12 heures chrono d’Alger à Tlemcen

Elwatan; le Vendredi 21 Decembre 2012
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L’arrivée à Tlemcen : passage solennel devant les militaires

 

François Hollande et sa compagne, Valerie Trierweiler. Après avoir salué le drapeau national, les autorités civiles et militaires et des personnalités de la wilaya de Tlemcen, le Président a passé en revue un détachement de la Garde républicaine et un détachement des trois armées de l’ANP (terre, mer et air) qui lui ont rendu les honneurs. Au programme : un discours à l’université Aboubakr Belkaïd où il recevra le titre de docteur honoris causa et rencontrera plusieurs étudiants, majors de promotion, pour répondre à leurs questions. Lors de son discours devant les parlementaires, il a évoqué le matin la mise en oeuvre à l’échelon méditerranéen d’un système d’échanges universitaire similaire à Erasmus, le programme européen d’échange d’étudiants, la création de quatre «instituts d’enseignement supérieur de technologie» algériens, sur le modèle des «IUT» français, et celle d’une maison de l’Algérie à la cité universitaire internationale à Paris.

 

 

François Hollande face aux chefs d’entreprise : l’amitié ne peut remplacer la compétitivité

 

«La politique ne remplace pas l’économie et l’amitié ne peut remplacer la compétitivité», a estimé le président français, François Hollande, à l’occasion d’une rencontre économique algéro-française, organisée hier au Sheraton (Alger-Ouest). «Nous avons des projets à réaliser pour les populations de nos pays, mais c’est la compétitivité, la qualité et la performance qui feront la distinction», a ainsi tenu à clarifier le président français devant les membres d’une délégation du Medef et ceux du Forum des chefs d’entreprises (FCE). Tout en réclamant aux autorités algériennes «une moindre réglementation» et surtout, dit-il, «une simplification et une plus grande rapidité» des procédures d’investissement, M. Hollande a toutefois assuré qu’il n’escomptait nul privilège quant à l’accès des entreprises françaises au marché algérien. Il a souligné au passage que la bonne santé financière de l’Algérie lui permet aussi d’assumer «des responsabilités internationales».

Qualifiant le prêt alloué récemment au FMI de «retournement de l’histoire» pour un pays qui a connu les contraintes de l’ajustement structurel, le président français s’est dit satisfait de voir ainsi l’Algérie contribuer à apaiser les tensions économiques dans d’autres régions du monde. De son côté, le Premier ministre, Abdelmalek Sellal, a appelé à l’édification d’un partenariat diversifié et durable, assurant que l’Algérie s’attache désormais de manière résolue à améliorer son climat d’investissement et à veiller à la stabilité de ses dispositifs juridiques. A l’issue de la rencontre d’hier, enfin, cinq accords de partenariat algéro-français ont été officiellement engagés dans les domaines de l’industrie pharmaceutique, de l’agroalimentaire et des équipements médicaux. 

 

 

Hommage place Maurice Audin : la veuve du militant juge le discours du président «insuffisant»

 

Entre la visite du cimetière de Bologhine et celle au monument des martyrs, François Hollande s’est rendu sur la place Maurice Audin pour se recueillir à la mémoire de ce mathématicien de 25 ans, communiste, qui militait pour l’Algérie indépendante. Arrêté par les paras français en 1957, en pleine bataille d’Alger, puis torturé, son corps n’a jamais été retrouvé. Josette Audin, la veuve du militant de la cause nationale, Maurice Audin, avait plaidé pour une «condamnation ferme» de la France de l’assassinat de son époux en juin 1957 par les parachutistes, ainsi que de tous les crimes perpétrés en Algérie pendant la colonisation.

Elle a donc jugé «insuffisant» le discours du président français. «Je n’apprécie pas du tout son discours qui me semble le minimum, du minimum, du minimum de ce qu’il aurait dû faire», a déclaré la veuve de Maurice Audin. «Le mot torture a été prononcé entre deux ou trois autres, mais en passant très vite alors qu’il aurait été bien qu’il ne passe pas sous silence ce genre de choses hautement répréhensibles», a-t-elle ajouté.      

 

 

Conférence de presse à Tlemcen : de l’Algérie, du Mali et du Maroc

 

«Exceptionnelle à tous les égards». C’est ainsi que François Hollande a qualifié sa visite d’Etat, au cours de sa dernière conférence de presse à Tlemcen. Le Président a affirmé que «l’accueil que le peuple algérien lui a réservé était un message de confiance adressé au peuple français». Il est également revenu sur le choix de Tlemcen comme deuxième étape de son séjour en Algérie, expliquant que la capitale des Zianides «était une ville chère au président Bouteflika». «Les mots choisis par les uns et les autres pour dépasser notre passé et préparer notre avenir ont permis de dépassionner les débats», a-t-il insisté en parlant du «climat exceptionnel» qui a régné entre les deux présidents. Il a également tenu à réaffirmer sa volonté à ce que les historiens des deux pays puissent travailler en toute liberté, et également souhaité que la justice dans l’affaire de l’assassinat des moines de Tibehirine puisse en faire de même.

Sur la question malienne, il a réaffirmé la position de la France qui lui paraît «équilibrée» sans être en contradiction avec la position algérienne. «Nous sommes d’accord avec les Algériens pour que des négociations s’établissent avec les groupes qui rejettent le terrorisme et qui ne contestent pas l’intégrité territoriale du Mali. La position française se situe dans le cadre de l’ONU qui a voté aujourd’hui une résolution qui ouvre la voie à une intervention militaire.» Par ailleurs, François Hollande a reconnu avoir parlé du dossier sahraoui avec le président Bouteflika, soulignant que la position française se résume à trois mots : «ONU, ONU et encore ONU.» Il a enfin révélé que durant son voyage au Maroc qu’il doit effectuer l’année prochaine, il abordera le sujet avec le souverain marocain et appelle de ses vœux à la réouverture des frontières entre les deux pays. Avant d’achever sa visite par un dîner officiel, François Hollande a délivré un dernier message de tolérance, assurant que les Français originaires d’Algérie seraient «bien accueillis» en allant «honorer leurs morts» dans le pays et rendant hommage au «brassage» des communautés religieuses qu’a connu la ville de Tlemcen.    

 

 

Bain de foule à Tlemcen : beaucoup de drapeaux algériens sur le passage des Présidents

 

«Je suis à Tlemcen depuis deux jours. Je viens de Paris spécialement pour la visite de Hollande. J’ai de grands espoirs pour que les relations entre les deux pays soient plus sereines car nous avons beaucoup souffert de la politique menée par l’ancien président Sarkozy», affirme Halima, retraitée, qui a travaillé pour la commune de Cergy-Pontoise. Habillée d’un khimar violet, elle tient dans ses mains les deux drapeaux, algérien et français, qu’elle agite dès qu’un photographe passe à son niveau. Elle est bien la seule. Dans la foule qui s’est amassée tôt le matin le long du boulevard colonel Lotfi, pour voir les présidents Hollande et Bouteflika, très peu de drapeaux tricolores étaient visibles. La grande majorité de ceux à qui ont avait remis les drapeaux avaient jeté les tricolores et n’ont gardé que les nationaux.

Des tiraillements entre ceux qui avaient accepté de garder les drapeaux des deux pays et ceux qui avaient refusé ont eu lieu. «Ce matin, des agents de la wilaya sont venus nous remettre les drapeaux des deux pays, raconte Aymen, ouvrier de 28 ans, habitant la commune de Sabra. Les gens ont refusé de garder ceux des Français et les ont jetés par terre. Les agents ont dû venir les ramasser pour que cela ne se voie pas.» Pour Fouzia, enseignante de français au CEM Ibn Khaldoun, sa présence est une manière pour elle de souhaiter un nouvel élan dans les relations entre les deux pays. Le matin avant sa venue, elle avait écouté le discours du président Hollande et avait apprécié qu’enfin la souffrance du peuple algérien soit reconnue. «J’ai eu les larmes aux yeux, affirme-t-elle. C’est important que les deux pays tournent la page. Mais il fallait avant que cela soit possible un geste de la part du pays colonisateur. J’estime que ce qu’a dit le président Hollande est une première. Ni Chirac, ni Mitterrand et encore moins Sarkozy n’en avaient dit autant avant lui.» Debout à côté, Ahmed, jeune lycéen de 16 ans, veut savoir si après ce qu’a dit Hollande, les jeunes auront plus de visas. «Tout ce qu’a dit le président français ne m’intéresse pas, dit-il. Moi je suis ici pour hurler mon envie de fuir. Je veux un visa et pour cela je suis prêt à tenir le drapeau de la France.»  

 

Visite culturelle à Tlemcenn : voyage à travers l’histoire

 

«Avec le président Bouteflika, nous avons descendu les avenues de Tlemcen, la main dans la main, avec le sentiment de faire l’histoire ensemble», dira, en préambule, François Hollande dans son discours prononcé à l’auditorium de la faculté de médecine de l’université Abou Bakr Belkaïd, hier après-midi, avant de parler de l’histoire millénaire et des richesses de la cité des Zianides, rappelant les savants et les dynasties qui «ont marqué leur présence ou leur passage». Le président Hollande a pu, dans ce cadre, apprécier toute la beauté des édifices culturels visités, dont le mausolée de Sidi Boumediène, le Musée des arts graphiques islamiques de Sidi Belahcen et le palais royal d’El Mechouar, un rempart qui, il y a cinquante ans (le 1er décembre 1962), fut récupéré par le gouvernement algérien.

Une citadelle datant du XIIIe siècle, occupée par l’armée française depuis 1842, après son évacuation par les Turcs. Le visiteur de marque était impressionné par le site et sa richesse dont chaque pan raconte Tlemcen, l’Algérie. La délégation présidentielle s’est déplacée, ensuite, au musée Sidi Lahcen Tensi où toutes les ruines de l’ère islamique sont soigneusement enfouies et conservées. Le président français suivra avec attention l’explication sur les étapes de l’histoire de cette ville millénaire. «Tlemcen, dira-t-il en substance, est une ville de culture et de sciences, et ce n’est pas pour rien qu’elle a été justement choisie ‘‘Tlemcen, capitale de la culture islamique’’.»    
 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Chahredine Berriah ,Akli Rezouali ,Mélanie Matarese ,Mesbah Salim

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