Coalition internationale contre l'étatislamique en Irak et en Syrie : Les alliés antidjihadistes en réunion à Washington

Elwatan; le Mercredi 15 Octobre 2014
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Entre temps les djihadistes de l’EI continuent d’avancer, notamment dans la ville syrienne de Kobané à la frontière avec la Turquie, où ils ont pris position dans le centre-ville, selon l’AFP, malgré la résistance des Kurdes et les frappes des Américains et des alliés.
Entre-temps, la coalition internationale antidjihadiste menée par Washington tente d’aplanir ses divergences quant à la lutte à mener contre l’IE.

D’autant que chacun de ses membres opte pour une vision selon ses intérêts et priorités dans la région. Allié de Washington et membre de l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) Ankara refuse, jusque-là, d’intervenir militairement. Ce qui irrite des membres de la coalition notamment Washington qui reproche à son allié de rester inerte. Les Etats-Unis ont pressé, jeudi dernier, la Turquie de s’impliquer davantage dans la lutte contre l’EI. «Des mesures urgentes et rapides sont nécessaires pour stopper les capacités militaires de l’EI», a indiqué la porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki, lors de son point de presse quotidien.

«La Turquie est bien placée pour contribuer aux efforts de la coalition pour vaincre l’EI : coopération militaire, blocage des financements du terrorisme, juguler le flot de combattants étrangers, fournir une assistance humanitaire et délégitimer l’idéologie extrémiste de l’EI», a-t-elle observé. De son côté, le Pentagone a reconnu que «les frappes à elles seules ne vont pas sauver» la ville, soulignant la nécessité d’avoir des troupes «compétentes» sur le terrain.

En conséquence, le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a réagi lundi dernier en ravivant les ressentiments de l’histoire et la nostalgie de l’empire ottoman. Il a évoqué ainsi les «nouveaux Lawrence d’Arabie» qui veulent déstabiliser son pays. «Il y a 100 ans, certains se sont levés contre l’Empire ottoman (...), ils existent toujours aujourd’hui. Lawrence était un espion anglais déguisé en Arabe. Aujourd’hui, les espions sont ceux qui trahissent leur propre pays», a indiqué M. Erdogan dans un discours prononcé à l’université Marmara d’Istanbul. «Il y a aujourd’hui de nouveaux Lawrence déguisés en journalistes, en religieux, en écrivains et en terroristes (...) qui se cachent derrière la liberté de la presse, la guerre d’indépendance ou le djihad», a déclaré le chef d’Etat turc.

Quelques instants après, une source gouvernementale turque a indiqué qu’Ankara n’a pas conclu de «nouvel accord» avec les Etats-Unis autorisant l’accès de ses bases aux avions de la coalition internationale qui mène des frappes contre des cibles de djihadistes en Syrie et en Irak. «Il n’y a pas de nouvel accord avec les Etats-Unis à propos de (la base aérienne turque d’) Incirlik», a déclaré à l’AFP cette source. Celle-ci rappelle que l’accord actuellement en cours entre la Turquie et les Etats-Unis n’autorise l’accès de la base d’Incirlik, au Sud, à l’armée américaine que pour des missions logistiques ou humanitaires.

Et d’ajouter : «Les négociations continuent sur la base des conditions déjà posées par la Turquie.» Il s’agit d’un démenti aux déclarations dimanche d’un responsable américain de la Défense sous l’anonymat, selon lesquelles la Turquie aurait décidé d’autoriser les Etats-Unis à utiliser ses bases aériennes pour lutter contre l’EI. Et de préciser : «Les détails de l’utilisation» de ces bases «sont toujours en cours d’élaboration».

Les autorités turques ont posé, comme préalable à leur participation, la création d’une zone tampon à sa frontière avec la Syrie, l’entraînement et l’armement des rebelles de l’opposition syrienne modérée et la réaffirmation de l’objectif de renverser l’actuel régime de Damas.

Option soutenue par la France mais qui ne constitue pas une priorité pour Washington. Ceci dit, le président français François Hollande a appelé hier la Turquie à ouvrir sa frontière avec la Syrie pour aider les défenseurs kurdes de la ville de Kobane. «La Turquie doit absolument ouvrir sa frontière» pour aider les défenseurs de Kobané qui sont «des Kurdes syriens», a déclaré le président français, un «appel pour qu’au-delà de la coalition, tous les pays qui sont concernés puissent offrir» à ceux qui combattent l’avancée des djihadistes «l’appui qu’elle attend de nous, c’est-à-dire tout simplement les moyens de se défendre contre le terrorisme».

Une coalition hétéroclite

La priorité de la Turquie dans la région est la chute de Bachar Al Assad. Priorité qu’elle partage avec les monarchies du Golfe, à leur tête l’Arabie Saoudite. Riyad, qui voit en les conflits dans la région une guerre communautaire entre chiites et sunnites, s’inquiète aussi de la situation au Yémen où les rebelles chiites occupent la capitale Sanaa. Le royaume wahhabite accuse l’Iran d’être à l’origine de ces troubles régionaux pour assouvir ses ambitions hégémoniques.

Lundi, le ministre saoudien des Affaires étrangères, le prince Saoud Al Fayçal, a déclaré, après des entretiens avec son homologue allemand Frank Walter Steinmeier, que l’Iran doit retirer ses forces d’ «occupation» de la Syrie afin de contribuer à régler le conflit dans ce pays. «Nous avons des réserves sur la politique iranienne dans la région, et non sur l’Iran en tant que pays et peuple», a déclaré le ministre saoudien. «Dans plusieurs conflits, l’Iran est une partie du problème et non de la solution», accusant Téhéran d’avoir des forces en Syrie «combattant les Syriens». Et d’ajouter : «Dans ce cas, on peut dire que les forces iraniennes en Syrie sont des forces d’occupation.» Et «si l’Iran veut faire partie de la solution en Syrie, il doit retirer ses forces de Syrie. Et cela doit s’appliquer ailleurs, que ce soit en Irak ou au Yémen», a indiqué le chef de la diplomatie saoudienne. Accusations rejetées hier par Téhéran qui n’est pas admis dans la coalition antidjihadiste mais prête assistance aux kurdes.

Hier, Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères, Hossein Amir Abdollahian, a déclaré que la République islamique «est le plus important pays de la région engagé dans la lutte contre le terrorisme. L’Iran aide les gouvernements et les peuples irakiens et syriens à lutter contre le terrorisme dans le cadre des règles internationales». Ainsi, «nous conseillons à l’Arabie Saoudite de faire attention aux complots des ennemis de la région (...) et de jouer un rôle positif». Il estime que «ce qui se passe au Yémen est une affaire intérieure de ce pays». Et d’affirmer : «Si Riyad mettait fin à sa présence militaire au Bahreïn, une solution politique sera trouvée et cela mettra fin à la répression de la population» engagée dans un mouvement de protestation contre la dynastie sunnite.

Quatre pays du Golfe, à savoir l’Arabie Saoudite, Qatar, Bahreïn et les Emirats arabes unis, font partie de la coalition internationale contre l’EI en Syrie. Néanmoins, leurs relations sont marquées par des divergences sur plusieurs conflits régionaux. Le Qatar soutient la mouvance islamiste des Frères musulmans. Ce qui irrite ses voisins.                           

Categorie(s): international

Auteur(s): Amnay Idir

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