Abdelhak Lamiri. P-DG de l’Insim, délégué par les grandes écoles publiques et privées : Le coût de la formation se situerait entre 90 000 et 300 000 DA par année

Elwatan; le Mercredi 15 Octobre 2014
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-Le ministre de l’Enseignement supérieur a annoncé début septembre, le premier retrait du cahier des charges pour la création d’un établissement privé d’enseignement supérieur un mois plus tôt, mais qu’aucune demande de création n’a été faite. Comment expliquez-vous cela, alors que l’arrêté fixant le cahier des charges a été promulgué dès le mois d’août 2008 ?

Il est très difficile d’expliquer l’historique du sujet. Certaines institutions privées avaient trouvé le cahier des charges trop contraignant en termes d’infrastructures. De plus, la commission en charge de l’analyse des candidatures n’a pas été installée. Ce qui fait que les instituts attendent la parution d’un placard publicitaire pour les appeler à déposer. Ce dernier n’a jamais été publié. Les institutions prêtes étaient sommées d’attendre qu’on leur donne le signal pour déposer leur dossier, car ceux qui disposaient de dossiers ficelés se sont vu refuser leur dépôt. Il fallait attendre la fameuse annonce dans les journaux. Ceci dit, actuellement, il y a une réelle volonté des pouvoirs publics d’aller de l’avant, avec un encadrement sérieux et rigoureux de la profession. C’est une bonne chose pour tout le monde. Il faut tourner la page et travailler sereinement pour l’avenir de nos enfants et de notre économie nationale.

-En novembre 2009, vous aviez, en tant que P-DG de l’Insim, annoncé l’ouverture des premières université et académie privées, en affirmant que «les textes existent et le dossier est ficelé». Pourquoi cela ne s’est-il pas fait ? Qu’est-ce qui a changé aujourd’hui?

Il faut savoir que les instituts d’enseignement supérieur privés existent dans toute la planète, y compris en Corée du Nord. 35% des effectifs estudiantins dans le monde sont dans le secteur privé, et ce ratio évoluera à 50% dans 20 ans. Des études objectives ont montré que dans la majorité des pays, le secteur privé contribue grandement à l’amélioration de la qualité de la formation. Ceci dit, il faut l’encadrer rigoureusement pour éviter qu’un secteur parasite ne se développe. Si la régulation est bonne, il pourrait être un facteur essentiel d’émergence. Il n’est pas question d’académie privée, et les instituts d’enseignement supérieur privés n’ont pas vu le jour pour les raisons citées plus haut. Je pense qu’avec les mécanismes mis en place actuellement, un secteur privé algérien verra le jour. On pourrait profiter des expériences des autres pays. J’ai aidé un ami marocain à monter une université privée à Agadir. On pourrait travailler ensemble pour ériger un des meilleurs secteurs privés d’enseignement supérieur dans le monde, avec les mécanismes qui sont actuellement à l’étude.

-Vous êtes délégué par les directeurs des écoles privées de formation supérieure. Combien de projets de création d’universités privées sont en cours et dans quelles spécialités ?

Je suis délégué par les grandes écoles publiques et privées. Nous avons les établissements publics (hors MESRS) qui veulent aussi une reconnaissance par le ministère de tutelle. Il faut aussi les encadrer et les aider à ériger des établissements d’excellence, mais sous tutelle.

-Comment jugez-vous les exigences du cahier des charges ? Sont-elles contraignantes et adaptées ?

Je pense que le cahier des charges est trop exigeant en termes d’infrastructures et peu en termes de qualité. Nous proposons des normes de qualité plus sévères : certification ISO, enquêtes indépendantes annuelles de satisfaction, classement des établissements selon les examens gérées par le MERS, etc. Nous devrions permettre à des professeurs d’université en retraite, par exemple, de contracter des crédits bancaires et d’ouvrir des établissements dans le respect des normes. La compétition obligera les institutions à s’améliorer. La transparence fera en sorte que les mauvais disparaîtront. Plus de 60% des écoles de formation professionnelle ouvertes dans les années quatre-vingt-dix ont disparu.

-Lors d’une récente sortie médiatique, M. Mebarki a rappelé que les instituts de formation privés existants sont sous tutelle du ministère de la Formation professionnelle. Depuis l’ouverture du champ au privé en 1991, quels constats faites-vous de ces établissements ?

En premier lieu, le secteur privé de formation professionnelle a déchargé l’Etat de spécialités qui n’étaient pas prioritaires pour lui (marketing, vente, etc.). En second lieu, l’Etat a fait d’énormes économies de trésorerie par le fait que les effectifs privés sont financés par les parents. La plupart des mauvaises écoles ont disparu. Certains instituts qui sont superperformants ; je citerais le cas (pas le nom) de cet établissement qui a été le premier certifié ISO dans le Maghreb et dont les étudiants ont créé plus de 1800 entreprises dont certaines exportent. Il y a des success stories incroyables qui ne sont pas révélées. Il y a eu quelques déboires, mais dans l’ensemble, l’expérience est plus que positive. Il faut l’analyser justement pour éviter les quelques problèmes qu’a connu le secteur. Il faut encadrer le partenariat étranger par une validation des contrats, par exemple.

-Vous avez annoncé, lors d’une récente intervention, que l’Etat s’est engagé à inscrire, dans le crédit à la consommation, des crédits à la formation. Avez-vous plus de détails sur le sujet ?

Les deux premières tripartites ont évoqué les crédits à la formation dans le cadre du crédit à la consommation. Tous les directeurs de banque avec lesquels j’ai eu des discussions sur le sujet y sont extrêmement favorables. On réglerait un problème de taille. Ce ne seront plus seulement les enfants de riches qui fréquenteront les bonnes écoles privées. Ce seront les plus méritants car ils auront accès à un crédit pour payer leur formation. On pourrait régler, ainsi, un problème de justice sociale.

-A quelle hauteur se situeraient, selon les études que vous avez mené, les coûts de formation pour les différents cursus ? Combien devra débourser l’étudiant ?

Les coûts de la formation par année dépendront bien sûr de nombreux paramètres : localisation, qualité de l’enseignement, etc. Selon mon expérience dans le domaine, cela se situerait entre 90 000 et 300 000 DA. Ceci dit, dans la plupart des pays, la formation est détaxée car elle a des externalités positives sur le budget de l’Etat et sur l’économie nationale. Nous devons avoir un débat sur la question pour faire baisser encore plus les prix.

-A quelle hauteur se situe l’investissement pour la création d’un établissement de formation supérieure ? Les banques nationales sont-elles réceptives pour financer ce genre de projets ?

Il faut accepter le principe de la professionnalisation : c’est-à-dire   permettre surtout aux professionnels, ceux qui aiment la formation, de monter des instituts. On devrait tolérer, au début, des structures abordables, en location, ouvertes surtout aux ressources humaines de l’enseignement supérieur. Les banques doivent aussi jouer le jeu. Si tel était le cas, un investissement minime de 9 000 000 DA permettrait le démarrage. Si on complique les choses, cela deviendrait surtout un business et aussi bien l’investissement que les coûts de formation flamberaient. Nous avons une chance historique de créer un des meilleurs secteurs privé de formation supérieure qui puisse exister. On peut faire des partenariats public/privé et internationaux pour tirer vers le haut qualitativement tout le secteur de l’enseignement supérieur.
 

Categorie(s): etudiant

Auteur(s): Samir Azzoug

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