Alain Giresse. Entraîneur du Mali : «La chute de l’Algérie m’a impressionné»

Elwatan; le Lundi 6 Fevrier 2012
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Libreville (Gabon).
Correspondance particulière
 

- Exempt du tour préliminaire de la CAN 2013, vous enchaînez avec la Coupe du monde 2014. Comment préparez-vous ces échéances ?

Je vais parler sous réserve (un long sourire). Je ne suis pas sûr d’être encore à la tête de cette équipe. Déjà, laissez-moi vous dire que ça fait beaucoup… beaucoup de matches. On joue en juin en pleine période de vacances européennes. Cela va être lourd, il va falloir remobiliser les joueurs qui sortent de différents championnats tous aussi harassants et se replonger dans ces qualifications. Là, tout de suite, j’ai du mal moi-même à m’y plonger. Mais, la magie de la Coupe du monde, c’est quelque chose de fort. Elle peut faire soulever des montagnes aux joueurs.  


- Comment voyez-vous l’arrivée en Algérie de Vahid Halilhodzic. Va-t-elle faire progresser cette équipe ?

Je l’espère pour lui. L’Algérie reste un réservoir, un réservoir de talents. Une grande nation de football avec une histoire. Et à un moment, il faut remettre de l’ordre pour avancer. L’équipe a baissé après la Coupe du monde 2010. Les  raisons, je les ignore. Il faut tout rebâtir. Ce que l’Algérie a fait jusqu’à la Coupe du monde (ndlr entraînée par Rabah Saâdane) était impressionnant. Je peux même ajouter très impressionnant ! Ce qui a été fait avec l’Egypte en un laps de temps aussi court me laisse sans mot. Subir ce qu’ils ont subi et faire ce qu’ils ont fait par la suite… (il souffle d’admiration). Mais ce qui m’interpelle, c’est la suite. Que l’équipe chute aussi rapidement aussi m’a autrement impressionné.


- Le Mali est dans un groupe où vos futurs adversaires ne sont pas présents. Comment l’expliquez-vous ?

Pour moi, cela ne change rien que nos futurs adversaires aient réussi ou pas à se qualifier à la CAN 2012. Cela ne change rien à leur valeur. L’Algérie reste l’Algérie, même si elle est absente aujourd’hui. Idem pour le Rwanda qui joue bien au football, et le Bénin peut avoir une très bonne équipe et jouer les trouble-fêtes. Jouer le dernier match du groupe en Algérie va être compliqué, d’autant qu’il n’y aura qu’un seul qualifié. Tout le monde devra batailler et tous sont susceptibles de laisser des plumes ici et là. Pour moi, cela reste un groupe ouvert et il ne faudra pas perdre beaucoup de points et ne pas faire d’erreur.


- La qualification se jouera à combien de points, selon vous ?

Sincèrement, je ne peux pas vous répondre. Je n’ai pas mis le nez dedans encore, préoccupé que je suis par la CAN qui est assez prenante. Non, je n’ai pas encore fait la collecte des vidéos pour étudier le jeu des équipes et notamment celui de l’Algérie. On finit mi-février la CAN (rire du coach, significatif d’une présence en finale au Gabon), l’Algérie va jouer fin février face à la Gambie, cela sera une bonne occasion de les voir évoluer. On va tout faire pour les observer. C’est de bonne guerre.


- Comment gérez-vous les stars en équipe nationale et leurs susceptibilités ?

Les grandes stars africaines, à l’image de Samuel Eto’o, éprouvent beaucoup de difficultés en sélection. Les rapports sont souvent tendus, notamment avec leurs fédérations. Si vous prenez le cas d’Eto’o, que j’estime particulièrement, il faut savoir que c’est quelqu’un qui s’engage. Il le fait pour son pays, pour l’Afrique. C’est un digne ambassadeur de l’Afrique, et il est proche de n’importe quel pays. On dit souvent qu’on n’est jamais prophète dans son pays, mais là, sincèrement, il y a un problème ! Que cela puisse ne pas fonctionner n’est pas normal. Il y a eu au Mali les mêmes problèmes, notamment avec Seydou Keïta au sortir de la CAN 2010. Il a eu des rapports assez tendus avec la fédération et la presse nationale. Nous avons pris le temps de discuter et d’aplanir les problèmes. Je tenais à lui et je ne me suis pas trompé.


- Faut-il croire que Seydou Keita a apporté un peu du Barcelone à l’équipe du Mali ?

Je vais vous surprendre, mais Seydou, qui a tout gagné avec Barcelone, m’a dit qu’il n’avait jamais vécu une telle émotion après le but qu’il a marqué contre le Botswana et qui nous a ouvert les portes des quarts de finale. Tous les joueurs du Barça ont un tel niveau de performance que les angoisses ne font pas partie de leur quotidien. Seydou a un rapport très fort avec la sélection. Jouer avec les couleurs du pays et vivre ça, c’est franchement inouï. C’est tout un peuple qui  est derrière, et il ne faut surtout pas l’oublier. Certes, le football n’a pas pour vocation de tout régler, mais il donne aux joueurs cette fierté de représenter un pays. Etre joueur international ce n’est pas rien, c’est un statut à part.


- Les sélectionneurs sont souvent remerciés après une grande compétition. Est-ce que ce sera votre cas ?

C’est vrai qu’à la fin de chaque CAN, il y a une «charrette», mais les dirigeants de toutes les équipes vont réfléchir par deux fois, parce que les éliminatoires de la Coupe du monde se profilent au mois de juin. Bien sûr, il y a le contrat et des objectifs à atteindre. Mais, sincèrement, si dans un contrat il est dit que l’objectif est le passage au premier tour, croyez-vous que je n’ai pas envie d’aller plus loin ? Mais rien n’est acquis : vous pouvez finir champion et ne pas rester quand il y a connivence et des interférences politiques dans le football.

Categorie(s): sports

Auteur(s): Bessol Nazim

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