Des milliards et des hommes

Elwatan; le Lundi 17 Mai 2010
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Dix mille cheminots en grève, de sérieux désagréments infligés aux voyageurs, des difficultés d’approvisionnement en produits essentiels dans plusieurs régions du pays. Ajouter à cela une entreprise, la SNTF, qui perd chaque jour des milliards de centimes, aggravant ainsi le niveau déjà bas de ses finances. Rien de tout cela n’a affecté les pouvoirs publics qui continuent d’observer le blocage des gares d’un œil impassible. On n’a senti aucune mobilisation du côté gouvernemental, si ce n’est une timide déclaration du ministre du secteur des Transports jetant la balle aux responsables de la SNTF.

Le secrétaire général de l’UGTA s’est fendu, lui, d’une déclaration de «soutien» aux cheminots vite comprise toutefois comme une bouée de sauvetage lancée non pas aux travailleurs grévistes, mais à la Fédération syndicale qui lui est affiliée. Celle-ci a été évincée des gares, autre gifle à Sidi Saïd après celles infligées dans la Fonction publique par les syndicats autonomes qui ont pris la place de ses structures et représentants. Que demandent pourtant les cheminots si ce n’est une convention de branches en vue d’aligner les chemins de fer sur les autres secteurs d’activité ainsi que la mise en œuvre d’un des articles de la convention collective qui
stipule que le salaire de base ne doit pas être inférieur au SNMG.

Rien d’exorbitant ni de subversif dans ces exigences si ce n’est la revendication de droits élémentaires pour des travailleurs, de tout temps sous-payés et jamais considérés alors même qu’ils effectuent un travail pénible hautement profitable à l’économie et aux citoyens. L’Etat peut toujours arguer qu’il a lancé ces dix dernières années un lourd programme d’investissement dans le rail. Certes, mais que valent les infrastructures sans les hommes qui les gèrent et leur assurent pérennité et sécurité ? En ne plaçant pas l’Homme au cœur de la politique, les pouvoirs publics ne font qu’hypothéquer les milliards de dinars qu’ils injectent dans l’économie nationale.

C’est cette logique qui a abouti à la faillite de la santé publique, malade des salaires versés aux médecins et infirmiers, alors même que des sommes colossales ont été affectées au bâti, au matériel et au fonctionnement. Idem pour l’éducation nationale, seconde dépense du Trésor public, mais dernière performance en matière de rendement pour les élèves. L’économie moderne enseigne pourtant, et de tout temps, que le meilleur des investissements réside dans l’élément humain. C’est ce qui a permis à bien des pays, bien moins lotis financièrement que l’Algérie, de s’en sortir et de gagner leur place dans le monde.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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