Des sommes faramineuses englouties dans l'organisation de charters d'expulsés : le vent de crise n’a pas soufflé sur le fret migratoire

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Ses performances en matière d’organisation des opérations de retour conjointes «joint return» de migrants, réfugiés et demandeurs d’asile, sont aujourd’hui établies et elle les doit, encore une fois, à la générosité de Bruxelles qui n’hésite pas à mobiliser en sa faveur des moyens de plus en plus conséquents. Ainsi, en plus de ses propres avions (22), Frontex a, depuis 2011, la possibilité de louer par crédit-bail des voitures, hélicoptères et navires, comme elle peut les acheter en copropriété avec un ou des Etas-membres. Comme quoi, le fret migratoire est, visiblement, l’un des rares secteurs ayant pu échapper à la crise.

En témoignent les plus de 8,5 millions d’euros que débourse, bon an mal an, l’agence pour la déportation de quelque 2038 personnes. Et, pour se convaincre des «délires» de Bruxelles et l’état-major varsovien (Pologne) de Frontex pour la prétendue sécurisation des frontières contre les menaces qui visent le continent, il suffit de se référer aux sommes faramineuses englouties dans l’organisation de charters d’expulsés.En termes relatifs, l’année 2010 est un exemple édifiant. Ce que coûtent à Frontex les convois de migrants : plus de 4 millions d’euros pour le rapatriement de 777 nigérians, gambiens et camerounais, plus de 1 million pour 215 colombiens et Equatoriens, près d’un demi million pour 154 Irakiens, près de 300 000 euros pour 21 burundais… pour ne citer que ces cas de figure.

Tous ces chiffres concernent seulement les frais de déplacement,  n’y ayant pas été inclus les coûts de la rétention dans les centres d’identification ni les frais des tribunaux induits par les procès de la validation de la détention, souligne Gabriele del Grande, jeune écrivain italien, fervent défenseur des droits des migrants. D’un point de vue économique, ces opérations de joint return dont s’enorgueillit le couple UE-Frontex sont, aux yeux du fondateur de l’observatoire sur les victimes de l’émigration «Fortress Europe», un fiasco total. Et dire que l’idée était née juste pour économiser en temps et en argent un leurre. Et pour cause, argumente-il, «au lieu d’utiliser des vols réguliers, Frontex loue des avions de compagnies privées et leur fait faire plusieurs escales dans les différents pays européens pour les remplir de passagers à expulser et de leurs escortes de police». Les aberrations financières en matière de déportation n’est pas une exclusivité «frontexienne».

L’UE fait mieux : 10 millions d’euros pour le quasi même nombre de rapatriements - 2000 personnes -, en moyenne, est l’enveloppe affectée au poste «charters d’expulsés». Ce qui fait dire au grand reporter Del Grande qui a eu à vivre sur le terrain l’expérience de la longue et périlleuse traversée des migrants, celle de nos harraga en projet, en parcourant la quasi-totalité des routes de migration en Italie, à Malte, en Grèce, à Chypre, en Turquie, Israël, Egypte, Libye, Tunisie, Maroc, Sahara occidental, Mauritanie, Mali, Sénégal, Burkina Faso et Niger «en période de crise bien évidemment économique, dans laquelle l’Europe préfère investir dix millions d’euros pour expulser 2000 de ses nouveaux citoyens, plutôt que d’en soutenir autant et de leur donner autant de possibilités concrètes et des services».

Notons enfin que Frontex a réussi à conclure des accords sur les vols charters avec le Nigeria, le Cameroun, la Gambie, le Kosovo, l’Albanie, la Géorgie, l’Arménie, l’Equateur, la Colombie, le Burundi et l’Irak. En la matière, l’Algérie est l’un des rares voisins du Sud à rester étanche aux demandes incessantes du bras armé de l’Europe. Un niet catégorique aux charters d’expulsés est à chaque fois brandi par les autorités nationales.                                                              

Categorie(s): economie

Auteur(s): Naima Benouaret

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