Aouali Ahmed. Directeur de l’ONPCA : «Les tour-opérateurs doivent s’orienter vers le tourisme national»

Elwatan; le Jeudi 27 Decembre 2012
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-Les statistiques obtenues par la direction du tourisme nous amènent à dire que le tourisme saharien enregistre encore une année de disette, pouvez-vous nous en dire les raisons ?

En effet, l’activité touristique a connu une baisse vertigineuse par rapport aux années des vaches grasses. Vu ce qui se passe au Sahel, les causes sont donc évidentes. Toutefois, les gens ont tendance à dramatiser les choses, eu égard à l’image véhiculée sur la région par certains médias qui n’évoquent que l’insécurité prévalant au nord du Mali. Alors que réellement, nombreux sont les touristes étrangers qui ne peuvent plus s’offrir un voyage à cause de la crise économique qui frappe leur pays et encore s’ils parviennent à épargner cet argent, leur compagnie d’assurances refuse de les prendre en charge. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui motive les tour-opérateurs à s’orienter vers le tourisme national.

-Cette politique permettra-t-elle de faire sortir le secteur de son hibernation ?

Certainement. La promotion du tourisme national est impérative, car on ne peut plus compter sur le tourisme réceptif si l’on veut réellement parler du tourisme durable. C’est vrai que les prix du transport aérien vers le Sud sont toujours inabordables pour les familles modestes, mais il existe toujours des palliatifs pour profiter de la biodiversité de la région et des pittoresques sites que renferme l’Ahaggar, tout en faisant profiter la population locale bien évidemment. Contrairement à ce que font certaines agences de voyages avec les touristes étrangers qui, une fois arrivés à l’aéroport, vont en trombe vers le site à visiter puis repartent sans même passer par la ville, donc, il n’y aura jamais de retombées économiques sur la région, puisque les seuls gagnants sont les agences et les personnels qui y travaillent. Les agences doivent inviter leurs clients aux villages traditionnels et aux campements des nomades, avec à la clé, promouvoir le produit local et, par ricochet, diversifier les destinations.

-Y a-t-il un travail qui se fait pour la promotion du produit local ?

C’est ce qu’on a fait pendant les festivals et les différents événements que connaît la wilaya à longueur d’année. Mais apparemment, le message ne passe pas, compte tenu du nombre de touristes reçus. Le problème incombe peut- être aux  agences touristiques qui sont appelées à  travailler en collaboration avec les agences du Nord, car le tourisme saharien n’est pas l’apanage de la wilaya de Tamanrasset. Le Sud commence, faut-il le rappeler, à partir de Ghardaïa.

-A chaque fois qu’on parle du sinistre touristique, on fait allusion à la fermeture du Tassili du Hoggar, alors que la wilaya jouit d’autres sites très attractifs, qu’en pensez-vous ?

Oui, le Tassili du Hoggar est un site très riche, le fait est qu’il permet d’y pratiquer tous types de tourisme, en l’occurrence le tourisme d’aventure, scientifique et culturel. Mais il  faut savoir qu’il existe d’autres destinations du Tassili qui ne sont pas interdites aux visiteurs, comme le Tassili de l’Ahnet et le Tassili de l’Emedir. Ce sont des sites, on ne peut plus panoramiques, mais qui ne sont accessibles qu’à dos de chameaux. Raison de plus, le touriste s’offre ainsi des méharées qui rendent, au mieux, son voyage plus agréable. Sauf que les tour-opérateurs nationaux ne veulent pas se casser la tête pour vendre d’autres produits touristiques. Et c’est pour cela que nous insistons sur l’adoption d’une nouvelle politique portant sur la promotion du produit local, d’autant que le tourisme est aussi stratégique que le pétrole.

-Dans le but de redynamiser le secteur touristique à Tamanrasset, quel projet  envisage l’ONPCA ?

D’abord on a concocté un projet de loi relatif à la revalorisation des droits de visite qui devraient passer de 100 DA à 1000 DA par site. On a également investi dans l’aménagement des musées des sites existants, dont le Musée de la ville de Tamanrasset, le Musée de In Salah et celui d’Abalessa, où sont exposés les objets de valeur appartenant à la reine des Touareg, Tin Hinan.  Ces musées permettent aux touristes de voyager dans l’histoire néolithique et paléolithique de cette région millénaire et retracent également l’harmonieuse vie des aïeux.

-En matière de chiffres,  à combien peut-on estimer le nombre de touristes que pourrait accueillir le parc par an ?

Sans trop exagérer, le parc peut accueillir jusqu’à un million de touristes par an, sans qu’il y ait une surfréquentation des sites. Nos opérateurs partenaires doivent seulement s’organiser en programmant des circuits différents, sachant que la superficie du parc est de 638 000 km2. Ce qu’il faut retenir,  c’est qu’avec ce chiffre on pourrait générer jusqu’à 100 millions de dinars de recette, uniquement par le paiement des droits de visite.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Ravah Ighil

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