Crise syrienne : Nouvelle course au clocher entre l’Occident et Moscou

Elwatan; le Samedi 3 Octobre 2015
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Des appareils russes ont visé, pour la première fois jeudi, la province de Raqa, considérée comme la «capitale» du groupe ultra-radical, a annoncé hier le ministère russe de la Défense, cité par l’AFP. Déclaration qui intervient peu de temps avant l’arrivée du président russe à Paris pour des entretiens avec les dirigeants français, François Hollande, et allemand, Angela Merkel. Les frappes ont visé notamment «un poste de commandement» camouflé au sud-ouest de la ville de Raqa et «un camp d’entraînement» du groupe, 70 km plus à l’est, selon le ministère.

De leur côté, Washington et ses alliés soupçonnent la Russie de s’attaquer surtout aux opposants au président Bachar Al Assad. La France, l’Allemagne, le Qatar, l’Arabie Saoudite, la Turquie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis ont qualifié l’opération militaire russe de «nouvelle escalade» qui risque «d’attiser l’extrémisme et la radicalisation» en Syrie. «Nous demandons instamment à la Fédération de Russie de mettre immédiatement fin à ses attaques contre l’opposition et la population civile syriennes et de concentrer ses efforts sur le combat contre l’EI», ont déclaré les gouvernements de ces pays dans une déclaration conjointe.

Tous s’opposent à un maintien au pouvoir du président syrien, considéré comme un «bourreau» par la France ou un «tyran» par les Etats-Unis. Mais pour le président russe, Vladimir Poutine, il faut aider Damas à lutter contre le groupe EI et doit faire partie d’une solution négociée. Moscou reproche à la France d’avoir lancé dimanche dernier des frappes aériennes sur la Syrie au nom de la «légitime défense», estimant n’avoir «pas de preuve» que des attentats contre Paris se préparent depuis la Syrie. Face à la progression du groupe EI, les Etats-Unis et une coalition d’une soixantaine de pays ont entamé, il y a un an, des raids en Irak et en Syrie sur les fiefs de ces djihadistes.

En attendant… Godot

La Turquie puis la France ont commencé récemment à mener des frappes dans ce cadre.   L’intervention russe, avec plus de 50 avions et hélicoptères, encombre encore un peu plus le ciel syrien. Elle durera «trois à quatre mois» et s’intensifiera, a précisé hier le président de la commission des Affaires étrangères de la Douma, Chambre basse du Parlement russe, Alexeï Pouchkov. Afin de se coordonner et d’éviter des incidents entre leurs aviations, Washington et Moscou ont tenu jeudi une première réunion entre militaires.

Le secrétaire d’Etat américain, John Kerry, a toutefois annoncé d’autres discussions militaires russo-américaines «dans les prochains jours». Parallèlement à son action militaire, la Russie a proposé au Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies (ONU) un projet de résolution antiterroriste qui associerait Damas à une coalition internationale élargie contre les djihadistes.

Les acteurs impliqués en Syrie se disent tous opposés au groupe EI, mais leurs visions sur l’avenir du président syrien Bachar Al Assad sont jusque-là irréconciliables. La Russie et l’Iran plaident en faveur d’une solution politique de la crise syrienne impliquant le régime de Damas.
Le président Vladimir Poutine a justifié mercredi les frappes aériennes russes en Syrie, estimant qu’il fallait prendre de vitesse les djihadistes en les frappant sur les territoires déjà sous leur contrôle avant «qu’ils arrivent chez nous».

Il a appelé le président Bachar Al Assad à être prêt au compromis avec l’opposition syrienne tolérée par le régime. «Le seul moyen de lutter efficacement contre le terrorisme international, en Syrie comme sur les territoires voisins, (...) est de prendre de vitesse, de lutter et de détruire les combattants et les terroristes sur les territoires qu’ils contrôlent et de ne pas attendre qu’ils arrivent chez nous», a-t-il déclaré. «Tout le monde sait que le soi-disant Etat islamique considère depuis longtemps la Russie comme son ennemi», a-t-il ajouté. Comme il a appelé «tous les pays intéressés par la lutte contre le terrorisme» à s’associer au Centre de coordination mis sur pied à Baghdad par la Syrie, l’Iran, l’Irak et la Russie.

Pour Vladimir Poutine, l’implication russe en Syrie est conforme au droit international puisqu’elle s’appuie sur une demande officielle d’aide de la présidence syrienne, qui a confirmé mercredi avoir envoyé une lettre au président russe en ce sens, l’autre option étant une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU. «Nos partenaires agissant en Syrie n’ont ni l’un, ni l’autre» l’accord du  gouvernement ou un mandat de l’ONU, a-t-il observé. «Le conflit en Syrie a des racines profondes, son origine vient de plusieurs facteurs (...) qui ont été aggravés par l’ingérence sans gêne de l’étranger dans les affaires de la région», a poursuivi le président russe. Allusion au soutien des Etats-Unis aux rebelles anti-Assad.

Il a néanmoins indiqué que «le règlement définitif et durable du conflit en Syrie n’est possible que sur la base d’une réforme politique et d’un dialogue avec les forces saines du pays (…). Je sais que le président Assad le comprend et est prêt à un tel processus». De l’autre côté, les opposants au président Al Assad se sont regroupés il y a un an au sein d’une coalition menée par les Etats-Unis pour frapper les djihadistes de l’EI sans coopérer avec le régime syrien. Mais, les motivations sont diverses.

L’Arabie Saoudite et le Qatar voient en la Syrie un champ de bataille dans leur guerre par procuration contre l’Iran. Ils n’hésitent pas à armer des rebelles islamistes. La Turquie est soupçonnée de complaisance envers l’EI. Ankara, après des réticences, a rejoint la coalition cet été, mais en frappant surtout les bases de la guérilla kurde. Et de surcroît, sa priorité est la chute du régime de Damas. Même position adoptée par les Occidentaux pour qui Al Assad n’a pas sa place dans le monde d’aujourd’hui. Ceci dit quelles que soient les positions des uns ou des autres, il est de règle que les grands de ce monde, quand ils se mêlent de conflits au-delà de leurs frontières, ils les gèrent en harmonie avec leurs intérêts nationaux.

Categorie(s): international

Auteur(s): Amnay Idir

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