Candidat par procuration

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Quelle fierté et gloire pourrait tirer le président Bouteflika de son parrainage par le FLN, un parti sclérosé, miné par des luttes de clans, qui vient de le désigner comme candidat pour un quatrième mandat  ? Des cadres du parti en rupture de ban avec la nouvelle direction politique emmenée par Amar Saadani n’ont pas tardé à réagir à l’annonce de cet appel à la candidature de Bouteflika, la qualifiant d’illégale et en violation des textes réglementaires régissant le fonctionnement du parti. La précipitation avec laquelle l’annonce de la candidature a été faite dégage un parfum diffus d’une course de vitesse dans laquelle le FLN a entrepris de s’engager pour le compte de Bouteflika en vue de planter le décor électoral de la présidentielle d’avril 2014. Le procédé est pour le moins inédit.

Le principal concerné, le président Bouteflika, n’a pas encore soufflé mot sur ses intentions en la matière. Du moins pas publiquement et officiellement. Mais ne dit-on pas que le silence vaut aussi consentement ? On imagine mal, en effet, Bouteflika dont on connaît la culture autoritariste, accepter de se faire sponsoriser par quelque partie que ce soit sans son accord. Si tel n’avait pas été le cas, Saadani aurait déjà été débarqué du FLN et revenu à son premier métier.

Ce modus operandi de Bouteflika pour (faire) annoncer sa candidature en se faisant adouber par le FLN, qui l’avait porté au poste de président d’honneur du parti, tranche singulièrement avec l’étiquette du candidat du consensus, de père de la Nation sous laquelle il s’était présenté lors des précédents scrutins présidentiels. Le temps est loin où la candidature de Bouteflika donnait lieu à une véritable mêlée d’opportunistes de tout bord, où l’on ne comptait plus les formations politiques, les associations de la société civile qui se pressaient pour la soutenir.

En dehors d’une composante du FLN, il n’y a pas, selon toute apparence, foule cette fois-ci pour apporter de l’eau au moulin de Bouteflika. Du moins pas dans les circonstances politiques actuelles pour le moins floues, où la clientèle traditionnelle du pouvoir n’a jamais été aussi désemparée en l’absence de signaux politiques clairs sur le candidat du pouvoir pour lequel il faudra se mobiliser lors du prochain scrutin présidentiel. D’où l’expectative et la prudence de la classe politique et de la société civile. Y compris du côté des plus fervents supporters d’hier de Bouteflika, à l’instar du RND qui apparaît moins engagé que le FLN dans le soutien pour un quatrième mandat. Question de filiation politique avec Bouteflika que le FLN revendique pour lui tout seul ? Sûrement. Mais personne n’est dupe pour voir derrière cette proximité proclamée l’expression d’un soutien politique désintéressé en faveur d’un programme politique partagé.

De «candidat de large consensus» qu’il fut au candidat d’un parti d’arrière-garde et d’affairisme qui a perdu toute son aura historique et populaire, Bouteflika a-t-il brûlé tous ses vaisseaux au terme de ses trois mandats cumulés pour tomber aussi bas  ? L’annonce de sa candidature par le FLN est-elle destinée à couper l’herbe sous le pied de Benflis ? Ou ne serait-elle qu’un leurre et une stratégie électorale qui cachent mal le véritable candidat du pouvoir, que l’on garde bien au chaud pour des considérations qui tiennent aux équilibres et aux arbitrages internes du système ? Avec le consentement de Bouteflika ou à son insu.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Omar Berbiche

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