Déficit de rationalité

Elwatan; le Mardi 14 Octobre 2014
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Le risque que fait déjà lourdement peser la contraction des exportations d’hydrocarbures sur le pouvoir d’achat extérieur de l’Algérie est désormais aggravé par la baisse installée des cours pétroliers mondiaux. Le pétrole et le gaz, qui constituent l’essentiel de ce que l’Etat a à vendre à l’étranger pour entretenir son action économique et sociale, ne sont plus, en effet, ni suffisamment chers ni suffisamment abondants.

Pour le seul premier trimestre de l’année en cours, les comptes rendus de la Banque d’Algérie sur la situation de la balance des paiements font état d’une baisse de 12% des exportations d’hydrocarbures en valeur, due «dans une large mesure» au fort recul des quantités exportées, soit -9%, par rapport au premier trimestre de 2013.

A ce cycle bien amorcé de production pétrolière et gazière déclinante – cycle auquel les décideurs n’opposent d’ailleurs guère que de lointaines perspectives d’accès aux hydrocarbures non conventionnels – s’ajoute actuellement un facteur de crise fort aggravant, à savoir celui d’un baril de pétrole à moins de 90 dollars. Hier à Londres, le brent baissait à nouveau à moins de 89 dollars, au plus bas depuis fin 2010.
Pendant ce temps, le gouvernement continue à s’autoriser un train de dépenses publiques effréné, creusant d’un exercice à l’autre des déficits budgétaires de plus en plus abyssaux.

6% en 2014, selon les estimations du Fonds monétaire international (FMI). Si une telle politique économique perdure, préviennent en conséquence les experts de cette institution, l’Algérie risque même de renouer avec les affres de l’endettement extérieur d’ici à peine une vingtaine d’années. Car avec un baril de pétrole à moins de 90 dollars, l’équilibre des finances de l’Algérie est déjà bel et bien rompu. Et avec des niveaux de déficit au-delà de 6%, la démarche budgétaire observée donne clairement à penser que les décideurs n’ont d’autre stratégie à faire valoir que celle de sempiternelles allocations inconsidérées d’argent public.

Alors que la forte vulnérabilité des équilibres macroéconomiques du pays est aujourd’hui communément admise – y compris par le gouvernement – la rationalité économique recommande au moins de fixer, pour une période donnée, des plafonds bien déterminés de dépenses publiques à allouer. Comme l’ont vivement préconisé tout récemment les experts du FMI, l’Algérie a, en effet, tout intérêt à fixer désormais, en amont de l’élaboration de ses budgets, un plancher de déficit clair, qui ne doit guère être dépassé. Cela permettrait au moins de proposer des projets de lois de finances transparents et de limiter par la même la dilapidation des ressources financières publiques, déjà «en voie de raréfaction».

Categorie(s): edito

Auteur(s): Akli Rezouali

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