Al Joumaâ al akhira de Yahia Al abdallah projeté à Oran : l'homme en panne face à l’incertitude du destin

Elwatan; le Dimanche 23 Decembre 2012
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Oran
De notre envoyé spécial

La solitude n’est pas forcément un acharnement du destin ou un gâteau glacé de la malchance. Un homme peut, par sa fragilité, son indolence et sa cupidité, dresser le lit de son propre isolement. Dans Al joumaâ al akhira (Le dernier vendredi) du cinéaste jordanien Yahia Al Abdallah, projeté vendredi soir à la salle Magheb, à Oran, en compétition officielle du 6e Festival d’Oran du film arabe, Youssef (Ali Suleïman), un homme brisé découvre l’ampleur de son drame à chaque réveil. Sur la terrasse de son modeste appartement, il regarde Amman vivre son quotidien, voit ce qui se passe dans les autres maisons avant de découvrir que le courant électrique est coupé. Que fait-il ?

Il «détourne» le disjoncteur de sa voisine. Grand joueur de poker, Youssef, vendeur de voitures, a presque tout perdu : son épouse, son travail, sa dignité, son avenir. Il apprend qu’un mal profond le dévore de l’intérieur et qu’il doit subir une coûteuse opération chirurgicale. Que doit-il faire ? Financer la scolarité de son fils Imad (Fadi Arida) ou se faire opérer ? Il n’a pas d’argent ou si peu. Son salaire de chauffeur de taxi ne suffit pas. Son patron, symbole parfait de l’arriviste qui exhibe son Iphone comme un nouveau trophée, ne veut rien savoir de la situation de son employé. Youssef prend café, thé et cigarettes presque tout le temps. Sans doute pour noyer ses chagrins et son incapacité à remonter à la surface.

Dans Al joumaâ al akhira, les personnages sont dans un spleen qui traduit probablement la situation actuelle de la Jordanie et du monde arabe par extension. Durant tout le film, on entend les informations d’Al Jazeera évoquer les manifestions en Jordanie et les protestations en Egypte, on écoute El Adhan ou Fairouz chanter, Ala jisr al laouzia (Sur le pont de l’amandier). A l’hôpital, Youssef écoute à la télévision Hosni Moubarak faire son dernier discours. Le dictateur d’Egypte n’est-il pas parti un vendredi ? Le vendredi est devenu le jour préféré de tous les opposants dans le monde arabe (sauf en Algérie) pour sortir dans la rue et dénoncer l’ordre établi, les injustices et les mensonges.

Le vendredi, jour de la colère ? Possible. Yahia Al Abdallah, qui écrit ses scènes comme des chapitres de livres, ne sait pas, comme Youssef marchant dans un cimetière, où va-t-on ? Toute sa fiction semble suggérer l’échec et l’effondrement. Il semble évoquer le désespoir, puisque le jeune Imad néglige sa scolarité, lit difficilement et préfère passer son temps à draguer la voisine. Vous êtes certains que la relève est assurée ? Paraît être, une question angoissante chez Yahia Al Abdallah. Le cinéaste a fait de la bande son de son film un élément dramatique fort. Tout son mécontentement est là.

La musique des frères Joubran y ajoute la touche mélancolique qui donne à l’ensemble du récit une certaine profondeur. Les dialogues sont dépouillés, l’action est au rythme lent et les personnages plongés dans l’ennui, dans l’impossibilité de communiquer avec l’autre. «Je préfère considérer l’image comme un instrument et raconter une histoire en un pal. Cela donne au public le temps et l’espace de se familiariser avec elle et de découvrir ses détails. J’aime bien ce style», a confié Yahia Al Abdallah dans un entretien à un site d’information. Né en Libye et a grandi en Arabie Saoudite, Yahia Al Abdallah, 34 ans, est surtout connu par la réalisation de courts métrages tels que Six minutes, Talaween, Pummelo et SMS. Al Joumaâ al akhira est son premier long métrage. Yahia Al Abdallah n’a pas fait le déplacement à Oran. A Berlin, Dubaï ou San Sebastian, il était présent. Il a même trouvé que le débat autour de son film à la Berlinale comme étant «le meilleur moment de sa vie».

On ose à peine penser que le réalisateur jordanien snobe Oran ?  Al Joumaâ al akhir  a obtenu trois prix au Festival de Dubaï aux Emirats et a remporté un financement de post-production du projet «Cinema In Motion» du Festival de San Sebastian en Espagne. Le comédien Ali Suleïman a décroché le prix du meilleur acteur lors des dernières Journées cinématographiques de Carthage en Tunisie. Le film a bénéficié de financements émiratis, européens et jordaniens.

 

Le film sera programmé au 49e Festival international du film de Chicago, en octobre 2013.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Fayçal Métaoui

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