Ath Mansour (Bouira) : La dure condition des tailleurs de pierre

Elwatan; le Mardi 18 Mai 2010
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Le chômage contraint beaucoup de pères de famille à se rabattre sur cette activité.
Le métier de tailleur de pierre, dans la commune d’Ath Mansour, n’est pas encore reconnu. Sans statut, la «profession» s’exerce, non seulement en utilisant les méthodes les plus anciennes, mais aussi loin de toute réglementation. Le façonnage et l’extraction de la pierre se font laborieusement. À Tassedart, unique et plus grand gisement de la pierre bleue dans la wilaya, situé à quelques kilomètres au sud de la commune d’Ath Mansour, plusieurs carrières y ont été ouvertes. Les conditions de travail y sont tellement difficiles que les ouvriers ressemblent à des forçats. Un quinquagénaire rencontré sur les lieux et qui reconnaît aussi la précarité de son métier, parle de son expérience : «Je suis un tailleur de pierre depuis 1985 et ma situation ne s’est jamais améliorée», confie-t-il. Faut-il souligner que les gens ont commencé à travailler la pierre pour la première fois, à partir des années 1980.

Auparavant, la pierre est commercialisée dans son état brut. Si, toutefois, notre interlocuteur a passé un quart de siècle de sa vie à façonner, donner de la forme à la pierre, comme c’est le cas pour des centaines de personnes de cette région, ce n’est pas par amour du métier. «L’APC ne pouvait pas nous garantir un emploi, alors on a choisi ce travail pour échapper à la famine. Ce travail est notre seul gagne-pain», a-t-il ajouté. Malgré cela, on trouve des centaines d’habitants de la commune d’Ath Mansour qui ont consacré toute leur jeunesse pour ce travail. Toutefois, des familles ont pu bien survivre grâce à ce travail besogneux.

«Le métier est très difficile. On ne peut pas suivre le même rythme quotidiennement. Il arrive des journées où je ne taille que deux ou trois mètres carrés. Quand j’étais jeune, je faisais beaucoup plus. Ce métier est dur et sans avenir», poursuit le quinquagénaire qui semble garder toute sa sève d’antan. Cependant, après avoir trimé des années durant sans pour autant être déclaré à la sécurité sociale, comment, ces tailleurs de pierre, affronteront-ils l’avenir quand la force de «tailler» ne sera plus là pour leur permettre de subvenir aux besoins de leurs familles?

Selon un propriétaire d’un site de la pierre bleue, plusieurs tentatives ont eu lieu pour finir avec l’anarchie dans laquelle baigne le métier. Cependant, les choses se sont avérées impossibles. «On a beau essayer avec les services des assurances de régler notre situation, en vain. Ils nous ont demandé en contre partie d’avoir un registre de commerce. Mais cela ne nous arrange pas pour la simple raison que nous ne gagnons rien pour pouvoir payer les impôts. Il y a des mois où nous ne vendons rien. Comment veux-tu que je paie mes impôts ?», dit-il. D’après certains témoignages, au début des années 1990, l’APC d’Ath Mansour a effectué un recensement de tous les tailleurs de pierre qui étaient alors en activité. Tout le monde a cru que les choses allaient s’améliorer. En vain. Le projet n’a pas eu de suite et les tailleurs de pierre continuent de trimer dans la totale précarité.

Aujourd’hui, il n’y a que les « anciens » qui veulent travailler. Les gisements sont désertés. «La jeunesse d’aujourd’hui fuit le travail de la pierre», affirme-t-on. Le nombre d’employés dans une carrière ne cesse de diminuer. En revanche, il y a aussi, actuellement, d’autres personnes qui choisissent ce travail pour la simple raison qu’ils n’ont pas où travailler. «Notre commune est très pauvre, il n’y a que ce domaine qui génère de l’emploi», dit un jeune tailleur de pierre. Par ailleurs, il y a même ceux qui avaient abandonné le métier pendant de longues années, mais leur destin en a décidé qu’ils y retournent. «Plusieurs personnes ont abandonné ce métier, mais au bout de quelques années, ils sont contraints de reprendre le marteau et le burin pour tailler la pierre», témoigne notre interlocuteur. Par ailleurs, le commerce de la pierre régresse de plus en plus.

C’est l’autre hantise des professionnels de la pierre bleue qui se plaignent de la chute des ventes. «Depuis l’ouverture de l’autoroute est-ouest, nous recevons peu de commandes», souligne un responsable du site. Cette situation oblige parfois les «patrons» des carrières à cesser tous les travaux pendant plusieurs semaines afin d’épuiser tout le stock. Pourtant, les constructeurs particuliers la recherchent. À Alger, Oran, Bouira, Tizi Ouzou ou Annaba, pour ne citer que ces wilayas, la pierre d’Ath Mansour orne les bâtisses.
Récemment, une entreprise d’import-export a acheminé la pierre d’Ath Mansour en Libye. En dépit de ces perspectives timides, l’avenir de la pierre bleue, ne s’annonce pas rose.

Categorie(s): actu kabylie

Auteur(s): Ali Cherarak

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