Aïssa Moali. Ornithologue, spécialiste en écologie/environnement : L’outarde a quelques chances d’échapper à l’extermination si la pression du braconnage est jugulée

Elwatan; le Vendredi 10 Octobre 2014
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-Quel pourrait être aujourd’hui l’oiseau emblématique de nos régions ? L’autruche disparue, l’outarde décimée, le flamant nicheur ou la sittelle kabyle ?

Il est difficile de choisir une espèce devant la diversité naturelle de l’Algérie ; chacune d’elles est représentative d’une région. Mais à l’heure actuelle, c’est incontestablement la sittelle kabyle pour son endémisme lié et son statut précaire, une espèce confinée à quelques poches de forêts encore difficilement sauvegardées devant la hargne humaine à faire disparaître ces milieux de nos champs de vision.  L’outarde a quelques chances d’échapper à l’extermination grâce à l’immensité de son habitat steppique si la pression du braconnage est jugulée. Pour le flamant rose, ce n’est qu’un retour, l’autruche remontera aussi peut-être un jour si les corridors biologiques du Hoggar et du Tassili sont de nouveau écologiquement accueillants pour elle.

-Il existe un décret qui fixe la liste des espèces d’oiseaux protégés en Algérie, mais cela suffit-il ?

Evidemment non ! Tout le travail d’application de terrain n’a même pas commencé. Les oiseaux ne sont pas connus de la population et l’ornithologie est uniquement un volet de certaines études universitaires, les statuts ne sont que superficiellement révisés, la liste du décret reste donc théorique devant l’absence d’étude et de programmes de suivi spécifiques qui aboutissent à des Atlas et autres expressions de leur distribution et des effectifs de leurs populations.

-Que se fait-il ou ne se fait-il pas pour la protection des oiseaux ?

Hormis les actions de classement des zones humides et les études pour la création de nouvelles aires protégées qui permettront de mettre des milieux naturels qui sont des habitats pour les oiseaux, à l’image des Babors, de Guerbès, du chott Zahrez et celui d’El Goléa... et tous les efforts de protection des autres zones forestières et de la steppe contre les multiples agressions, rien de concret ne se fait directement pour leur protection. La preuve est dans les marchés de toutes les villes où des espèces protégées sont exposées au vu et au su de tout le monde (rapaces et chardonnerets essentiellement). La première des actions serait l’application des lois. Celle-ci doit nécessairement être accompagnée de programmes d’explication et de sensibilisation soutenus et non conjoncturels. La capacité des associations et leur nombre à travers le territoire national sont appelés à être renforcés, le réseau amateur est bien complémentaire des actions menées par les autorités chargées du patrimoine naturel, mais il faut le doter de matériels d’observation et d’outils didactiques qu’il faut rendre disponibles avec un prix accessible.

Categorie(s): environnement

Auteur(s): Slim Sadki

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