Deuil et grève générale à Tripoli : la faiblesse de l’Etat, principal souci des Libyens

Elwatan; le Lundi 18 Novembre 2013
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Tout le monde est mécontent et s’inquiète par rapport aux moyens de sortir de cette grave crise de sécurité qui perdure. Mais, en l’absence d’une autorité forte, comment pourrait-on sortir de l’impasse ?
Un calme précaire régnait hier à Tripoli. La grande artère Omar Mokhtar était presque vide, comparativement à ses embouteillages habituels. La place des Martyrs était tristement déserte. Seuls quelques enfants ont saisi l’opportunité de cette journée ensoleillée pour servir des graines aux pigeons. Les commerces ont ouvert avec du retard avant de baisser rideau en signe de protestation contre la présence des milices en ville et du deuil pour les victimes de vendredi dernier.

Tous les établissements scolaires et universitaires étaient fermés, depuis hier et pour trois jours, ainsi que toutes les administrations et les banques. En un mot, la vie tourne au ralenti. Seuls les services vitaux sont opérationnels (hôpitaux, électricité, eau, urgences hospitalières, etc.), ainsi que les commerces d’alimentation générale.

Ville assiégée

Tripoli ressemble depuis vendredi dernier à une ville assiégée. Toutes les sorties de la ville sont contrôlées par des miliciens lourdement armés. Des chars et des canons surplombent les ponts dans tous les axes, notamment sur la route de la Plage (Tariq Chati).
Sur cet axe routier menant vers Misrata, plusieurs lignes défensives ont été installées. Il y a notamment des agglomérations de miliciens du côté de la ville de Tajoura et de la base aérienne de Miitigua. Ces troupes ont occupé les points stratégiques pour empêcher l’arrivée d’un éventuel renfort venant de Misrata, pour soutenir les rebelles délogés de Gharghour, originaires eux aussi de la même ville.

Aux autres accès de la ville, les milices de Zentane contrôlent les routes menant vers l’aéroport et les villes du Centre et du Sud, alors que la sortie ouest est contrôlée par les milices de Tripoli. Il est clair que les forces des ministères de la Défense et de l’Intérieur sont absentes de ce dispositif de protection de Tripoli. Ce qui veut dire que, deux ans après la chute d’El Gueddafi, la Libye ne dispose pas encore de forces loyales au gouvernement. Cette situation suscite l’anxiété de tout le monde, en Libye et à l’étranger.

Consternation

La population tripolitaine a peur. L’inquiétude se lit dans les yeux. Le moindre bruit suscite des interrogations suspectes. Tous sont hantés par la sécurité à Tripoli. Le principal souci est l’absence d’une force loyale au gouvernement qui applique les réglementations. «Heureusement que les notables tribaux sont encore là et préservent le respect de la population. Sinon, ce serait la catastrophe, en l’absence de l’autorité de l’Etat», indique Ahmed Drid, doyen de la faculté de droit de Ghariane. «Aujourd’hui encore, ce sont les notables tribaux de Tajoura, Misrata, Zintane et Tripoli qui sont en train de régler la situation», poursuit-il. «Mais la situation ne peut pas se poursuivre de cette façon, surtout que les caisses de l’Etat commencent à se vider avec le quasi-arrêt de l’exportation du pétrole», avertit l’universitaire.

Categorie(s): international

Auteur(s): Mourad Sellami

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