Abdelhakim Belkhenchir. Ingénieur d’exploitation, depuis 27 ans à Hassi R’mel.(Salaire : 112 000 DA.) : La richesse de ce sol est la propriété du peuple algérien

Elwatan; le Vendredi 1 Avril 2011
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«Mon père avait une prestance extraordinaire. C’était un excellent instituteur, très gentil avec ses élèves. Il a terminé sa carrière comme directeur d’école», raconte Abdelhakim Belkhenchir, 50 ans, nostalgique de son enfance. Depuis 1984, au milieu d’un appareillage vétuste qui remonte au démarrage du module 3 en 1982, sujet à de nombreux pépins obligeant le personnel à recourir au système D pour continuer à le faire fonctionner, Abdelhakim contrôle, tous les jours, la qualité du gaz et du condensat qu’on extrait du sous-sol de Hassi R’mel. «Nous avons acheté du matériel d’Italie, mais il nous manque le gaz ‘étalon’ pour nous permettre de faire l’étalonnage. Notre partenaire italien est prêt à nous le fournir, mais pour des considérations d’ordre sécuritaire, il est impossible d’obtenir l’accord pour son importation.» Membre du conseil syndical de 1992 à 2002, Abdelhakim a connu la période où Chekib Khelil, maître tout-puissant de Sonatrach, a mis en place un système basé sur les accointances régionales.

«On ne saura jamais quelle ardoise l’ancien ministre a laissée à Sonatrach. Des chiffres ahurissants ont circulé ici, qui donnent froid dans le dos. Je suis convaincu que cet homme est venu pour ‘casser’ l’entreprise et la vendre aux Américains.» L’homme qu’il est devenu grâce à l’éducation transmise par un père aimant ne peut accepter les passe-droits dont bénéficient certains à Sonatrach. «Tu imagines que pour les camps de vacances, on est obligé de procéder à un tirage au sort pour avoir une chance d’y envoyer nos enfants ? Le drame, c’est quand tu as plusieurs enfants et qu’un seul est tiré au sort, alors que certains cadres d’Alger envoient leurs familles et amis sans passer par la case tirage.»

Moins d’envie

Cette année, il a pris la décision de partir en retraite proportionnelle. A 50 ans, si les travailleurs obtiennent gain de cause, il pourra s’installer définitivement avec sa famille et goûter à un repos bien mérité. «Je ne sais pas ce que je vais faire une fois à la retraite. Je sais qu’il va me falloir une période de décompression d’au moins six mois. Après je verrai.» En attendant, tous les soirs, Abdelhakim a instauré un rituel avec ses enfants. Il passe plus d’une heure avec eux au téléphone. A tour de rôle, ses cinq enfants lui racontent leur journée. «Je supporte de moins en moins la séparation avec mes enfants. Avec l’âge, je me rends compte que je ne les ai pas vu grandir. Le Sud, c’est supportable quand on est jeune et sans attache. Mais dès qu’on devient père, ça devient plus difficile à accepter.» A Hassi R’mel, les mentalités ont changé et certains cadres voient d’un très mauvais œil les agissements des nouveaux venus, surnommés «talibans» par les plus anciens, en référence à leurs comportements.

«Ils apprennent très vite leurs droits, mais oublient leurs devoirs. Ils ne doutent de rien et agissent en conquérants sans respect pour les plus anciens. Le plus effrayant, c’est qu’ils sont prêts à tout pour obtenir rapidement de l’avancement sans maîtriser tout le processus technique.» Ces derniers temps, son travail commence à devenir pesant et trop contraignant. Debout tous les jours à 6h, il doit parcourir en navette 25 km pour atteindre son lieu de travail. Sa journée prend fin à 17h. «Je commence à avoir moins d’envie dans ce que je fais. Les gens pensent qu’on vient travailler au Sud uniquement pour gagner de l’argent. Pour la génération qui est venue dans les années1980, il y avait aussi un engagement personnel pour que Hassi R’mel reste performant. Nous n’avons jamais perdu de vue que la richesse de ce sol est la propriété du peuple algérien. Malheureusement certains l’ont trop rapidement oublié.» 

Categorie(s): contrechamps

Auteur(s): Salim Mesbah

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