Aviculture : Descente aux enfers pour les jeunes

Elwatan; le Mercredi 8 Fevrier 2012
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Réunis sous l’égide de l’UNPA, de jeunes aviculteurs ont dénoncé à la fois l’acharnement de la BADR et celui de la justice. Ils sont plus de 160 à l’échelle nationale à faire l’objet de poursuites judiciaires de la part de la banque de l’agriculture qui leur réclame de très lourds arriérés. Eux tentent par tous les moyens de se faire admettre dans le club des 28.000 fellahs ou assimilés qui ont bénéficié de l’effacement de leurs dettes suite à l’engagement du président Bouteflika de février 2009, lors de son meeting électoral de Biskra. À l’époque, ils étaient venus de toute l’Algérie à l’initiative du ministère de l’Agriculture pour écouter les promesses du président-candidat à un troisième mandat.

Face à une salle surchauffée, Bouteflika avait alors annoncé l’effacement des dettes de l’ensemble des agriculteurs, allant même jusqu’à parler d’une enveloppe globale de 41 milliards de DA. Un chiffre que les jeunes aviculteurs réunis à Mostaganem n’ont eu de cesse d’opposer à celui des 36 milliards que le Trésor public aurait déjà effacé pour plus de 28.000 fellahs. Venus des wilaya de Sidi Bel Abbès, de Tlemcen et de Mascara, les jeunes aviculteurs sont totalement tétanisés par les visites des huissiers de justice qui ont pour mission la saisie de leurs biens ainsi que des équipements acquis dans le cadre du processus ANSEJ, ANGEM et autres crédits de campagne.

Cette situation a été dramatisée par la saisie effectuée auprès d’un aviculteur de Mascara dont les équipements ont été vendus en sa présence à un de ses collègues. Présent lors de la rencontre, le jeune homme avait de la peine à cacher sa douleur de voir le fruit de son labeur cédé à moins de 70% de sa valeur vénale. Intervenant à son tour, un éleveur de Aïn Tédelès peinait à garder son calme avec une dette de plus de 7 millions de DA. C’est la gorge nouée qu’il explique le long processus qui a fait d’un aviculteur dynamique une véritable loque humaine. C’est ainsi qu’il rappelle que son cauchemar a débuté le lendemain du discours de Bouteflika, lorsque lui et ses collègues décident, «avec l’accord de leurs créanciers», tiennent-ils à le souligner, de geler le payement des échéances et surtout de vider leurs comptes bancaires en attendant la promulgation des arrêtés d’application de l’obole présidentielle.

Seuls quelques uns parmi le groupe auraient continué à rembourser quelques échéances, mais très vite l’euphorie ambiante aidant, tous cesseront les remboursements. Puis, une fois les premiers dossiers régularisés, ils se rendront compte que ceux des jeunes et petits aviculteurs ne faisaient pas partie du lot des bienheureux.

L’ultime recours, marcher sur El Mouradia

Ils entament alors des contacts avec le ministère de l’Agriculture, celui des Finances, sans pour autant cesser leurs activités. Ce qui, selon leurs dires, aurait permis de maintenir des prix raisonnables sur le marché. Pendant qu’ils persistaient dans leur démarche, personne ne songeait à verser la moindre annuité à la banque qui, de son côté, peaufinait un dossier en contentieux. C’est ce dossier qui vient d’aboutir puisque, dès l’automne dernier, l’ensemble des opérateurs reçoivent une lettre de mise en demeure à travers laquelle la BADR leur réclamait non seulement le crédit initial mais également des «intérêts prorogés» qui donnent le tournis.

En effet, pour un capital de 700 millions de Cts, ces intérêts prorogés s’élèvent à la coquette somme de 210 millions de Cts. Magnanime, tout en lui réclamant le versement avant le 31/12/2011 de la somme de 78 millions de Cts, la banque l’informe par la même lettre qu’il devra s’acquitter avant le 31/03/2012 de la somme de 208 millions de Cts au titre des intérêts cumulés. C’est cette avalanche de crédits à rembourser qui donne le tournis aux jeunes aviculteurs dont la plupart se disent trahis par les promesses de Bouteflika mais aussi par les procédures bancaires. Car, pour la plupart, ils se disent floués par les procédures.

Toutefois, ils admettent avoir été rassurés quant à l’effacement de leurs dettes. Ce qui les aurait incités à suspendre le versement des annuités à la banque dans l’attente de l’effacement qu’ils croyaient inéluctable. Si bien que, pendant près de 3 ans, personne ne songera à rembourser le moindre sou à la banque qui, de son côté, continuait d’aligner les agios. Si bien que, 3 ans après, un capital de 7 millions de dinars se trouve alourdi des fameux intérêts prorogés qui atteignent alors des plafonds insoupçonnés pouvant à court terme atteindre, voire dépasser le crédit initial.

Pris à la gorge, ne pouvant ni reculer, ni avancer, échaudés par la mésaventure de leur collègue de Mascara qui a été dépecé de ses biens, ils tentent un ultime recours. Il s’agit pour eux de s’unir sous la houlette de l’UNPA comme le leur a suggéré le coordinateur de la wilaya de Mostaganem et d’aller devant la justice afin de bénéficier de l’effacement de leur dette comme les 28.000 autres fellahs algériens. Leur unique argument, le texte portant effacement de la dette n’a pas été abrogé et leur statut de fellah les prédispose. Certains n’excluant pas une action spectaculaire à l’occasion du 3ème anniversaire du discours de Biskra. Si au moins on leur donnait la chance de rééchelonner leur dette pour 7 ou 10 ans, à l’instar d’autres filières d’aide à l’emploi des jeunes.                     

Categorie(s): mostaganem

Auteur(s): Yacine Alim

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