Dernières émeutes à Alger : Une vingtaine de jeunes arrêtés

Elwatan; le Jeudi 31 Mars 2011
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A la cité Mahieddine, située sur les hauteurs de la commune de Sidi M’hamed, 17 hommes ont été arrêtés. Les familles des détenus sont toujours sous le choc. «Un dispositif de sécurité impressionnant a été mobilisé au moment de l’arrestation», raconte un habitant. «Les policiers se sont introduits dans les habitations des personnes dont les noms étaient mentionnés sur une liste. Ils les ont conduites comme des terroristes, sans même leur donner la peine de s’habiller ou de faire leurs besoins», souligne une vieille femme, dont le fils, 55 ans, a été emmené, lui aussi, au commissariat. Ses yeux étaient gonflés par les pleurs. «Comment vais-je faire pour nourrir ses trois gosses ? Et sa femme, que deviendra-t-elle ?»


Dans une baraque érigée à côté de la niche à ordures, une femme enceinte tient un enfant d’à peine deux ans. L’intérieur de la pièce, qui constitue toute la maison de cette famille de 4 personnes, est impeccablement propre. Cette propreté n’empêche pas la puanteur des ordures jonchées à l’extérieur de pénétrer. C’est l’enfer au quotidien. «Mon mari n’a aucun boulot fixe. Il se débrouille en gardant les voitures ou en effectuant des travaux de maçonnerie pour nous nourrir. S’il n’est pas relaxé, je serais contrainte d’aller mendier», désespère sa jeune épouse, prise de peur à la vue d’un appareil photo, mais qui finit par lâcher quelques phrases : «Mon mari n’a rien fait de mal. Il n’a ni volé ni tué, il a juste protesté contre cette vie de rats que nous menons ici.» Ce sont les mêmes propos qui sont répétés par les habitants de ce quartier «oublié».
La misère et la précarité sont visibles de l’extérieur de ces ensembles constitués de F1 occupés par des générations de familles. Les plus chanceuses sont celles qui ont réussi à dénicher une place pour construire une extension de fortune, au mieux une baraque.


Bourouina mis à l’index


Aucun programme de relogement n’est destiné à cette cité. Il y a une semaine, les jeunes habitants ont protesté, réclamant leur droit au logement. «Où sont les quotas destinés à notre cité ?» s’interroge un père de famille. «Bourouina (le président de l’APC de Sidi M’hamed, ndlr) a toujours maintenu le flou concernant la distribution des logements sociaux. Nous étions destinataires d’un quota, mais aucune trace de ce programme. Seules huit familles ont été relogées depuis l’indépendance ! Et c’était à cause du séisme», rage un vieil homme né dans ce quartier. Après l’arrestation musclée, les habitants semblaient décidés à mener leur mouvement de protestation «jusqu’au bout».


Les représentants des familles exigent de «connaître la vérité» sur la liste des bénéficiaires des logements sociaux. «Nous sommes maintenant déterminés à rejoindre tous les mouvements de protestation qui se dérouleront dorénavant dans la capitale. D’ailleurs, nous serons présents à la marche de Saïd Sadi, samedi prochain, pour crier contre cette hogra», affirme une jeune femme. Les personnes arrêtées seront présentées aujourd’hui devant le tribunal de Sidi M’hamed. Les familles démunies n’ont pas les moyens d’assurer la défense des leurs, mais «nous comptons faire entendre notre colère. Nous y serons tous», promettent-elles.
A la cité Climat de France, à Oued Koriche, cinq jeunes du quartier ont été écroués pour atteinte à l’ordre public. Ces cinq individus étaient, aux yeux de la police, les meneurs des dernières émeutes qui ont ébranlé la localité.

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Fatima Arab

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