Attention, l’Histoire ça brûle…

Elwatan; le Jeudi 13 Mai 2010
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On pensait que la polémique actuelle suscitée par la parution du dernier livre de Saïd Sadi sur la mort du colonel Amirouche, Amirouche, une vie, deux morts et un testament, allait trouver refuge sur notre petit écran sous la forme d’abord d’un rappel chronologique des faits pour mieux recentrer les enjeux de la querelle dans leur espace, ensuite d’un débat d’idées passionné autour des contingences historiques développées aussi bien par l’auteur du «brûlot» que par ses contradicteurs, qui sont chaque jour un peu plus nombreux à venir détruire les thèses du leader du RCD, même si les arguments avancés relèvent davantage de la surenchère politicienne que de la volonté sincère de rétablir l’Histoire dans ses droits. Il n’en fut rien, car à défaut de vouloir éclairer la lanterne de ses téléspectateurs avides de connaître les vérités sur les pans de notre Révolution restés jusque-là dans l’ombre, l’Unique a préféré se mettre en retrait, faisant l’impasse sur un sujet aussi compromettant, alors que la controverse qui a gagné les chaumières ne cesse d’enfler.

A quoi sert de proclamer la télé au service du peuple lorsqu’on prive les Algériens du minimum vital d’informations sur des réalités sentant le soufre qui ont marqué les périodes cruciales de la Révolution et des hommes glorieux qui lui ont permis d’aboutir ? Jusqu’à quand maintiendra-t-on donc le black-out sur les sombres péripéties de la lutte révolutionnaire «qui n’a pas eu en son sein que des enfants de chœur» pour paraphraser un responsable politique, ancien moudjahid, impliqué dans la polémique, alors que d’un autre côté, le discours officiel clame sa volonté d’être totalement disponible pour l’écriture de l’Histoire telle qu’elle doit être enseignée aux générations montantes. Le double langage qui veut que l’on soit pour la traduction de la mémoire historique mais sans l’essentiel qui doit être transmis intégralement à nos enfants reste apparemment très fécond…

Pour l’heure, c’est le docteur Sadi qui est pris pour cible pour avoir gratté un petit peu le vernis d’un épisode qui a été toujours mis sous le coude par tous les dirigeants qui se sont succédé au pouvoir. Un véritable tir croisé de la part de la «famille révolutionnaire» qui visiblement s’est sentie dérangée dans son confort politique, alors que le leader du RCD affirme avoir vérifié ses sources et effectué un travail de recherche approfondi et viable avant de s’avancer sur un terrain aussi dangereux pour l’éveil des consciences sur un passé militant qui a connu toutes sortes de manipulations.

Le message que lui ont adressé ses contradicteurs paraît on ne peut plus clair : l’Histoire, faut pas y toucher au risque de se brûler… Ce à quoi Sadi répond que «l’histoire de la guerre d’Algérie est décidemment un butin trop précieux pour être restitué au peuple», après avoir averti qu’«en tirant sur la corde, c’est toute la montagne qui est ébranlée». Dans ces deux phrases assassines, le docteur a tout résumé : l’Histoire, contrairement à ce que l’on pense, reste pour lui la propriété exclusive des gouvernants. Essayer de lui donner une autre version, même si celle-ci est parfaitement documentée, c’est s’exposer à toutes les vindictes.

Au demeurant, le ton est monté d’un cran, atteignant même son paroxysme entre l’ex-président du HCE Ali Kafi, qui n’est pas allé avec le dos de la cuillère pour discréditer violemment l’auteur du livre sur la mort de Amirouche, affirmant au passage que «si ce dernier était vivant, il égorgerait son fils et Saïd Sadi», et le président du RCD qui traite l’ex-colonel de la Wilaya II de «menteur», considérant son intervention publique ni plus ni moins que comme un appel au meurtre.
Les attaques de Kafi, qui pense que Sadi est allé trop loin dans ses intrusions historiques, sont aussi virulentes que celles déjà subies par ce dernier de la part d’hommes politiques ou d’universitaires qui se sont donné le mot, comme s’ils étaient activés quelque part pour le détruire non pas sur les questions de fond, mais sur sa pertinence et dans la lancée, en filigrane sur… sa «fibre kabyle».

Le débat d’idées évoqué plus haut est donc d’emblée escamoté par une levée de boucliers qui cache mal certaines intentions politiques à tout faire pour éviter que des vérités historiques soient révélées au public. La polémique vole donc si l’on peut dire au ras des pâquerettes, nous laissant quand même une plainte de la famille Aït Hamouda contre… Bencherif, Boumediène et Chabou pour «séquestration des ossements de Amirouche et de Si El Haouès», le thème central du livre de Sadi qui fait tant de bruit. Triste façon de plonger dans notre histoire, n’est-ce pas ?...

Categorie(s): vu à la télé

Auteur(s): Abderezak Merad

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