Crise malienne : le Maroc s’implique dans le Sahel

Elwatan; le Vendredi 28 Decembre 2012
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De notre envoyé à Fes (Maroc)

Jusque-là, le rôle du Maroc dans le règlement de la crise malienne est méconnu de l’opinion nationale algérienne. Pourtant, le royaume chérifien a été derrière l’adoption par le Conseil de sécurité de la dernière résolution concernant le Nord-Mali, à en croire la presse marocaine, notamment ce dossier publié mercredi dernier par le quotidien Le Soir, proche du makhzen et intitulé : «Conseil de sécurité : l’efficacité marocaine». En effet, Mohamed Loulichki, représentant du Maroc à l’ONU, préside depuis plus d’un mois la réunion du Conseil de sécurité sur le Mali.

Proche de la vision française, prompte à une intervention armée au Nord-Mali, le Maroc se met dans la posture d’un Etat ciblé particulièrement par les groupes terroristes au nord du  Mali. Al Qaîda au Maghreb islamique (AQMI) et le Mujao sont désignés par certains médias comme étant les ennemis du royaume. Pour rappel, le Maroc ne siège pas au haut commandement pour le Sahel basé à Tamanrasset. C’est ainsi que depuis deux mois, il multiplie les démantèlements des cellules djihadistes. Dernière en date, l’opération spectaculaire dirigée dimanche dernier contre un groupe, composé de six personnes, à sa tête un Algérien, arrêtées, au moment où il s’activait dans le recrutement de jeunes Marocains «imprégnés de la pensée djihadiste» au profit d’AQMI.

Guerre des services

Un haut responsable de la Direction de surveillance du territoire marocain, la DST, accepte de livrer pour El Watan Week-end ses appréciations sur la lutte antiterroriste menée dans la région. Concernant l’opération de Fès, les premiers éléments de l’enquête révèlent : «Ces nouvelles recrues devaient être envoyées au nord du Mali. Pour cela, elles doivent absolument transiter par les frontières algéro-marocaines. D’autres devaient rejoindre les maquis au nord de l’Algérie», indique le haut responsable de la DST. L’Algérien arrêté est connu des services marocains. «Il est déjà fiché dans la liste des terroristes. Nous l’avons extradé vers l’Algérie en 2005 dans le cadre de la loi antiterroriste. Sept ans après, ce djihadiste a rejoint les groupes armés. Selon nos informations, il a bénéficié de la charte portant réconciliation nationale, poursuit-il. Critique, le responsable met en doute l’efficacité des services de sécurité algériens. «Il est inadmissible que sept ans après, ce terroriste refasse surface. Les Algériens devraient être plus intransigeants avec ces gens-là», clame-t-il. Son réquisitoire ne s’arrête pas là.

«L’Algérie ne partage pas suffisamment d’informations et de renseignements avec nous. Beaucoup de nos demandes sont classées sans suite, alors que des services occidentaux partagent, coopèrent avec nous. Il est préférable que l’Algérie fasse de même, car cela engage la sécurité des deux pays», déplore le responsable sécuritaire marocain. Les Algériens, quant à eux, ne l’entendent pas de cette oreille. «Les Marocains veulent avoir la main sur notre fichier de personnes liées au terrorisme. Il s’agit là d’une question de souveraineté nationale. Le fichier des ressortissants algériens n’est pas à brader sur le marché mondial du renseignement», rétorque, de son côté, un diplomate algérien en poste au Maroc. Si, en Algérie, AQMI peine à recruter, ce n’est pas le cas au Maroc, comme le rapporte la presse marocaine. En effet, durant les trois derniers mois, plusieurs cellules du groupe marocain Ançar Charia au Maghreb islamique ont été démantelées. Ces groupes, «devant les difficultés de passer la frontière algérienne, empruntent désormais le Sahara occidental. Les Marocains devraient surveiller un peu plus les frontières sud», avertit le diplomate algérien.

Stratégies

Pourtant à en croire les déclarations officielles des deux côtés, la coopération bilatérale entre les services de sécurité est considérée comme «excellente». Dans les faits, les Marocains demandent plus. «Les Algériens nous ont écartés du haut commandement des opérations au Sahel et tentent de nous exclure du règlement de la crise malienne, prétextant que le Maroc ne fait pas partie des pays du champ. Mais les faits sont là : ces groupes transitent par le désert marocain et rejoignent les groupes djihadistes d’AQMI et du Mujao», précise le DST.

Ces échanges d’accusations entre Algériens et Marocains ne datent pas d’aujourd’hui. En 1994, les services marocains accusaient leurs homologues algériens dans les attentats de Marrakech. Et la fermeture unilatérale de la frontière décidée par les Marocains à l’époque continue de pourrir les relations entre les deux pays. Le Maroc à travers ses relais internationaux et les pays «amis» comme la France et les Etats-Unis, compte prendre de vitesse les Algériens dans le règlement de la crise malienne et s’impliquer davantage dans les négociations à l’international.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Zouheir Aït Mouhoub

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