Animosités

Elwatan; le Jeudi 20 Mai 2010
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Abdelaziz Bouteflika n'aime pas la Cour des comptes. Cette animosité remonte sans doute très loin, depuis le jour où dans les années 1980, cette institution créée avec la Constitution de 1976, a été «instruite» par le pouvoir de l'époque pour passer au crible les comptes du ministère des Affaires étrangères dont il avait la charge durant plus d’une décennie.
Tout comme plus tard, il n'a pas aimé partager l'exécutif avec un chef du gouvernement. L'existence du Conseil de la nation l'horripile aussi, d'ailleurs dès sa prise de fonction en tant que chef de l'Etat au début de son premier mandat, il a clairement fait savoir qu'il ne voyait pas du tout son «utilité». Depuis il a fini par accepter l'existence de ce «machin», mais a réussi après son second mandat à délester l'exécutif du poste de chef de gouvernement. Quant au conseil économique, instance consultative s’il en est, plus personne ne le consulte.

Dans une telle ambiance, on comprend que le «coup de gueule» des magistrats de la Cour des comptes du 9 mai dernier s'apparente plus à un cri de détresse face à une marginalisation voulue et entretenue de la fonction de contrôle des comptes publics depuis plus d'une dizaine d'années. Ce qui peut paraître paradoxal et inquiétant alors que les scandales financiers et les affaires de corruption entourant de grands projets d'infrastructures tel que l'autoroute Est-Ouest, le port de Jijel ou ayant trait tout simplement à l'utilisation de deniers publics à travers des projets d'investissements se multiplient. Sur ce plan, il faut le reconnaître les «affaires» se portent bien si on en juge ce que rapportent les quotidiens de la presse indépendante. Sur ce plan les «affaires» se portent bien. Et même très bien, tant la passation des marchés de gré à gré est devenu le moyen privilégié pour «pomper» une partie de l’argent public à des fins personnelles comme on a pu le constater avec l’affaire de Sonatrach, où une partie du staff de la direction de ce fleuron du secteur public est impliquée dans le scandale.

Cette absence de contrôle a posteriori des comptes publics – contrôle que toutes les constitutions depuis 1976 ont consacré – c'est pratiquement la porte ouverte à tous les excès, détournements des fonds publics, aux enrichissements personnels et autres abus de biens sociaux qui poussent les responsables, les élus et autres fonctionnaires de l'Etat à «confondre» dans bien des cas, argent public et compte(s) personnel(s). D'autant que la loi de règlement budgétaire, un mécanisme permettant de clôturer de manière sincère les comptes à la fin de chaque exercice de la loi de finances considérée, n'a été mis en en œuvre qu'une seule fois par l'Assemblée populaire nationale dans les années 1980.
Une telle «faille» dans le contrôle parlementaire ne semble pas émouvoir d'une quelconque manière les élus de la nation, surtout maintenant que l’argent coule à flots et que l’on prévoit une «rallonge» de 130 milliards de dollars dont on sait à quoi elle servira dans le cadre du plan de développement 2010- 2014. Tout le monde y trouve – c'est le cas de le dire – son compte, sauf les citoyens en proie aux fins de mois difficiles, à la précarité et aux incertitudes du lendemain.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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