Conférence-débat à Ouzellaguen : «L’officialisation de Tamazight s’arrache»

Elwatan; le Dimanche 17 Novembre 2013
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Hacene Hireche, spécialiste en économie et enseignant de Berbère à l’Université Paris 8, et Said Doumane, professeur de sciences économiques, ont animé samedi 9 novembre une conférence-débat à la bibliothèque communale d’Ouzellaguen sous le thème «l’officialisation de Tamazight : enjeux politiques et psychosociaux».
«On ne doit pas demander l’officialisation de Tamazight, on doit l’arracher», clamera d’emblée Hacene Hireche. La reconnaissance officielle de cette langue millénaire accuse un retard inadmissible, selon l’orateur. Pour lui, les enjeux politiques sont clairs : «l’Algérie a entretenu des rapports de vassalité avec l’Egypte depuis l’assassinat de Abane Ramdane mais, aujourd’hui, tous les régimes pourvoyeurs d’idéologie baâthiste ont fini par s’écrouler. Le pluralisme linguistique a toujours constitué une hantise pour le Pouvoir car il implique un pluralisme culturel et politique qui lui sera fatal».

Le tribun parlera, par la suite, des conséquences psychosociales qu’engendre l’oppression d’une langue maternelle : «l’enfant doit retrouver à l’école l’environnement dans lequel il a été élevé sans quoi il y aura rupture entre l’institution familiale et l’institution publique». Et d’ajouter : «si cette langue n’est pas transmise de génération en génération, la société sera en danger et finira par produire des malades mentaux». Le sous-développement du pays n’est pas, par ailleurs, une fatalité car, estime-t-il, «quand la corruption et la violence s’installent dans l’état, cela se répercute inévitablement sur la société».

Said Doumane attirera, pour sa part, l’attention de l’assistance sur «le caractère optionnel de l’enseignement de Tamazight : c’est un cadeau empoisonné qui risque de la tuer. Son enseignement doit être obligatoire dans les régions berbérophones». L’une des actions prônées par les orateurs en faveur de l’officialisation de Tamazight consiste en une pétition à signer on-line sur www.tamazight-officielle.com ou tamazight-officielle@yahoo.fr. «Cette pétition n’est qu’une action parmi d’autres. Pour une meilleure accessibilité, une version papier de cette pétition sera disponible prochainement au niveau des associations et universités», indiquera M. Doumane.

Aux détracteurs de Tamazight, signalés par l’auditoire lors du débat, les conférenciers rétorqueront que «Tamazight est la seule langue qui mérite le statut de langue nationale en Algérie et son officialisation se fera sans référendum». S’agissant de sa transcription, M. Hireche fera remarquer que «les caractères latins sont les mieux indiqués car il est difficile de réhabiliter le Tifinagh et l’expérience marocaine est là pour le confirmer. De toute façon, même l’alphabet arabe n’existait pas puisqu’il dérivait du syriaque».

Categorie(s): bejaia

Auteur(s): H. Aït El Djoudi

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