Chaâvane, le Kabyle de Zouara : «J’ai tué et j’étais prêt à me faire tuer pour mes frères libyens»

Elwatan; le Samedi 11 Fevrier 2012
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Originaire de Mechtras, dans la wilaya de Tizi Ouzou, Chaâvane a grandi à Alger, sur les hauteurs de Bouzaréah.
Un beau jour de l’année 2007, ce ferronnier de métier décide d’aller voir si les cieux sont plus cléments sous les latitudes libyennes. Arrivé dans la ville de Zouara, Chaâvane est très fatigué par le long voyage. «C’est bon, je descends ici», dit-il au chauffeur de taxi, tout simplement parce qu’il venait de voir le fameux Z amazigh peint sur un mur.
Descendu dans une ville étrangère où il ne connaît personne, notre aventurier a la surprise d’entendre une chanson de Lounès Matoub sortir d’une voiture garée sur le trottoir. Il s’approche, croyant avoir affaire à des compatriotes, et il a la surprise de découvrir des Libyens, grands admirateurs de Matoub et amazighs comme lui. Dès cet instant, une grande amitié le liera avec ces gens, notamment Mohand Abou Adjadja, avocat. Cet ami intime, Mohand, tombera en martyr au champ d’honneur le 31 mars 2011. Chaâvane trouve du travail et fait son petit trou à Zouara. Lorsque la révolution libyenne éclate, c’est tout naturellement qu’il prend les armes aux côtés de ses compagnons.

«Je n’ai fait que mon devoir, car j’ai partagé le sel et le pain avec eux», dit-il avec modestie. Il se tait un instant et ajoute : «Il faut voir leur réaction le jour où l’Algérie s’est qualifiée pour la Coupe du monde. Ce sont mes frères. J’ai tué pour eux et j’étais prêt à me faire tuer». C’est lui en tant que ferronnier qui a soudé un «14,5» sur un pick-up.Chaâvane part avec les 100 premiers «igrawliyen» qui ont pris les armes pour s’entraîner à Djado, au cœur de l’adrar Inefoussen. Puis, sur un bateau de pêche, ils rejoignent la Tunisie avant de rentrer, toujours par la mer, pour combattre à Misrata puis à Benghazi. Dans cette grande maison où nous discutons avec les hommes de la révolution et les militants de la cause amazighe, Chaâvane accepte volontiers de poser pour une photo avec son arme. Le regard déterminé. «Comme le Colonel Amirouche», dit-il.

Lorsque la révolution a triomphé et libéré tout le territoire libyen, Chaâvane est resté à Zouara où il jouit de l’estime et du profond respect de tous ses frères d’armes et de sang. Ali, son ami, nous raconte que durant toute la révolution, Chaâvane a gardé quelques balles de côté. Pour le cas où il aurait rencontré des Algériens qui se seraient enrôlés sous la bannière d’El Gueddafi.      

Categorie(s): international

Auteur(s): Djamel Alilat

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