Dialogue inclusif en Libye : Les enjeux locaux et internationaux de la rencontre d’Alger

Elwatan; le Mardi 7 Octobre 2014
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Les affrontements interlibyens traduisent des conflits d’intérêts entre des groupes d’influence, plus que des conflits confessionnels, comme c’est le cas en Irak ou en Syrie. Toute la société libyenne est sunnite et le conflit entre Al Karama et Fajr Libya n’est pas religieux», estime l’envoyé britannique en Libye, Jonathan Powell. Pour sa part, la porte-parole du ministère des Affaires étrangères de la République islamique d’Iran, Mardhia Afkham, a refusé «toute action militaire ou intervention étrangère dans les affaires internes de la Libye». Elle a exprimé le soutien de son pays à l’initiative d’Alger de réunir les belligérants de la scène libyenne autour d’une table de négociations.

Mme Afkham a précisé que «le Dialogue entre les groupes et les courants politiques libyens est l’unique voie pour sortir de la spirale de la violence et de l’instabilité dans ce pays». La responsable iranienne a conclu par l’espoir de «voir le Dialogue d’Alger contribuer à l’installation de la paix et de la stabilité en Libye et dans toute la région». Par ailleurs, la France a installé une nouvelle base militaire au nord du Niger, «dans le cadre de la lutte contre le terrorisme» et afin de contrôler les frontières poreuses de la Libye.

Cette base coordonne avec d’autres forces françaises installées aussi bien au Tchad qu’au Mali et au Burkina Faso. La France dispose dans ces zones de plus de 3000 soldats, auxquels il faut ajouter 1000 autres assurant le soutien logistique. A souligner que les Français coordonnent avec les Américains pour contrôler les grandes étendues du Sahara, via les troupes terrestres, les avions sans pilote et le contrôle satellitaire. Ces diverses actions militaires et diplomatiques montrent à quel point la Libye accapare l’intérêt des grandes puissances.

Et l’intérieur ?

La situation intérieure libyenne est aussi complexe que les intérêts qu’elle suscite à l’étranger. En effet, aussi bien à l’est qu’à l’ouest de la Libye, il y a trois axes politico-militaires. D’abord, les forces appelées Boucliers de la Libye, proches des thèses du Parti de la justice et de la construction (PJC), bras politique des Frères musulmans et dont Misrata constitue la plaque tournante.

Cet axe fait partie de l’opération Fajr Libya tout en acceptant le processus de réconciliation de Ghadamès. En deuxième lieu, il y a l’axe dont l’expression politique est traduite par l’Alliance des forces nationales (AFN) de Mahmoud Jibril. Il est militairement présent à l’Ouest, à travers les forces de Zintane et l’armée des tribus. Alors qu’à l’Est, il est incarné par les forces réunies sous l’égide de l’Armée nationale. La dernière force militaire en place, ce sont les milices «djihadistes», qu’elles soient celles de Derna ou celles de Tripoli, qui refusent le dialogue, au sein de l’opération Fajr Libya.

Les unités de Derna ont même prêté allégeance aux terroristes de Daech. Avec de telles armadas, soutenues militairement par la Turquie et le Qatar du côté de l’axe «Frères musulmans-djihadistes» et par les Emirats et l’Egypte du côté de l’axe «Haftar-Jibril», la situation ne semble pas facilement solvable, surtout si l’on ajoute la donne des Libyens de la diaspora, qui ont quitté le pays suite à la chute d’El Gueddafi. Il est à souligner que le round d’Alger du Dialogue national libyen prévoit d’associer certaines personnalités proches de cette mouvance de la diaspora. Mais, si les forces proches de l’Alliance des forces nationales acceptent d’associer la diaspora, les Frères musulmans et leurs alliés s’attachent à «la pureté révolutionnaire des participants au Dialogue». Les tractations d’Alger et de Ghadamès prépareraient-elles de nouveaux équilibres en Libye, suite au retournement de la situation en Syrie et en Irak ? Nous le saurons bien assez tôt.

Categorie(s): international

Auteur(s): Mourad Sellami

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