriculture s’est modernisée, elle est devenue technologie et l’ère de l’à-peu-près doit disparaître, afin d’avoir une agriculture saine à léguer à nos enfants.

Y a-t-il des normes phytosanitaires imposées aux agriculteurs ?
Les normes phytosanitaires existent, mais le problème résulte dans leur application. On ne peut pas mettre un contrôleur derrière chaque agriculteur, en revanche, il y a des mesures coercitives à prendre.
À l’image d’analyses phytosanitaires aléatoires effectuées, et d’une manière fréquente, au niveau du marché de gros et chez les agriculteurs. Le maître-mot dans tout cela est traçabilité. Si l’État impose cette traçabilité à chaque caisse, vous verrez que 90% de ces problèmes disparaîtront et l’acte d’exporter deviendra une chose tout à fait normale, car nous aurons hissé nos standards vers le haut.

Avez-vous déjà été confronté dans votre travail à des problèmes avec des sociétés étrangères lorsque vous avez exporté des produits algériens ?
Oui, effectivement, et d’ailleurs ce problème phytosanitaire est l’un des principaux obstacles à une exportation à grande échelle pourvoyeuse de devises fortes au pays. Je dirais même qu’à long terme, elle pourrait se substituer aux hydrocarbures.
Pour ce faire, nous avons besoin d’une écoute encore plus marquée à nos doléances, car nous sommes des gens de terrain et nous voyons les problèmes d’un côté pratique. L’exportateur est un pragmatique, il analyse énormément l’environnement étranger et national, afin de proposer un produit vendable à l’étranger. Il m’est arrivé à plusieurs reprises d’annuler une commande car le produit n’était pas aux normes du pays destinataire. Cette décision a été prise suite à l’analyse effectuée dans des laboratoires nationaux qui manquent, d’ailleurs, cruellement dans notre pays. Des doléances que je n’ai pas manqué de transmettre aux autorités compétentes.

Propos recueillis par :Ali Boukhlef

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Ali Boukhlef

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