Conditions extrêmes à Aïn El Hammam

Elwatan; le Jeudi 9 Fevrier 2012
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Les villageois paniquent. «Je n’ai pas vu pareille situation depuis 1945», lance un octogénaire, inquiet de voir, hier, la neige tomber de plus belle. Des dizaines d’années plus tard, la situation des montagnards ne semble pas avoir beaucoup évolué. Comme à l’époque, des citoyens sont pris au piège des monticules de neige ; des toitures se sont écroulées ; les gens manquent de tout.
«Ecrivez !», nous disent les dizaines de citoyens qui nous ont assaillis au chef-lieu de la commune. «On nous a oubliés !», s’insurgent-ils. «Les images de la télévision montrent les grandes villes mais pas les montagnards ensevelis sous deux mètres de neige. Après cela, on osera venir faire campagne électorale dans nos villages. C’est le moment de se rapprocher de la population mais personne ne vient à notre secours», disent, désabusés, les habitants de Aïn El Hammam, qui s’estiment abandonnés par l’Etat. Les engins de déneigement, paraissant d’un autre âge, avancent péniblement. Leur va-et-vient semble inutile. 

La fine couche qu’ils dégagent se reforme immédiatement après leur passage. La chaussée dégagée sommairement, sur une seule voie, est bordée de part et d’autre par des murs de plus de deux mètres de neige. Elle n’est praticable qu’aux chasse-neige et, difficilement, aux véhicules tout-terrain. Dans les villages, les petites voitures, complètement recouvertes de neige, semblent abandonnées par leurs propriétaires qui ne peuvent les déplacer faute d’accès. On se résout à marcher sur plusieurs kilomètres pour rallier la ville dans l’espoir d’y trouver quelques denrées alimentaires sur les étagères vides des épiceries. Les pâtes et les légumes secs se sont envolés dès les premiers jours de la tempête. Les magasins ferment leurs portes un à un, alors que les rares boulangeries, limitées en farine, ne peuvent satisfaire que les premiers arrivés de la longue chaîne de plusieurs dizaines de mètres. Sur le chemin, emmitouflés comme ils le peuvent, des jeunes grimpent la côte menant au chef-lieu dans le secret espoir d’y dénicher une bonbonne de gaz ou un jerrican de mazout. Les plus chanceux sortent le bon vieux baudet qui effectuera le déplacement jusqu’à Boushel, dans la commune d’Aït Yahia, avec une cargaison de deux bouteilles.


Plus de deux mètres de neige


La population, après avoir vainement attendu qu’on s’intéresse à son sort, semble se réveiller pour prendre en main sa destinée. Les réflexes de survie refont surface. La solidarité ancestrale se manifeste à tout moment. Chacun, suivant ses moyens, apporte son aide aux voisins, aux passants et même aux 4x4 enlisés. Garé au centre-ville, un camionneur propose ses services pour se rendre au centre Naftal pour approvisionner en gaz ceux qui le désirent. Même si la distribution du lait en sachet est perturbée, les éleveurs de la région, qui fournissent habituellement les laiteries, mettent gratuitement toute leur production à la disposition de la population. Rencontré devant le pavillon des urgences de l’hôpital, un jeune du village d’Aït Hichem fait la navette entre la structure hospitalière et les villages pour évacuer les malades à bord de son véhicule tout-terrain. Il nous remet son numéro de téléphone : «Appelez-moi de jour comme de nuit, en cas d’urgence. J’irais partout où pourra passer mon véhicule.»

Dans les villages, les conditions sont extrêmes. Les pistes sont impraticables, coupant tout espoir de ravitaillement pour plusieurs jours. Il est impossible de traîner une bonbonne de gaz sur vingt kilomètres.
A Ighil Boghni, un village des Ath Menguellet, les 4x4 font plusieurs navettes pour approvisionner les villageois en pain et en gaz. Mais la situation n’a que trop duré. L’Etat tarde à sortir les grands moyens pour porter assistance à des populations en danger.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Nacer B.

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