1Oe Festival national du théâtre comique de Médéa : Les voiles de l’amour affrontent les vents contraires

Elwatan; le Mardi 6 Octobre 2015
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Après une longue absence, Djamel Hamouda revient au théâtre avec l’idée de faire bouger les lignes. Le metteur en scène a travaillé sur un texte de Hamid Gouri sur conseil de Sonia Mekiou, qui était directrice du Théâtre régional de Annaba. «Le texte de Hamid Gouri m’a plu. Après l’avoir lu, je l’ai réduit de moitié pour construire ensuite la pièce. Le public ne supporte plus les longues pièces. 75 minutes est une durée parfaite pour un spectacle de théâtre», a souligné Djamel Hamouda, dans le débat qui a suivi la représentation au 10e Festival national du théâtre comique de Médéa.

La pièce Achriatou el hob (Les voiles de l’amour), présentée samedi soir à la maison de la culture Hassan El Hassani, repose la question du rapport conjugal, des enfants victimes de la mésentente des parents, de l’opportunisme social... Les personnages n’ont pas de nom. Cela peut donc arriver n’importe où et à n’importe qui. La fille (Faten Kessar) est peinée par la tristesse qui règne à la maison, par l’absence prolonlgée du père (Bachir Slatnia) et par la déprime de la mère (Zahia Zayed). Elle tente alors d’organiser une fête pour célébrer l’anniversaire du mariage de ses parents.

Elle doit d’abord convaincre sa mère, qui semble avoir perdu toute envie de vivre et un père dur, névrosé, qui ne nourrit plus de sentiments envers son épouse. Une épouse qu’il traite de «vache folle». «Tu es un âne», lui réplique-t-elle. La violence verbale est là. «Cette violence est inévitable lorsque l’affrontement est entre un névrosé et une dépressive. Il enlève même sa chaussure pour la frapper. Nous sommes tous des névrosés, des malades mentaux. Il faut le reconnaître. Le père a mal vécu son enfance après le divorce de ses parents. Il était humilié à l’école.

A l’université, il a adhéré au mouvement de gauche qui était dominant à l’époque. Son militantisme était plus sentimental qu’intellectuel. Devenu chef d’une entreprise, il travaillait nuit et jour en oubliant son foyer. Il voulait réussir à tout prix», a souligné Djamel Hamouda. La fille assiste, médusée, au spectacle du conflit entre ses parents. «A chaque fois, on me fait taire par de l’argent, par une tablette. Je ne veux pas de cela», crie-t-elle. Djamel Hamouda, pour consolider son propos, reprend la chanson de Charles Aznavour Tu te laisses aller, sur l’ennui qui s’installe dans un couple. Le metteur en scène revendique une certaine nostalgie dans cette pièce.

D’où les chants d’Edith Piaf et de Frank Sinatra. Mais aussi l’évocation de Che Guevera, de Marcel Khalifa et Pablo Neruda... Un certain souvenir de gauche. Un idéal mort ? «Je connais beaucoup de militants de gauche qui ont changé après 1989. Ils sont tous devenus des hommes d’affaires. Ils recrutent des employés qu’ils payent mal ou qu’ils ne payent pas du tout. Donc, nous n’avons rien inventé dans cette pièce. C’est une réalité», a relevé Djamel Hamouda, refusant l’idée d’un règlement de comptes avec la gauche algérienne. «C’est plutôt une invitation aux nostalgiques à se regarder, à se remettre en cause. Aujourd’hui, tout est devenu matérialiste.

D’où la fille qu’on fait taire avec de l’argent, alors qu’elle revendique de la tendresse de ses parents», a-t-il appuyé. Le père dialogue au téléphone avec F., une maîtresse (Ismahan Ferfar). Les attributs du corps sont montrés à travers l’ombre chinoise. F. entre sur scène lorsque le père se met à rêver. Un charme rompu pour le spectateur ? «F. a envahi l’espace du père lorsqu’il s’est mis à douter. Il s’est dit qu’une fois devenu PDG d’une entreprise, il fallait qu’il fasse comme les autres en ayant une maîtresse et en fréquentant les boîtes de nuit», a précisé le metteur en scène. La pièce Achriatou el hob , qui souffre d’une scénographie quelque peu has been, est plus proche du drame social que de la comédie. «Je sais ce que le public veut et à quel moment il va réagir.

Il faut des situations comiques et des situations de dénonciation pour convaincre ce public. Je refuse de faire de la tragédie. Je n’ai pas envie de faire pleurer les spectateurs. Je veux que le public s’identifie aux personnages et au thème. Ce qui se passe parfois dans des situations familiales dépasse l’absurde. Et l’absurde, lorsqu’on le pousse à l’extrême, devient comique», a expliqué le metteur en scène, qui revendique 35 ans d’activité dans le théâtre. Les comédiens, comme Bachir Slatnia ou Zahia Zayed, ont fourni de gros efforts sur scène sans porter réellement la charge dramatique de la pièce. Une charge plutôt lourde.

La psychologie des personnages n’était, parfois, pas bien construite. La fille n’a, par exemple, pas montré toute sa douleur. Elle paraissait plus épanouie que triste. Reste que Achriatou el hob est un plaidoyer mélancolique pour l’amour, la tendresse, le rapprochement avec l’autre... L’appel de Djamel Hamouda pour un monde moins brut et plus humain est plutôt attendrissant de la part d’un homme, d’un artiste, qui a beaucoup donné à la culture algérienne.

Categorie(s): culture

Auteur(s): Fayçal Métaoui

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