Concert-événement de Khaïra Arby à Tamanrasset : la diva de Tombouctou reine d’un soir aux mille couleurs

Elwatan; le Mardi 19 Novembre 2013
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Tamanrasset
De notre envoyé spécial

Max Roméo n’est pas venu à Tamanrasset, au grand regret des responsables du Festival international des arts de l’Ahaggar. La star jamaïcaine du reggae devait être le grand invité de la quatrième édition du festival qui s’est achevée hier soir au campement de Tedsi, à 8 km au nord de la capitale de l’Ahaggar. «Le manager de Max Roméo a lu dans le site internet du ministère britannique des Affaires étrangères que le sud algérien était déconseillé aux ressortissants étrangers. Il a donc eu une crainte pour la sécurité du groupe», a déclaré Ahmed Aouali, commissaire du festival, lors d’un point de presse à l’hôtel Tahat.

«Max Roméo voulait venir en Algérie, mais il n’a pas pu convaincre les musiciens qui refusaient de faire le déplacement pour des raisons de sécurité», a précisé Farid Ighilahriz, membre du comité d’organisation du festival. Les organisateurs ont décidé suite à cette défection de programmer Khaïra Arby, la chanteuse malienne. Dimanche soir, le concert-événement de cette diva de Tombouctou a fait oublier la non-venue de Max Roméo. Afrobeat et blues du Sahara malien à la place du reggae de la Jamaïque donc. Khaïra Arby est montée sur scène dans une robe colorée rappelant toute la diversité culturelle du Mali.

Accompagnée de deux guitaristes, d’un bassiste et d’un percussionniste, elle a enflammé la scène. Le jeune public assez nombreux était ravi. Le son de Khaïra Arby leur disait quelque chose. Quelque chose d’authentique, de vrai. La musique semblait venir des profondeurs de l’histoire riche et dense du désert. L’attachement de Khaïra Arby, une arabe du nord Mali, à la tradition culturelle de sa région natale, est exprimée clairement en musique. Sans complexe. Il y a des saveurs de tindi et une touche de jazz dans son interprétation musicale. Khaïra Arby, qui adore la musique de Ali Farka Touré, Miriam Makeba et Fissa Maïga s’est créé un style.

Pas de raison de faire comme «les autres». Oumou Sangaré paraît être «une petite fille» devant elle. Khaïra Arby, contrairement à Oumou Sangaré, n’a pas été appuyée par la machine commerciale du show biz. Est-ce en raison de ses origines ? En Europe, on ne regarde jamais du côté de ce que font les arabes du Sahel en matière culturelle. Ils n’existent pas aux yeux de la pensée dominante. «Chez nous, au nord Mali, nous avons une mélodie que les gens du sud n’ont pas. Le sud, c’est plutôt le griot. Au nord, on crée, compose des chansons. On cherche les airs que les gens aiment et on les chante. Notre musique est malienne mais est différente de celle du sud du pays. Comme en Algérie ou au Maroc, Tombouctou est riche en musique arabo-berbère. Une musique que nous avons quelque peu modernisée»,
a confié Khaïra Arby après le concert. Comme dans le sud algérien, Tombouctou est une ville où l’on joue le tindi, l’imzad et le gumbri.

«Je joue l’imzad pour composer mes chansons. Aujourd’hui, l’imzad est joué pendant les fêtes de mariage. C’est un instrument qui allait disparaître au Mali. Les vieilles femmes qui jouaient l’imzad sont mortes ou l’ont délaissé. Nous n’utilisons pas les karkabous mais un petit tambour qu’on appelle le Kolo. Je chante l’amour, la paix, la femme, les louanges à Dieu. Je dénonce les violences qui sont faites aux femmes. Je plaide pour la scolarisation des filles», a-t-elle souligné.

Khaïra Arby a rendu un hommage particulier au regretté Ali Farka Touré. «Ali Farka Touré représente tout pour moi. Son épouse Fatma est ma petite sœur. Ali m’a beaucoup aidé à suivre cette carrière musicale. C’est avec lui que j’ai interprété ma première chanson à l’âge de 11 ans. Mon père ne voulait pas que je sois chanteuse. Je me cachais pour chanter. Et Ali Farka m’aidait. Il était un grand frère pour moi», a-t-elle dit. A propos de la situation actuelle à Tombouctou, Khaïra Arby a estimé que les choses s’améliorent dans la cité du nord malien. «J’ai fêté l’Aïd El Kebir à Tombouctou. Les gens commencent à revenir. A un moment donné, Tombouctou est devenue une ville fantôme. J’ai été forcée de quitter Tombouctou avec toute ma famille et mon groupe pour Bamako en raison de la crise», a-t-elle relevé.

Elle s’est rappelée de ses premiers voyages dans l’Ahaggar. «Je suis en 1983 et en 1987 à Tamanrasset dans le cadre des échanges culturels. A l’époque, une grande foire était organisée ici. Je venais représenter la région de Tombouctou. Abalessa ressemble à ma ville natale. Toute l’Algérie m’a aimée. Moi aussi j’aime l’Algérie», a-t-elle déclaré. La première partie de la soirée a été animée par le groupe algérien Demorcratoz. Au menu : du reggae. Mené par Sadek Bouzinou, chanteur, le groupe a interprété plusieurs titres assez connus du jeune public comme Mazal, Dounya ou Hmari. «C’est notre premier concert à Tamanrasset. Pour moi, c’est la première fois que je visite cette ville. Nous avons fait des scènes, mais pas au sud du pays. Ici, le public connaît bien la musique. Il faut donc bien travailler pour le convaincre», a déclaré Sadek Bouzinou. Le groupe Imzad, qui interprète le style Asouf, en vogue dans l’Ahaggar, le Tassili N’ajjer et dans tout le Sahel, a été le dernier à monter sur scène. L’imzad s’appuie sur la guitare et la percussion pour élaborer des textes plutôt bien élaborés. D’où le succès du groupe à Tamanrasset aux côtés de Imrhan.
 

Categorie(s): culture

Auteur(s): Fayçal Métaoui

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