Cinéma. Avec le réalisateur américain Jonathan Demme : L’humilité du talent

Elwatan; le Samedi 22 Decembre 2012
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Marrakech.       
De notre envoyé spécial



Tout le monde ici a pu se rendre compte que le célèbre auteur du film-culte «Le Silence des agneaux» ne fait pas son cinéma. Au contraire, il parle de lui et de son travail avec déférence, humilité et générosité. Avec une simplicité remarquable, il tiendra à préciser qu’il n’a jamais fréquenté une école de cinéma : «Je suis autodidacte à 100%. J’étais très heureux d’être devenu réalisateur à 26 ans. Vous savez, je continue jusqu’à présent à apprendre. Et ce, après quarante ans de carrière.» Et d’ajouter : «Je filme et je tourne parce que c’est une addiction. Et que j’aime ça !» Abordant ses références cinématographiques, Jonathan Demme citera les réalisateurs John Ford, Raoul Walsh ou encore Howard Hugues dont les œuvres ont marqué sa vision du 7e art.

Il a, en outre, été beaucoup influencé, sinon obnubilé, par la Nouvelle Vague française et le cinéma italien. «Cela m’a totalement bluffé !», affirmera-t-il avec force et passion. Dans ce brassage d’influences, indispensables à l’évolution d’un cinéaste, un moment fort : celui où il vit, pour la première fois, le film «Main Streets» (1973) de Martin Scorsese avec un Robert de Niro au sommet de son art. Un véritable déclic selon lui. Et, ne cachant pas son admiration sans bornes pour le réalisateur, Jonathan Demme avouera : «Toute ma vie, j’ai voulu être Martin Scorsese.» Il reviendra assez longuement sur l’œuvre qui l’a fait connaître dans le monde entier et constitue un tournant dans sa carrière : «Le Silence des agneaux» (lire encadré ci-dessous). Il dévoilera des aspects méconnus du grand public sur la genèse de ce film ainsi que sur sa réalisation qui aurait pu revenir à un autre, comme il le confiera : «J’ai lu le script. Je l’ai trouvé  assez bien.

J’ai lu aussi le livre. Une grande histoire avec un haut niveau de suspense. C’est Gene Hackman qui devait réaliser Le Silence des agneaux. Mais sa fille, qui avait lu le livre, l’en a dissuadé (rires) : You can’t do a dark movie ! (tu ne peux pas faire un film noir, sombre). A la sortie du film, Gene Hackman m’a dit : merci beaucoup ! Le Silence des agneaux était un passeport pour faire plusieurs films».
Le casting de ce film-culte est aussi passionnant à découvrir, notamment pour les rôles principaux. Ainsi, l’actrice Jodie Foster, depuis le début, avait senti son personnage, Clarie Starling, jeune stagiaire du FBI à la poursuite d’un serial-killer. A ce propos, Jonathan Demme raconte : «Elle est venu me voir en me disant : je sais que vous êtes à la recherche d’autres actrices ; pour moi, c’est une histoire où une jeune femme essaie de sauver une autre femme. Elle avait reçu un Oscar et elle mourrait d’envie d’avoir ce rôle. Jodie Foster était passionnée par ce rôle. Jodie est une personne brillante avec un cœur immense.»

A propos de l’acteur Anthony Hopkins, interprète du sinistre personnage de Hannibal Lecter, le réalisateur reviendra sur les motifs de son choix : «Anthony Hopkins avait été un bon docteur dans Elephant Man. Je connais vraiment ce type. Et cela a marché. Quelle atmosphère et quel feeling ! C’est un homme et un acteur généreux qui a produit une grande et brillante identification avec cet accent du Kentucky (Jodie Foster aussi)…».  Jonathan Demme étayera la fameuse séquence «dialectique» entre Clarice Starling et Hannibal Lecter, l’un des moments les plus forts du film lors de la rencontre des deux personnages en prison. Un véritable morceau de bravoure cinématographique puisque réalisé d’un seul trait et sans répétition, en se focalisant sur le regard des deux protagonistes. D’où le close-up (ndlr : gros plan) d’anthologie, entré désormais dans l’histoire du cinéma contemporain.

Commentant la séquence de «Philadelphia» (1993), son quinzième long métrage, où l’acteur Tom Hanks soliloque sur un aria de la cantatrice Maria Callas et des solos de violons, Jonathan Demme dira : «C’est la caméra subjective. J’adore le close-up. Je le fais pour le ''fun'' et je suis heureux. Tom Hanks était complètement préparé pour incarner le rôle sombre avec juste des figures et cette lumière entre reflets et halo rouge…»

Il mettra également en avant un aspect méconnu de sa carrière par le grand public : sa passion dévorante pour le documentaire. A ce sujet, Jonathan Demme indiquera : «J’aime faire les documentaires. Parmi les gens qui m’ont le plus inspiré, figure Neil Young, un grand songwriter, guitariste et chanteur ! Alors, j’ai réalisé sur lui le documentaire Heart of Gold. J’appelle cela, le ''truc'' de performance. C’est cinématique ! J’adore les documentaires cinématiques. J’ai réalisé aussi le documentaire sur le groupe des Talking Heads dans les années 1990. J’aime filmer la musique ''live''. Une telle expérience. C’est une musique spectaculaire si riche. Il est plus facile de tourner un film ''musical''. Ce mariage entre la musique et le cinéma. Et toujours cette lumière...»
Quel que soit le genre, fiction ou documentaire, Jonathan Demme exprime toujours la même passion d’un réalisateur qui a su construire une carrière prestigieuse qui se poursuit avec la même verve. Il prépare d’ailleurs actuellement un nouveau film, intitulé «Old Fires»

Categorie(s): arts et lettres

Auteur(s): K. Smaïl

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