20 septembre 1962, une vie écourtée...

Elwatan; le Mardi 29 Mars 2011
1


Détentrice exclusive de la souveraineté nationale, elle est donc seule habilitée à connaître des lois dont elle a l’initiative. Ces lois, avant d’être disposées sur son bureau sous forme de projets ou de propositions, ne sont rendues publiques qu’après que l’Assemblée en soit officiellement saisie. Or, le gouvernement vient de violer cette règle fondamentale. Il a soumis à de prétendus cadres d’un parti, qui, en fait, n’existe pas encore, un projet de Constitution sans que l’Assemblée en soit informée (…).» C’est en ces termes que le président de la première Assemblée nationale constituante (ANC), Ferhat Abbas, avait justifié sa démission de l’Assemblée constituante, le 12 août 1963, pour protester contre le coup de force du tandem Ben Bella-Boumediène visant à imposer le texte fondamental du pays en dehors et contre l’Assemblée constituante.


Composée de 196 députés, l’Assemblée nationale constituante a été élue le 20 septembre 1962, dont la mission fondamentale était d’élaborer la Constitution de l’Etat algérien indépendant. Aboutissement logique d’un mouvement révolutionnaire, la Constituante est devenue «seule dépositaire et le gardien de la souveraineté nationale».
Mais il a suffi de dix mois d’exercice pour que les députés de l’ANC se rendent compte que la souveraineté de leur Assemblée est mise au pas par le pouvoir de Ben Bella. Dépouillée de ses pouvoirs, elle a été supplantée par «une autre Assemblée d’officiers saupoudrée de cadres civils ‘‘révolutionnaires’’ qui élaborera et adoptera la loi fondamentale en conclave et dans un cinéma», pour reprendre l’expression de Hocine Aït Ahmed. Seule détentrice de la légitimité de pouvoir «construire les fondations constitutionnelles et institutionnelles de l’Etat», le président Ahmed Ben Bella lui substitua une «Assemblée parallèle» pour imposer de force la conception d’une loi fondamentale d’un pouvoir dominateur. Le projet de Constitution, préparé sous l’égide du bureau politique, a été présenté le 31 juillet 1963 à une Assemblée ad hoc, réunie au cinéma Majestic, comprenant des députés, des membres des organisations nationales, de hauts fonctionnaires civils et militaires.

«L’Assemblée est sous la dépendance d’un homme qui nomme les ministres et qui, par le truchement du parti, choisit les membres de l’Assemblée nationale, après avoir été choisi lui-même par le parti», avait noté Ferhat Abbas dans sa lettre de démission.
L’Assemblée constituante est humiliée et la Révolution fut détournée de sa trajectoire historique. C’était le second putsch en l’espace d’une année, après celui de l’armée des frontières contre le GPRA. Un putsch qui ouvrira grand la voie à une dérive autoritaire dont les répliques se font sentir jusqu’en l’Algérie de 2011. La lettre de Abbas était prophétique. «Nous jouons à pile ou face le sort du pays. Si le chef d’Etat est un homme sage, modeste et clairvoyant, nos libertés seront sauvegardées. S’il a l’étoffe d’un Batista, le pays vivra sous la terreur. Pourquoi donc nous placer, délibérément, dans cette dangereuse alternative ?» Le temps a malheureusement donné raison à Ferhat Abbas. Le pays n’a pas eu droit à un homme sage, modeste et clairvoyant. Depuis, de crise en crise, l’Algérie n’a jamais connu une stabilité politique. Elle se cherche encore. Près d’un demi-siècle après l’indépendance, la Constituante est plus que jamais nécessaire. Elle est la seule condition pouvant permettre l’instauration d’une République démocratique et sociale. La deuxième République.           
 

Categorie(s): dossier

Auteur(s): Hacen Ouali

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..