A propos des faits et méfaits de la gestion de l’arbitrage en Algérie : «Le terroriste sportif» répond pacifiquement à Belaïd Lacarne

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Notre dernier article «CFA, un délit d’initié», publié le 7 novembre 2013, l’a fait réagir avec violence. Il a utilisé dans son envoi à notre journal un vocabulaire indigne d’un responsable sportif où le mensonge et la tromperie se le disputent à la mauvaise foi. Il a qualifié les informations publiées de «fausses et grotesques» et traité les écrits de l’auteur de la présente réplique de «terrorisme sportif à mettre dans le caniveau de la violence». Il n’est pas dans nos habitudes de répondre à des précisions émanant de tiers dont le droit de réponse est avéré et correct du point de vue de la préservation de la dignité du journaliste. C’est pour cela qu’après les énormités déversées sans retenue dans son droit de réponse par Belaïd Lacarne, il nous appartient d’éclairer point par point nos lecteurs sur la non-crédibilité de ce monsieur présent dans les rouages des structures nationales et internationales depuis des dizaines d’années. Nous allons étaler nos preuves avérées que ni lui ni ses comparses et autres faire-valoir de sa commission ne pourront nier.

Sur l’article «CFA : Kerbadj dénonce un délit d’initié» qu’il cite dans sa mise au point, publiée intégralement dans nos colonnes le 9 novembre 2013 et dont il ne souffle mot, il fait un aveu sans équivoque de l’existence de cette pratique par lui-même instaurée depuis son retour à la tête de l’arbitrage algérien. Que de fois des voix se sont élevées pour dénoncer ces «fuites organisées» par des membres de sa commission au profit de ceux qui alimentent le circuit de la corruption dans le football sans qu’il ne demande une seule fois l’ouverture d’une enquête sérieuse. Par son silence coupable, il garantit l’impunité aux tricheurs et couvre au passage leurs sinistres méfaits. L’information sur cet épisode du week-end dernier (la fuite organisée des désignations) est vraie ! Pourquoi alors M. Lacarne ne l’a-t-il pas démenti ? Parce qu’il sait que s’il le fait il sera tout de suite confondu. Toute la famille sportive sait qu’il use du mensonge à satiété.
 

Le mensonge


Sur ce chapitre, il n’en est pas à sa première. Il est bon ici de lui rafraîchir la mémoire en le renvoyant à l’interview qu’il a accordée au quotidien Echourouk, le 29 septembre 2011. Interrogé sur les raisons du fort taux d’échecs des arbitres à l’examen des tests physiques subis à Tiaret en septembre de la même année, il a glissé le nom de l’arbitre Bouhenni parmi ceux qui ont échoué.
Flagrant délit de mensonge : l’arbitre cité n’a pas échoué aux tests physiques comme il l’a prétendu pour la simple et bonne raison qu’il n’a jamais pris part à ce rendez-vous du fait qu’il était écarté du circuit de l’arbitrage depuis au moins quatre mois. Pourquoi a-t-il cité le nom de Bouhenni alors qu’il avait forcément à l’esprit qu’il ne faisait plus partie du contingent des arbitres algériens pour des raisons qu’il maîtrise parfaitement mais qu’il ne divulguera jamais tant qu’il restera à la tête de l’arbitrage algérien ? Tout comme il ne soufflera mot sur le motif de la perte du badge d’arbitre international de Choukri Bechirene.

Ni d’ailleurs sur les mobiles de la présence de ce dernier au séminaire d’arbitres CAF au Caire en prévision du Chan 2014 qu’abritera l’Afrique du Sud. Dans deux situations presque similaires, (Benarous suspendu par la CFA, et madame Belkadi, elle-même arbitre, qui a échoué aux tests physiques), Belaïd Lacarne s’est empressé de saisir par écrit la CAF et la FIFA afin qu’ils ne soient plus désignés pour arbitrer. A l’époque, Mme Belkadi était en Azerbaïdjian pour officier en coupe du monde (2012). A son grand désappointement, elle a été renvoyée par la FIFA. Choukri Bechirene est dans la même situation que ses deux collègues, mais Belaïd Lacarne n’a pas adopté la même démarche que lors des deux cas sus-cités. Pourquoi ? C’est tout sauf un mystère. Son attitude renseigne parfaitement sur son «sens de l’équité» et surtout dans son exercice de la «responsabilité». Dans cette posture malveillante il n’en est pas à sa première incartade. Le 21 septembre 2011, l’arbitre directeur international, Mohamed Benouza, adresse un rapport au président de la fédération concernant les agissements du président de la CFA avant son déplacement à Hararé où il a dirigé Zimbabwe – Liberia. Le 26 septembre 2011, l’arbitre international assistant, Mohamed Benarous, en fait de même  (lettre au président de la FAF) et écrit  sur «le sentiment d’injustice que je ressens de la part du président de la CFA». La sentence ne tarde pas. M. Lacarne inflige trois mois de suspension à Benarous… et rien à Benouza.
 

Le fait du prince


Les documents (les deux lettres et décision de suspension) sont en notre possession. Il s’agit tout simplement d’un abus d’autorité, doublé du désormais habituel fait du prince. Le bureau fédéral qu’il tente vainement d’associer lorsqu’il est rattrapé par les sales affaires de l’arbitrage serait bien inspiré de s’intéresser de plus près aux agissements de M. Lacarne. Les honorables membres du bureau fédéral seront édifiés sur les violations répétées du règlement de l’arbitre et de l’arbitrage par celui-là même qui a la charge et la responsabilité de ce segment important du football. Dans sa réponse du 9 novembre 2013 à El Watan sur le cas de l’arbitre fédéral Farouk Mial, il s’est défaussé sur le bureau fédéral en nous renvoyant au procès-verbal de la réunion du BF du 15 août 2013 pour justifier l’injustice dont a été victime l’arbitre de Béjaïa. S’appuyant sur la «souveraineté du bureau fédéral», il a avalisé un déni commis aux dépens du meilleur arbitre algérien de ces deux dernières saisons. Il a annoncé la liste des arbitres internationaux le 15, alors que le test Warner (tests physiques), déterminant pour le maintien, l’obtention ou le retrait du badge international allait se dérouler le 17 août 2013.

Bien avant le 15 août, il avait déjà décidé d’écarter de la liste FIFA le meilleur arbitre algérien des deux dernières saisons. Pire, il a menti sur l’âge de l’arbitre au bureau fédéral en prétendant que Farouk Mial avait 38 ans. Les membres du bureau fédéral n’ont pas un seul instant pensé que M. Lacarne les menait en bateau pour assouvir un funeste dessein. Lors de la même réunion, il est allé encore plus loin dans son œuvre maléfique. Il a proposé trois arbitres au grade d’arbitre international assistant (Gourari, Seradj et Brahim) alors qu’ils ne remplissent pas les critères énoncés dans le règlement de l’arbitre dont une des conditions stipule «avoir au minimum trois saisons sportives révolues d’ancienneté en qualité d’arbitre fédéral». M. Lacarne leur a remis la lettre et le badge fédéral il y a moins d’un an et demi. Dans le registre de détenteur du «pouvoir absolu», il a fait pire. En décembre 2011, à l’hôtel Safir Mazafran, il a promu au grade d’arbitre fédéral Hellalchi (36 ans), Saâdi (41 ans) et Naceri (43 ans) alors que le règlement précise (chapitre accès au titre d’arbitre de la fédération, alinéa b Fédéral) : «être âgé de moins de 35 ans au 31 juillet de l’année en cours».

Une preuve de plus à verser au registre des violations du règlement de l’arbitre commises par le «patron» de l’arbitrage. Dans le programme qu’il a tracé lors de sa prise de fonction, il n’a pas épargné ses prédécesseurs. Sans prendre de gants, il dressera un tableau noir de la situation héritée et met l’accent sur «la non-application des recommandations de la FIFA en matière d’âge, de corps spécialisés rendu obligatoire à partir de 1991…» qu’il a par la suite lui-même violé à travers les exemples cités. Il en a été de même pour le chapitre concernant les corps des instructeurs et inspecteurs d’arbitres qu’il avait dit «ouverts exclusivement aux anciens arbitres internationaux et fédéraux en mesure d’assumer la lourde tâche de former, dévaluer et de prodiguer recommandations et conseils». A-t-il respecté cet engagement ? Il suffit de consulter la liste des contrôleurs d’arbitres pour se rendre compte que là aussi il a violé les principes énoncés.
 

Réglement bafoué


Le bureau fédéral derrière lequel il se cache à chaque fois pour faire avaliser ses multiples violations du règlement serait bien inspiré de vérifier tout ce qui est écrit dans cet article pour dévoiler l’identité de celui qui ment et celui qui dit vrai. Pour être l’absolu maître des lieux, il n’hésite pas à tricher avec son propre règlement. N’a-t-il pas fermé les yeux sur un arbitre régional en l’autorisant à passer l’examen de grade interligues alors qu’il ne remplissait pas tous les critères et plus particulièrement le nombre de rencontres dirigées (au nombre de
20) ? Il a été informé à temps de ce dépassement et il n’a pas réagi. Alors ?

D’autres arbitres jeunes et méritants n’ont pas eu ce «privilège» accordé aux «bons élèves» avec lesquels les structures et instances sont toujours aux bons soins pour les motifs que les responsables de l’arbitrage connaissent bien. Au cours de cette saison, 14 arbitres avec grade régional ont dirigé des rencontres d’interligues sans avoir décroché le badge interligues. Tout cela, c’est la gestion M. Lacarne. Dans son rapport sur l’état des lieux qu’il a dressé la veille de sa prise de fonction, il a passé à la moulinette ceux qui ont dirigé l’arbitrage avant lui. Il se gargarise d’avoir informatisé la CFA, d’avoir doté les arbitres de portables et d’oreillettes, d’organiser des stages et regroupements, du rajeunissement du corps, oubliant au passage qu’il a violé son propre règlement en «offrant» le badge fédéral à des hommes qui avaient dépassé l’âge requis. L

a scène sportive n’oubliera pas en tout cas que c’est sous son règne et sous son règne absolu que la corruption au sein du corps arbitral a littéralement pris son essor, qu’elle a essaimé et qu’elle est devenue le fléau principal qui gangrène le football national. Les fuites organisées des désignations, la politique des deux poids, deux mesures, la violation du règlement de l’arbitre et de l’arbitrage, le mensonge, la triche sont les axes fondamentaux qui renforcent la corruption et divisent le corps arbitral. Quant à notre patriotisme, celui qui le juge est mal placé, mais alors bien mal placé pour nous donner des leçons sur ce chapitre. Nos lecteurs et, partant, le milieu du football le savent...
 

Categorie(s): sports

Auteur(s): Yazid Ouahib

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