Chaines TV satelitaires arabes à Dubaï : MBC, un 23e pays arabe virtuel

Elwatan; le Lundi 17 Mai 2010
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La chaîne de télévision MBC ne cesse de monter au firmament dans la constellation satellitaire. Elle se veut hôte de marque…
déposée, patrie arabe, pays panarabe.
Dubaï (Emirats arabes unis)

De notre envoyé spécial

En plein cœur de Dubaï, aux Emirats arabes unis, plus précisément à Media City — une cité à l'aspect «manhattanien» regroupant des télévisions satellitaires comme Dubaï TV, Tej TV, NTV, Charqya, des locaux de CNN, des radios d'expression chinoise, iranienne, indienne, turque, pakistanaise et des sièges de grands journaux comme Chark El Awsat —, MBC (Middle East Broadcasting Center) est un groupe qui culmine.

C'est de là qu'émet la fameuse doyenne et incontournable chaîne saoudienne MBC, première chaîne satellitaire généraliste arabe privée lancée en 1991, à Londres (Royaume-Uni) et ses chaînes thématiques MBC2 (cinéma), MBC3 (enfants), MBC4 (public féminin), MBC Action (thriller, policier, public masculin), MBC Max (extension cinéma) et Al Arabya — chaîne d'information en continu — ayant assis sa notoriété, depuis sa création en 2003, avec des exclusivités et autres scoops, à l'image de l'interview du président américain Barak Obama en «breaking news» avant les autres networks et la configuration exponentielle des 750 télévisions satellitaires arabes.

Un bâtiment ultramoderne et très vaste de cinq étages. Une ruche où s'affairent 500 employés (sur 1500, notamment ceux affiliés aux bureaux et studios à Beyrouth, Le Caire, et à l'étranger). Dans les couloirs, les ascenseurs, les bureaux, c'est un ballet incessant linguistique cosmopolite. Ici, on parle beaucoup plus anglais qu'arabe ainsi que toutes les consonances, entre autres le français. Plus de 50 nationalités. Des journalistes, présentateurs, techniciens, cameramen, concepteurs, producteurs, créateurs (branding) venant du Liban, Syrie, Egypte, Jordanie, Algérie, Maroc, Etats-Unis, Grande-Bretagne, Australie, Nouvelle-Zélande, France… Une bonne intelligence espérantiste ! C'est dire de l'esprit animant le Groupe MBC d'acception arabe et arabophone se voulant ouvert sur le monde et sans frontières. D'ailleurs, la chaîne MBC Persia — comme MBC Maghreb — destiné à l'audience de l'Iran en est la preuve patente.

La TV, un membre de la famille

Le porte-parole officiel du Groupe MBC, Mazen Hayek, résume cette estampille panarabe et universaliste : «MBC Group est le 22e ou 23e pays arabe virtuel, n'existant guère sur la carte géographique et que tout le monde aime et s'identifie à lui. Une entité accueillie dans les foyers du Machrek (Moyen-Orient) au Maghreb. Une patrie virtuelle de paix, donnant de l'espoir, des couleurs, du rêve, du contenu, du divertissement… On sait que l'impact de la télévision dans le monde arabe est très fort à cause des barrières socioculturelles dans tel ou tel autre pays.

Alors, la télévision est perçue comme un moyen d'évasion. Cette télévision, dans la région, c'est aussi un membre virtuel (allumé en arrière-fond) d'une famille, d'un président de la République, d'un ministre, d'un conseil d'administration, d'une équipe de football… Elle accompagne tout le monde partout…» De plain-pied, tous les matins, c'est le plateau de «Sabah El Arabya» (Le matin d'Al Arabya) présenté en direct par Rawia Al Alami et Mohamed Abou Obeid, avec, comme arrière-plan, une baie vitrée donnant sur un panorama «new-yorkais» : plan d'eau, parc, bancs publics et tours. Rawia Al Alami et Mohamed Abou Obeid forment un duo matinal chic et choc. Leur programme renferme une version digeste des informations exclusivement relatives au monde arabe, allant de la politique à l'économie en passant par le divertissement, la mode ou encore des sujets suscitant des polémiques. «Sabah Al Arabya» se veut aussi interactif.

Le bonjour de George Clooney...

Son point fort, ce sont les interviews exclusives, à l'instar de celles de l'ancien Premier ministre britannique, Tony Blair, de Roberto Cavalli, les acteurs américains Morgan Freeman, Denis Hopper, George Clooney, Nicolas Cage ou encore la chanteuse Haïfa Wahby, à deux reprises. «Notre chaîne s'adresse à tous les Arabes, surtout qu'Al Arabya n'est pas gouvernementale ou partisane. La différence, c'est que «Sabah Al Arabya» est destinée à un public mixte, féminin et masculin. 0n prend en considération toutes les tranches d'âge : jeunes et anciens. C'est un programme généraliste. Il y a une ‘‘overdose’’ de 22 heures de politique due à la situation prévalant dans le monde arabe. On voudrait que les téléspectateurs arabes respirent pendant deux heures autre chose que la politique.

Un réveil, un début de journée loin des nouvelles tristes et dépressives. Et ce, à travers des sujets ayant trait à la culture, la santé, la mode, l’entertainment, l’économie, la cuisine… Tout ce qui intéresse le citoyen arabe. On n’est pas un ‘‘hard talk’’, mais plutôt un programme informatif, divertissant et léger…», nous confiera Mohamed Abou Obeid qui reçoit énormément d'e-mails d'Algérie, malgré le décalage horaire de 3 heures. 120 minutes pour convaincre… les téléspectateurs arabes du matin. A l'image de cette anecdote parue sur le quotidien Al Riadh relatant que des fonctionnaires arrivaient à leur lieu de travail en retard, car trop distraits par la chaîne Al Arabya.

L'étage le plus impressionnant est celui d'Al Arabya lancée en 2003 et dont la devise est «know more» (savoir plus). Une usine de l'information… à la chaîne. Une immense rédaction du «live» comptant plusieurs plateaux, des caméras-louma et celles du travelling, une légion de journalistes, qui rivés sur leur écran d'ordinateur, qui vissés au téléphone et qui scotchés et en flux tendu en quête d'informations du monde. La nouveauté aux studios d'Al Arabya, c'est le «news wall», un mur-écran-géant (en longueur) plasma de 15 m — d'une seule pièce —, diffusant toutes les télévisions satellitaires faisant dans l'information en continu. Là, on croise des présentatrices vedettes accessibles, disponibles et surtout souriantes — la marque de fabrique d'Al Arabya et de MBC —, comme la Libanaise Nadine Hany — une star au Moyen-Orient car ayant bousculé l'establishment masculin et guindé de la finance — et la Marocaine Fatima Zahra Daoui présentant les éditions économiques, pas d'une manière archaïque et rébarbative, mais plutôt avec élégance et efficience, Rima Salha, conceptrice et présentatrice libanaise de l'émission hebdomadaire «Sinaât El Maout» (La fabrication de la mort) faisant un travail remarquable en matière d'investigation quant au phénomène mortifère du terrorisme et ce, par des enquêtes brillamment menées.

Rima Salsha, profession reporter

L'objectif premier de Rima Salha, c'est de comprendre la relation de cause à effet du terrorisme parmi la jeunesse arabe et à travers le monde. «Au début, le but de ‘‘Sinaât El Maout’’ est de combattre ces idées contre l'entendement humain. Sensibiliser la jeunesse quant à l'Islam comme une religion de tolérance, d'amour et de non-violence. Eclairer la vision des familles par des analyses et autre vulgarisation concernant ce phénomène. Si la vérité est claire, les jeunes pourront faire la différence entre le bien et le mal…», nous indiquera Rima Salha, portant bien son nom.

Elle nous apprendra qu'elle éditera prochainement un ouvrage sur «Sinaât El Maout» où elle dévoilera l'épisode des menaces de mort prononcées à son encontre par des groupes terroristes. Aussi, a-t-elle eu droit à des articles dans le Washington Post et le New York Times, et la Fox News s'est intéressée à elle. Ici, le responsable de la collecte des informations et le directeur des correspondants, c'est Nadjib Bencherif, un Marocain.
Et qui est aussi membre fondateur de la chaîne Al Arabya. Un haut fait dont il s'enorgueillit. Il dirige plus de 50 reporters disséminés à travers 25 bureaux, notamment dans le monde arabe, comme en Irak (15 correspondants), en Arabie saoudite, Somalie, Palestine (Ghaza, Ramallah et Jérusalem), Algérie, Maroc, Egypte, Soudan, Liban, Syrie, ainsi qu'au Pakistan, en Inde, Grande-Bretagne, France, Etats-Unis et Turquie.

Mission : couverture essentiellement de tout ce qui se passe dans les pays arabes. Parmi les atouts majeurs de MBC Group, l'on citera in situ la cellule de création (brand managment). Une fine et talentueuse équipe de jeunes ayant dessiné l'écriture en arabe (naskh) et sa typique lettre (ta marbouta) — copiée d'un façon et contrefaçon pâle par le Hezbollah au Liban et, dit-on, par le Mossad — estampille de la chaîne Al Arabya —, l'animation en 3D utilisée dans la reconstitution d'attentats, de prises d'otages ou autres graphiques des «breaking news» en moins de 3 secondes. Une célérité très enviée par les autres chaînes arabes concurrentes. La preuve ! Ces jeunes créateurs du branding sont des stars.

Depuis quelques années, ils ont instauré leur suprématie. Ils ont raflé... 140 Awards Promax (récompenses). En 2008, ils ont décroché 28 trophées, alors que Sky News et Fox News n'ont obtenu que
12 distinctions.

La preuve par 03 productions

L'autre valeur sûre du Groupe MBC, c'est 03 Productions, une société produisant, démarchant et alimentant MBC en matière de documentaires et autres séries TV, sous les auspices de Fadi Ismaïl, qui n'est autre que celui qui a eu le «feeling» d'acheter des «dramas» (soaps) turcs, tels que Noor et son retentissant succès (85 millions de téléspectateurs arabes dont 14 en Algérie ont suivi le dernier épisode de Noor). 03 Productions prépare la réalisation d'une grand feuilleton typiquement panarabe de 90 épisodes intitulé Matloub Rijal, à la manière des telenovelas sud-américaines avec beaucoup d'action et interprétées par des acteurs égyptiens, libanais, syriens... Une production saoudienne et émiratie.

Un label caractéristique par analogie aux soaps turcs, Mirna Wa Khalil Qasr El Hob, Al Holm Edaye, Lahdat Wadae, Assi, Al Gharib, ou encore Al Hob Al Mostahil. MBC, en tant que groupe, vit des recettes publicitaires. «MBC est un groupe ‘‘positive cash flow’’. Une entité vivant des recettes publicitaires. Le succès du Groupe MBC est lié principalement à la loyauté (fidélité) de nos téléspectateurs et consommateurs. Il repose surtout sur la relation privilégiée que nous avons avec les annonceurs de la région, et aussi grâce aux gens qui font MBC aujourd'hui. Notre part de marché des recettes publicitaires dépasserait celle de l'audience. Ce qui nous confère une avance sur d'autres groupes en termes de recettes publicitaires.

Malgré la crise, l'année 2009 a été excellente, les recettes publicitaires ont dépassé celles de 2008. Les recettes du premier trimestre 2010 sont encourageantes et augurent une très bonne année... Le marché publicitaire total dans le monde arabe, les dépenses publicitaires ne dépassent pas 1% de celui mondial dans les médias. Donc, le challenge de MBC Group et les autres groupes médiatiques est d'accroître le volume du marché publicitaire et ce, en améliorant son ratio et son pourcentage. Cela peut évoluer et dépasser les 4%, pour que, finalement, les médias puissent investir encore plus dans un contenu de qualité, de ce qui ce fait de meilleur dans le monde, à l'endroit du téléspectateur arabe.

Dans un souci de respect. Car il le mérite…», précisera Mazen Hayek, porte-parole officiel du Groupe MBC. C'est sûr, cette entreprise ne connaît pas la crise, pour pasticher Alain Bashung. Un 23e pays arabe où il fait bon vivre ! La devise du Groupe MBC, c'est : «We see hope everywhere !» (Nous voyons de l'espoir partout !)

Categorie(s): reportage

Auteur(s): K. Smaïl

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