Ali Arhab. Cadre en instrumentation. Depuis 25 ans à Hassi R’mel. Salaire (100 000 DA) : Nous avons l’impression que nous n’existons pas

Elwatan; le Vendredi 1 Avril 2011
57062


La scène a lieu le matin du 7 mars dernier. En la racontant, Ali Arhab, 49 ans, a les yeux qui brillent de fierté. Le délégué des travailleurs ne s’est pas démonté face au PDG de Sonatrach, Noureddine Cherouati, venu en visite de travail au complexe chimique de Hassi R’mel pour une réunion avec les chefs de service. Avec quatre autres délégués, désignés par les travailleurs, Ali Arhab s’est invité à la rencontre pour rappeler au big boss de l’entreprise les engagements pris par l’ancien PDG Mohamed Meziane, quant à la satisfaction de leurs revendications. Aujourd’hui, attablé dans un café dans le centre-ville, il boit son dixième expresso de la journée en enchaînant les cigarettes. Depuis le début du mouvement de protestation, il dort trois heures et fume deux paquets par jour. On le sent au bout du rouleau, lessivé, mais prêt à aller jusqu’au bout pour ne pas trahir la confiance que la grande majorité des travailleurs a placée en lui.

Alors, il multiplie les rencontres avec les travailleurs, organise des sit-in en compagnie des autres délégués, distribue des photocopies, vérifie à la cantine que la grève de la faim déclenchée, la veille, est largement suivie, alerte les médias pour faire passer le message de la contestation. Sur tous les fronts depuis cinq semaines, il a été contraint de retarder son départ en congé de récupération pour continuer à entretenir la flamme de la protestation. «Mes enfants m’ont appelé pour me reprocher de ne pas venir les voir. C’est difficile de leur expliquer que nous nous battons pour nos droits et que ce combat exige des sacrifices.»

Réputation

Père de quatre enfants, divorcé, Ali n’a pas toujours su concilier vie de famille et professionnelle. Trop souvent absent de la maison, il a raté la naissance de deux de ses enfants et son mariage. Il s’est juré qu’on ne le reprendra plus de sitôt dans une nouvelle relation. Pour se faire pardonner ses absences, il inonde ses enfants de cadeaux. «J’ai été privé de beaucoup de choses quand j’étais petit, car je suis issu d’une famille modeste. Ce que je n’ai pas eu dans mon enfance, je l’offre à mes enfants», déclare-t-il. Des présents qui semblent aussi être un moyen, pour un père qui n’est pas toujours là pour ses enfants, de remplacer le manque d’affection dont ils sont privés. Le combat contre l’injustice, Ali Arhab le pratique depuis toujours. Encore lycéen à Tizi Ouzou, il va très vite se forger une réputation de contestataire en organisant les revendications et en mettant la pression sur la direction.

«J’ai toujours été comme ça. C’était moi qui allais voir le directeur de l’établissement quand les lycéens avaient des revendications à faire passer», se souvient-il. Très bon en maths, il rentre à l’Institut national des hydrocarbures de Boumerdès où il obtient un BTS en automatisme sans jamais fournir trop d’efforts. «Je m’asseyais au fond de la classe. Je ne prenais jamais de notes. Il me suffisait de suivre le raisonnement du prof au tableau pour comprendre la leçon. Quand un exercice était trop difficile pour être résolu par le reste des étudiants, le prof me demandait de monter au tableau pour le résoudre», se remémore-t-il. En 1986, il intègre la grande famille des travailleurs du Sud et rejoint la base de Hassi R’mel, où il sera de tous les combats que connaîtra le complexe chimique, connu  pour être un foyer de contestations et de revendications. «Ce qu’on reproche au PDG, c’est qu’il ne s’adresse jamais à la base. Nous avons l’impression que nous n’existons pas et que nous sommes uniquement bons à faire tourner un complexe qui rapporte 60% des recettes de ce pays. Dorénavant les choses doivent changer.»

Categorie(s): contrechamps

Auteur(s): Salim Mesbah

Commentaires
 

Vous devez vous connecter avant de pouvoir poster un commentaire ..