Aïssa Messaoudi , la voix de la Révolution

Elwatan; le Jeudi 9 Octobre 2014
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Celle de la voix de la Révolution, journellement diffusée à partir de Tunis. C’était le génie de l’intonation magique du verbe mobilisateur qui avait le secret «d’envoûter» d’émotion aux premières syllabes prononcées tout un peuple à son écoute, le regretté et inoubliable Aïssa Messaoudi. Celui qui fut une véritable icône sonore de la Révolution a, ce soir-là, dans une envolée déclamatoire de profonde émotion, fait couler d’abondantes larmes à nos défunts parents et aînés qui, à travers les bénédictions énoncées à l’adresse des héros du jour, nous ont appris par la tendresse de leurs paroles l’amour incommensurable voué à travers les temps et les âges à l’Algérie des ancêtres par les meilleurs de ses enfants, Ben M’hidi, Abane Ramdane, Hassiba Ben Bouali, Ali La Pointe, Petit Omar, pour ne citer que ceux-là.

Le drapeau national dans une symbolique d’amour et d’attachement viscéral à l’Algérie

C’est profondément tramé par cet amour congénital de l’Algérie son pays, sa patrie à laquelle il a répondu à l’appel du devoir à une période déterminante de son histoire, que Mustapha Zitouni a, dans un dernier soupir, exprimé une ultime volonté testamentaire à sa famille. Celle de rejoindre l’éternel dans son cercueil drapé de l’emblème national qu’il a fait flotter aux grands vents, lui et ses compagnons, dans les grandes capitales du monde, amies du peuple algérien en lutte pour son indépendance. Ainsi, Mustapha Zitouni s’en est allé dignement vers un monde meilleur dans la grandeur de l’humilité et de la discrétion qui furent les siennes, accompagné de ses intimes volontés, celles-ci sacralement exhaussées par sa famille, qui a drapé sa sépulture d’un superbe drapeau de l’Algérie dont l’évocation de la symbolique a fortement ému la nombreuse assistance accourue en la circonstance au cimetière de Nice lui rendre un ultime et solennel hommage à la dimension des valeurs humaines qu’il incarnait.

A sa famille et particulièrement à sa veuve affligée certes, mais digne que nous avions pu joindre au téléphone pendant cette cruelle épreuve, nous réaffirmons la compassion, le soutien et la sympathie de ceux qui, adolescents en 1958, légueront à la jeunesse et aux générations montantes le souvenir de l’inoubliable mondialiste qui, avec ses compagnons, furent les idoles de fierté du peuple algérien dans un contexte mémorable de solidarité et de fraternité à l’épreuve du combat libérateur mené contre une cruauté colonialiste sans précédent.

Les médias français à la mort de Mustapha Zitouni

A une heure de grande écoute de son journal télévisé de 20 heures, la chaîne de télévision publique Antenne 2 a programmé une émission spéciale à l’annonce du décès de Mustapha Zitouni, dont la vie et le parcours ont été revisités en la circonstance à travers un reportage et une table ronde qui a été consacrée à celui qui a été qualifié ce soir-là de «footballeur d’élite» de tous les temps et héros national de son pays, l’Algérie.

Vo Nguyên Giap et l’équipe de football de l’Algérie combattante

Dans des stades archicombles de Tunis, Rabat, Tripoli, Moscou, Pékin, Belgrade, Sofia, Budapest, Baghdad, Hanoï, Varsovie, des rencontres amicales avec les équipes nationales de ces pays se terminaient par des victoires de scores très élevés de 3 à 9 buts à zéro, dont l’une révèle une anecdote historique significative d’un contexte de solidarité agissante de l’époque. C’est lors du match amical de l’Algérie combattante à Hanoï avec une sélection de l’équipe du Vietnam qui s’est achevé par un résultat sans appel de 9 buts à zéro et qui a fait réagir le grand Van Giap présent à l’événement par cette déclaration à l’adresse des joueurs comblés par l’attention portée à leur égard par cette légende de l’histoire : «Nous avons battu la France coloniale à Dien Bien Phu, vous venez de nous battre, ainsi et inéluctablement vous battrez vaillamment celle-ci pour redevenir un peuple libre et souverain qui, par ses sacrifices, arrachera sa victoire finale, l’indépendance de l’Algérie.»

Pour la réappropriation mémorielle des repères d’histoire à travers le cycle calendaire du temps

Dimanche 13 avril 1958 - Dimanche 13 avril 2014. Cela fait 56 ans déjà que par une journée d’éclosion printanière, Mustapha Zitouni et ses compagnons, qui furent le premier groupe de l’équipe de football de l’Algérie combattante, ont spectaculairement quitté la France, déjouant ainsi tout le dispositif de sécurité et filatures policières françaises aux aguets grâce à la persévérance et à l’habilité de la cheville ouvrière pensante de l’exploit que fut le regretté grand disparu Mohamed Boumezrag. C’est par la pensée du souvenir que cette date évocatrice d’une épopée historique doit être un repère pérenne d’un précieux patrimoine mémoriel de la guerre d’indépendance et de la glorieuse équipe de football de l’Algérie combattante qui fut l’ambassadrice itinérante de la Révolution algérienne à une phase cruciale de sa destinée.

Dans la perspective de revisiter ce point d’histoire en direction de la jeunesse et des générations montantes, il serait un devoir de saisir l’opportunité de la triomphale et inoubliable participation de l’Algérie en liesse à la Coupe du monde au Brésil pour organiser une journée commémorative centrée sur cet événement marquant et inédit à la faveur du 56e anniversaire de l’indépendance de notre pays, et ce, en présence des 14 acteurs survivants et témoins d’une épopée majeure de la guerre de Libération nationale.

Un ressourcement de la mémoire en ce mythique juillet d’évocations et de souvenirs à travers une symbolique de reconnaissance et de gratitude à l’endroit de nos aînés qui furent dans un contexte historique les précurseurs d’une œuvre glorieuse indélébilement gravée en un souvenir d’éternité.

 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Lounis Aït Aoudia : président de l’Association des Amis de la Rampe Louni Arezki-Casbah

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