Chikhi Ahmed : Un calligraphe ignoré

Elwatan; le Jeudi 9 Octobre 2014
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Il s’agit de Chikhi Ahmed, 41 ans, adjoint d’éducation au CEM Lakel Ali de Tabainette, commune de Chebli. Comme tous les artistes autodidactes, Ahmed n’apprécie pas à leur juste valeur ses dons. Il ne fait pas acte de ses capacités artistiques. Il n’a pas la «grosse tête», comme on dit communément. Quand on le qualifie d’artiste, il dit ne pas savoir s’il l’est vraiment. Pourtant, Ahmed, comme le semeur du poète, avec une feuille blanche et un roseau habilement taillé, crée la vie autour de lui.

Les lettres arabes, sous ses doigts, prennent vie, prennent forme et propagent autour d’elles toutes les senteurs de l’Orient. Quand on lui parle de calligraphie, Ahmed devient prolixe. «Grâce aux travaux de Mohamed Bensaïd Cherifi, docteur en calligraphie arabe, que je n’ai pas eu l’honneur de connaître personnellement, j’ai commencé à m’intéresser très jeune, à cette discipline. J’essayais d’imiter tous les styles ! Même pour ce qui est du dessin,-un calligraphe est un dessinateur, mais le contraire n’est pas forcément vrai- je peux, par exemple, reproduire La Joconde de Léonard de Vinci, mais je n’ai jamais essayé de réaliser mes propres tableaux. Ce qui m’intéresse, c’est la calligraphie ! J’aime faire parler les lettres, leur donner la forme qu’elles méritent, leur faire prendre de l’espace !»

Chikhi Ahmed a souvent été

«utilisé» pour tracer des banderoles, aux différentes occasions sportives et autres. Avec une fierté à peine déguisée, il nous confie : «Aux 10es Jeux arabes, c’est moi qui ai réalisé les banderoles de la finale Algérie-Egypte !» Quand il commence à parler des types de graphies, un monde grouillant de caractères entrelacés prend vie autour de lui, il les évoque et les invoque, comme des êtres vivants : «Je maîtrise plus de quinze types différents et je ne peux pas dire lequel est le plus beau ! Il y a le ‘‘neskhi’’, type de graphie couramment utilisé en Orient, ‘‘ruq’a’’, en Egypte et les pays du Cham, le ‘‘coufique’’, le ‘‘diwwani’’, l’’’andalou’’, le ‘‘maghrébin’’… Ils sont nombreux. Chacun a son charme !»

La région dans laquelle vit Ahmed et son métier qui lui prend tout son temps font que notre artiste manque d’expositions et de contacts avec ses pairs. Chikhi, qui sait créer le rêve, a-t-il un rêve ? «Mon rêve le plus cher est d’écrire le Coran en neskhi’!» Pourquoi pas, Ahmed ? Toi qui maîtrises la magie de l’espace, des formes et des lettres, tu nous as prouvé qu’avec trois fois rien (un «calame» et une toile blanche), tu pouvais faire parler les signes.
 

Categorie(s): blida

Auteur(s): Rahmani Mohammed

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