Culture(s) en capitale(s) et gabegie

Elwatan; le Lundi 13 Octobre 2014
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Jusqu’où peut aller l’autoritarisme chez nous, en 2014 ? D’emblée, on serait tentés de répondre qu’il ne connaît aucune limite que ce soit en politique, dans la confiscation des droits les plus élémentaires comme celui de réunion ou d’expression jusque dans la sphère culturelle, comme par exemple à vouloir imposer à tout un chacun, de manière intangible, la dimension islamo-conservatrice et une arabité de manière exclusive de l’identité nationale.

Et ce, bien sûr, en refusant la moindre contestation, la moindre critique à la démarche officielle, un exercice qui, somme toute, ferait partie du débat démocratique que le pouvoir actuel rejette pourtant dans la forme et dans le fond. La meilleure illustration de cela, on la trouvera sans doute dans la préparation de l’événement qui fera, l’an prochain, de Constantine la capitale de la culture arabe. Tout comme a été vécu, dans les mêmes circonstances, celui qui a voulu faire de Tlemcen la capitale de la culture islamique en 2011.

Pourquoi la culture berbère ne profiterait-elle pas de tant de sollicitude, eu égard à sa dimension populaire et à son universalisme puisqu’elle rayonne bien au-delà des frontières, tout au moins sur le pourtour méditerranéen. Faudra-t-il attendre que chaque grande agglomération du pays soit consacrée, pendant une période, capitale de quelque chose pour pouvoir aspirer à des infrastructures qui relanceraient la vie culturelle et amélioreraient sensiblement le cadre de vie des citoyens ?

Les opérations ponctuelles ne remplaceront jamais l’absence de politiques réfléchies, dans la culture comme dans tout autre domaine. S’il est vrai qu’une hirondelle, comme on dit, ne fait pas le printemps, faire d’une ville une capitale éphémère est loin d’en faire un centre de rayonnement de la culture sur toute une région. Il ne faut pas être grand clerc pour deviner que les retombées de l’événement organisé en grande pompe en 2011 à Tlemcen ont été faibles, sinon nulles à Bel Abbès, Mascara ou même Oran.

Pourtant il aura coûté, officiellement, la bagatelle de 10 milliards de dinars, soit 110 millions d’euros. Pour Constantine, on prévoit un budget six fois plus important : 60 milliards de dinars. D’ores et déjà, les premiers couacs apparaissent et laissent craindre que la capitale de l’Est risque de ne pas être au rendez-vous, tant le retard pris dans la réalisation des infrastructures est important.

La préparation en vase clos de l’événement, d’où sont exclus d’emblée les élus locaux, artistes et personnalités des arts, de la culture et du monde associatif, fait qu’il est conduit comme une tâche administrative à accomplir par une bureaucratie tatillonne plutôt qu’un projet par ceux de la région comme forces de création et d’innovation.

Aussi, avant même le démarrage des activités qui marqueront l’événement, on signale des aberrations, de couacs qui sont autant d’aveux d’échec annoncé. Plus grave encore, l’opacité qui entoure ces opérations de préparation de l’événement semblent profiter à des intervenants peu scrupuleux, qui n’ont que peu ou prou fait preuve de compétences avérées ailleurs. Tout comme on craint le pire, pour le patrimoine historique, comme ce fut le cas à Tlemcen.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Reda Bekkat

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