Corruption, islamisme, pauvreté : Quand la paix sociale ne tient qu’à… un joint

Elwatan; le Lundi 24 Decembre 2012
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Il est clair quant au rapport liant la pauvreté de la population rifaine et l’essor que prend la culture du cannabis, qui profiterait beaucoup plus aux dealers internationaux qu’aux cultivateurs locaux : «Une centaine de milliers de familles cultivent le haschisch et le revenu du cannabis par famille représente 2200 euros. Soit 50% de leurs revenus, ce qui n’empêche pas le PIB par habitant de n’être, dans le Rif, que la moitié de ce qu’il est en moyenne au Maroc. Pour l’ensemble des paysans, les revenus du cannabis représentent 214 millions d’euros. Les revenus des trafiquants marocains ne sont pas évalués, mais ils doivent s’élever à une somme située entre 1 et 2 milliards d’euros.»

Pour maintenir cette «chaîne de production», le directeur de l’Observatoire géopolitique des drogues pointe du doigt des autorités laxistes et une Europe qui gagnerait à fermer les yeux : «Surtout, les trafiquants marocains nourrissent une corruption généralisée, particulièrement dans le nord du pays, sur laquelle le pouvoir central ferme les yeux pour acheter la fidélité des autorités et des élites locales afin de garantir la tranquillité d’une région traditionnellement rebelle. Les plus gros profits – plus de 10 milliards de dollars – restent entre les mains des trafiquants internationaux et des dealers sur le marché de consommation. En dépit de ce rôle joué par le Maroc, la France et l’Europe dans son ensemble n’ont jamais pris à bras-le-corps le problème, par crainte, sans doute, de déstabiliser un pays qui pourrait avoir à faire face à la montée de l’islamisme.»

Une autre raison de ce silence est d’ordre économique, soutient M. Labrousse. Mettre en place une économie alternative dans le Rif coûterait très cher et n’empêcherait probablement pas une partie importante de la population de quitter la région pour tenter de migrer en Europe.
L’analyse, mise en ligne par Interpol, pointe également le Maroc comme principal fournisseur de cannabis. «Le principal pays de production est le Maroc, suivi par l’Afghanistan. Les autres pays producteurs sont l’Albanie, la Jamaïque, l’Inde, l’Iran, le Kazakhstan, le Kirghizistan et le Népal», explique-t-on sur le site de l’organisation internationale de police. Selon cette même étude, «les zones de production de la résine de cannabis sont beaucoup plus circonscrites sur le plan géographique que celles de la marijuana». Par ailleurs, bien qu’elle ne se limite pas à cette zone, la consommation de résine est concentrée en Europe centrale et occidentale, où son usage est très répandu.

Ainsi, selon la même source, le trafic semble emprunter les itinéraires en place entre les deux principales régions de production de résine (Maroc et Asie du Sud-Ouest) et les principales régions de consommation en Europe centrale et occidentale. Le trafic à destination d’autres régions est beaucoup plus réduit.

 

1) Alain Labrousse, sociologue et journaliste, a dirigé pendant 10 ans (1990/2000) l’Observatoire géopolitique des drogues Géopolitique des drogues, Le haschisch en son royaume  (pages 36/37)

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Fatima Arab

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