Ali Amran. Chanteur : «Aujourd’hui, la musique, c’est sur la scène»

Elwatan; le Vendredi 14 Mai 2010
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Nouvelle idole de la chanson pop-rock kabyle, Ali Amran entamera une tournée artistique à travers différentes régions de Kabylie et à Alger à partir du samedi 15 jusqu’au 5 juin. Ces concerts coïncident avec la sortie d’un troisième album, Akk’id Amur !.
- C’est une expérience première qu’un artiste va à la rencontre de son public avec un nouveau produit. Etes-vous confiant quant à la réception de cet album ?

J’ai eu l’occasion d’animer des concerts pendant le Panaf’ à travers plusieurs régions. C’est vrai qu’au départ, j’étais sceptique par rapport au genre que je propose, mais ma surprise fut énorme au regard de l’accueil et de l’engouement du public. J’ai eu alors envie de faire une tournée spéciale, car les gens veulent qu’on aille chez eux. Il a suffi de cette petite étincelle entre l’artiste et son public pour comprendre combien c’est important que nous, artistes, prenions pareille initiative. Dans la logique et les traditions de la musique, la scène est le lieu par excellence pour la rencontre et le partage des moments musicaux. Un artiste a besoin d’aller jouer pour son public.

- Vos textes interpellent surtout les jeunes par leur aspect socioculturel, décalé et parfois ironique. Y a-t-il une démarche précise dans votre écriture ?

C’est parce que j’écris sur des sujets qui m’interpellent aussi. Après, c’est la manière d’interpréter ce texte qui est importante. Le kabyle étant d’un usage très restreint mais aisé dans le traitement des thématiques socioculturelles qui touchent à l’amour et sa problématique, par exemple. Aujourd’hui, visiblement, on se cache pour s’aimer, si on ne se cache pas, on se marie, mais si on n’a pas «les moyens» pour se marier, on tente l’amour libre, mais nous ne sommes pas capables d’assumer un tel sacrifice et l’amour devient impossible. Et puis, parfois, je raconte des choses inhabituelles, je revisite le patrimoine à travers de nouvelles approches différentes de celles qui sont traitées dans la poésie traditionnelle, que ce soit par rapport à l’exil, l’immigration ou le déracinement.

Parfois, il y a aussi de la dérision ou de l’ironie dans l’âme, car j’essaie particulièrement d’apporter ma petite vision des choses à partir de mon parcours personnel. J’accorde beaucoup d’intérêt à ma culture berbère tout en m’intéressant à la musique anglo-saxonne. Titulaire d’une licence en littérature et langue anglaise, j’ai préparé aussi une thèse de magistère sur la culture berbère que je n’ai pas encore achevée, faute de gestion du temps. J’ai quitté le pays en 2000, laissant derrière moi un album né d’une expérience qui n’a pas abouti. On n’avait ni les moyens ni l’environnement idéal pour progresser, on n’avait qu’à se cogner la tête contre le mur : l’absence des scènes a contribué à la fermeture du champ culturel. On venait à peine de sortir d’une tragédie et les gens avaient besoin d’exorciser leur souffrance avec l’émergence de la chanson légère. Alors qu’en Europe, j’ai tout consacré pour la réussite de mes albums.

- La chanson kabyle moderne a connu ses années d’or avec l’émergence d’une génération d’artistes qui sont devenus des figures phares dans leur style. Quel est votre apport qui participe à cette continuité ?

Le mouvement des années 1970 a contribué largement à la modernisation de la chanson kabyle, surtout dans le genre rock. Dans le contexte de cette époque, on puisait des influences universelles mêlées aux textes en kabyle et ça faisait de l’effet ! Dans mon travail, j’essaie de faire de la musique kabyle à travers des sonorités pop-rock. La difficulté se pose dans la manière de pouvoir garder cette âme. Je me soucie surtout de la façon avec laquelle je pourrai intégrer cet héritage moderne en nouveau son et son interprétation propre à lui, de sorte à ce que n’importe quel auditeur ait accès au texte ou à la musique tout en exploitant un patrimoine musical riche en mélodies.

Par exemple, dans la chanson Xali Slimane (oncle Slimane), il y a dans les sonorités quelque chose qui s’apparente à du chaâbi. J’ai repris aussi une chanson de Arab Ouzegane, Rray Ulac (Sagesse absente), qui est une chanson lyrique et prend une autre dimension musicale dans mon interprétation. Et la rencontre avec Chris Birkett, producteur de plusieurs vedettes de la chanson anglo-saxonne et réalisateur artistique, a apporté une touche considérable dans mon travail.

Categorie(s): idées

Auteur(s): Fatma Baroudi

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