Crédits à la consommation et les crédits à la formation ?

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Nos experts banquiers sont-ils aussi myopes que nos décideurs macroéconomiques qui ont injecté des centaines de milliards de dollars dans les infrastructures, sans amélioration aucune de la qualité de la formation et des qualifications humaines ? Tout porte à le croire. On s’attelle un peu partout dans les cercles bancaires à préparer le retour du crédit à la consommation, nouvelle version. On essaye de mettre en place toutes les dispositions pour que l’opération booste la production nationale et impacte très peu les capacités de remboursement des citoyens. Il y a beaucoup de problèmes de détails à régler : l’interconnexion des bases de données, la précision des normes d’endettements nationaux, les taux d’intégration qui permettent d’en bénéficier et autres. Tout cela n’est pas simple à ajuster. Même si les citoyens s’impatientent, il vaut mieux prendre beaucoup de temps et concevoir des mécanismes rodés, cohérents et efficaces que d’aller vite et truffer le projet d’inepties qui se paieront chers par la suite.

Les bienfaits des crédits ciblés

La consommation est le levier le plus important de la croissance dans la plupart des pays. Les autres qui sont l’investissement, les dépenses publiques, et les exportations sont également des moteurs de croissance. Mais c’est la consommation qui tire vers le haut les investissements qui produiront des taxes pour la dépense publique et induiront l’optimisme des investisseurs qui se traduira par plus de projets à réaliser. Mais l’UGTA et de nombreux économistes ont raison d’insister pour orienter ces ressources vers le financement de l’économie nationale, sinon nous allons fouetter les économies des autres pays.

C’est ce qui s’est produit ces dernières années. Il faut comprendre que lorsqu’un algérien dépense 100 DA pour l’achat de biens et de services, plus de 74 DA sont utilisés pour acquérir des biens et services importés. C’est ce qui explique pourquoi nos importations ont été multipliées par 600% en 14 ans (plus de 35%) par année. L’économie mondiale a capté la plupart du pouvoir d’achat injecté dans l’économie (leakage), alors gare aux prochains dérapages sur cette question qui a fait beaucoup de tort à l’économie nationale ! La question des crédits à la consommation fait pratiquement l’unanimité, et cette fois-ci les orientations stratégiques et opérationnelles sont bonnes.

Mais il y a un type de crédit qui est absent de la scène nationale, et aucun de nos amis banquiers ne s’en offusque : les crédits à la formation qui existent dans tous les pays, y compris chez nos voisins. Une expérience mal conçue par quelques banques (Société Générale) a été vite abandonnée. Certes, nous construisons une économie de marché avec une culture publique du tout gratuit pour tous. On a en vue les universités publiques qui doivent fournir une formation gratuite et pour tous. Nous n’aurions donc pas besoin de crédits à la formation.

Le marché et les crédits à la formation

Il y a toujours une singularité algérienne dans tous les domaines. Nous sommes l’un des rares pays qui fonctionne sans crédit à la formation. Ceci bloque le développement humain et tire vers le bas les institutions de formation. Un citoyen pauvre licencié en sociologie ne peut pas obtenir un crédit bancaire pour se former en gestion des compétences dans une institution publique ou privée et devenir employable. Les universités publiques pourraient alors développer des produits de marché et s’adapter aux besoins des entreprises. Les institutions privées pourraient se démultiplier, amplifier la concurrence et tirer vers le haut le niveau de la formation et des recyclages en Algérie.

Un petit marché de la formation existe déjà en Algérie, mais en l’absence de crédits, il reste réservé aux riches. Pourquoi en exclure les Algériens pauvres mais talentueux ? Bientôt, on va donner des crédits à des Algériens pour acheter des voitures (algériennes), des téléviseurs, des salons mais pas pour se former, hisser leurs niveaux de performance et mieux participer au développement national. Il y a une multitude de détails à régler pour mettre en place un crédit à la formation. Mais ils sont plus faciles à opérer que les crédits à la consommation. Lorsque vous évoquez l’importance du développement qualitatif humain, tous les Algériens adhèrent. Lorsqu’il s’agit de le concrétiser sur le terrain, tout le monde recule. Nos managers consacrent 0,3% de la valeur ajoutée au développement de leur personnel qui accuse un immense retard. Les managers internationaux consacrent plus de 3,5% (11 fois plus que nous). Comment expliquer ce décalage ?

Il est navrant de constater que nos amis banquiers, qui pourtant doivent savoir mieux que quiconque les facteurs-clés de succès de réussite des entreprises, occultent eux aussi les financements les plus rentables de l’économie nationale. Que les administratifs font ces erreurs, ça passe. On donne un milliard à un jeune non formé et on n’exige pas de lui de consacrer 5% du montant pour se qualifier et 5% pour faire partie d’un incubateur spécialisé pour l’accompagner.

On prive alors le pays de disposer des industries du savoir (recyclages, incubateurs, accompagnements spécialisés) qui peuvent tirer vers le haut les performances de nos entreprises et par là de notre économie nationale. Ces 10% de dépenses, judicieusement utilisées, auraient eu d’énormes conséquences sur les performances économiques. Mais lorsque les banquiers occultent ce genre de crédits, nous ne sommes pas près de sortir de l’auberge. J’imagine déjà nos banquiers brandir des dizaines d’excuses dont 99% ont été déjà avancées, mais elles ne sont pas sérieuses, ce sont des fuites en avant. Ce qui condamne nos pauvres citoyens à avoir moins de chance de s’améliorer ; les riches vont, pour la plupart, se former à l’étranger. On contribue à développer les industries du savoir ailleurs et les atrophier chez nous. On prive notre pays de disposer d’institutions de la connaissance de niveau mondial. Nos banquiers semblent dire : «Oui à la consommation de gadgets, mais non au développement de l’intelligence.»
Ce faisant, ils condamnent leur propre pays à la médiocrité car jamais une nation ne s’est développée avec des cerveaux sous-développés.         

Categorie(s): repères éco

Auteur(s): Abdelhak Lamiri : Ph en gestion et économie

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