Alger : La photographie japonaise s’invite au Bastion 23

Elwatan; le Samedi 11 Fevrier 2012
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Tout part de cette suprême notion : le Temps. Tomoko Yoneda, l’artiste japonais dont les œuvres sont actuellement exposées au Bastion23, nous donne à voir à travers ses photographies, le temps conjugué au passé. A première vue, nous percevons du papier peint sur les murs d’un appartement. Quand on se met à scruter de près la photographie, nous entrons en contact avec un autre temps, celui des habitants qui un jour ont occupé cette maison. Le papier peint parait selon la photo exposée, altéré, décollé du mur ou encore nous y apercevons les traces d’un crayon laissées par un enfant… Yoneda saisit l’homme en ce qu’il a de plus absurde : l’absence. L’espace est là mais l’homme, lui s’en va comme pour dormir dans l’oubli. Ce qui reste, ce ne sont que des bribes de son identité spatiale et Yoneda a capturé l’un de ces bribes.

Son compatriote Kazu Katasé, lui, aborde le temps tout autrement et ose aller comme l’indique l’intitulé de ses œuvres «Behind the light» (Derrière la lumière). On découvre à travers l’œil de Kazu Katasé, cet autre Japon aux origines millénaires, un Japon qui semble fléchir sous le poids de l’oubli provoqué par la modernité. La Porte du sanctuaire d’Ise, le Mont Fuji et enfin un Bol d’une cérémonie du thé qui signifie l’âme de Zeu. La photographie de cet auteur nous semble à peine déchiffrable, car tout s’y enchevêtre d’une manière «inversée»: l’animisme, l’empereur et le bouddhisme qui cèdent  devant la modernité.

Hiroshi Sugimoto lui, aborde les architectures en les «amalgamant», en les «difformant». Il entend ainsi dépourvoir les bâtisses de leur dimension architecturale, de leur dimension civilisationnelle inébranlable. Il les réduit en ombres et les émiette en formes insignifiantes.
Chie Yasuda, une photographe japonaise également présente au Bastion 23 à travers son exposition intitulé «Dans un vortex», elle, «s’immisce» dans l’un de ces temps perdus. Elle va saisir des coins obscurs et abandonnés des vieux jardins botaniques. Elle capture ainsi la chose botanique en tentant de démontrer son flétrissement qui du coup interpelle le sens de l’odorat du regardeur.

Eikoh Hosoe dans son exposition «Kamaitachi» nous fait connaître un personnage atypique : Tatsumi Hijikata, le créateur du mouvement de danse japonaise butoh dans les années soixante. Les photographies ont vu le jour lorsque leur auteur a voyagé dans la ville natale de Hijikata. Dans les photos nous découvrons les mouvements spectaculaires du danseur Hijikata.  

Miyaki Ichikawa prend ses photos en utilisant une paire de jumelles. Un bateau naviguant sous la lumière du soleil qui reflète la surface de l’océan. Sa prise de vue traverse ainsi deux appareils avant d’«atterrir» sur la cible. Ichikawa nous permet de voir ce que nos yeux ne peuvent distinguer, ne peuvent voir...

Tous ces photographes et les autres qui exposent actuellement au Bastion 23 , «violent» l’espace moderne en ce qu’il a de plus sacré, le matérialisme avec toutes ses dimensions : les formes, les objets, les grandes bâtisses... Ils voudraient ainsi inviter l’observateur à renouer avec la spiritualité. Ce sont donc des photos qui méritent d’être «méditées»…

 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Hamida Mechaï

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