Djamel. Agent de liaison du GIA : «Hocine Flicha m’a remis l’émissaire pour l’emmener chez Zitouni»

Elwatan; le Dimanche 23 Decembre 2012
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- Au mois de mars 1996, lorsque les moines ont été enlevés de leur monastère à Médéa, que faisiez-vous au sein du GIA ?
 

J’étais agent de liaison. Je connaissais Chréa et Bougara comme ma poche. Ma tâche était de guider les gens qui devaient voir Djamel Zitouni, alors émir national du GIA, ou alors accompagner les éléments qui transitaient par la région de Bougara. Je les menais jusqu’au campement de Aïssaouia ou celui de Sbaghnia.

 

- Etiez-vous au courant de l’enlèvement ?
 

Bien sûr. Lorsque Fethi Boukabous, un des proches de Djamel Zitouni, s’est rendu aux services de sécurité, il y a eu un mouvement de panique dans les rangs du groupe, notamment au sein de la direction de l’émirat. Ordre nous a été donné de prendre tout ce qui pouvait être transportable. A cette époque, les moines étaient détenus dans une maison, Dar El Hamra, qui servait de prison, située à Aïssaouia, entre Tablat et Bougara. Au moment où nous déménagions, on nous avait dit que les moines allaient nous ramener au nouveau refuge, en fin de journée, une fois que tout le monde serait installé. Mais ils les ont finalement transférés non loin de là où ils étaient. Ils ont été exécutés 15 ou 20 jours après.

 

- Comment le saviez-vous ?
 

Notre camp était un passage obligé. Tous ceux qui allaient vers les moines devaient inévitablement passer par nous. Rachid Oukali, Abou Loubaba et Abou Tourab, tous membres de la Katiba Al Khadra, étaient venus à bord du 4x4 de Zitouni. Ils nous ont dit qu’ils étaient venus pour prendre les moines. Mais ce jour-là, il était impossible qu’ils les fassent sortir. Il y avait d’un côté l’avancée de l’armée vers nos campements et, de l’autre, les embuscades de Ali Benhadjar. Ce dernier voulait à tout prix prendre les moines et, de ce fait, multipliait ses attaques contre les positions du GIA. Oukali et ses accompagnateurs étaient obligés de passer la nuit au campement. Le lendemain, comme ils ne pouvaient pas les emmener, ils les ont tués, puis leur ont coupé la tête, certainement pour prouver à Zitouni qu’ils avaient bel et bien été exécutés. Les têtes ont été mises dans un sac de jute puis déposer dans la voiture. Les exécuteurs sont passés par notre camp avant de rejoindre Tala Acha.

 

- Qui a pris les têtes ?
 

Comme je l’ai dit, ils étaient cinq. D’abord Oukali de Bab El Oued, le chef, Abou Tourab, Rachid, Omar Abou Al Haithem de Rovigo, Abou Ishak et Abderrahmane de Rovigo. Je ne sais pas qui a tué les otages et a procédé à leur décapitation. Ce qui est certain, pour moi, c’est que les cinq ont assisté à l’exécution puis ont chargé les têtes dans le véhicule. J’étais à moins de 500 mètres de l’endroit. Les corps ont été enterrés sur place.

 

- Durant la période de séquestration, qui venait voir Zitouni dans son PC de Chréa ?
 

Etant donné que je connaissais très bien Chréa et Bougara, je faisais l’agent de liaison et en même temps le guide pour tous les visiteurs ou les éléments de passage dans notre région. Souvent, c’étaient des gens qui venaient de Cherarba et de Château Rouge, aux Eucalyptus. Hocine Flicha se chargeait de les ramener jusqu’à la limite du maquis et moi je les dirigeais jusqu’à Sbaghnia où ils sont rejoints par Zitouni. Celui-ci venait à bord de son 4x4 en traversant Oued Lakhra. Moi je passais la nuit plus loin, pour ne pas entendre ou voir ce qui se passait entre Zitouni et ses hôtes. Le lendemain, je les raccompagnais jusqu’à Oued Slama, où un autre agent de liaison les prenait en charge pour terminer le chemin. Parmi tous ceux que j’ai accompagnés, deux m’ont intrigué. L’un était un jeune, âgé de 26- 27 ans, de taille moyenne, blanc de peau, avec un bouc, toujours bien habillé. Il venait avec Hocine Flicha. Je passais de longs moments à discuter avec lui des choses de la vie. J’ai appris qu’il partait souvent en France.

 

- C’était durant la période de l’enlèvement ?
 

Oui, mais il est venu avant et même après. Il était reçu par Zitouni et tout le monde disait que c’était un membre de sa famille. Peut-être parce qu’ils semblaient liés. Le deuxième homme n’est venu qu’une seule fois. On m’a dit que c’était un proche de Zitouni. Mais je n’y ai pas cru. C’était un homme de 54 à 56 ans, le visage bien rond, la peau blanche, bien habillé ; il donnait l’impression d’être un intellectuel, peut-être même un médecin. Il était venu accompagné d’un enfant de 7 ou 8 ans. Ce n’était pas son fils. Je pense qu’il le ramenait avec lui pour ne pas attirer les soupçons. Lorsque Hocine Flicha me l’a confié, je l’ai accompagné jusqu’au PC.

 

- L’aviez-vous déjà vu auparavant ?
 

Non, je ne l’avais jamais vu. Par contre, le jeune de 27 ans venait au moins une fois par semaine pour voir Zitouni. L’autre, je ne l’ai vu qu’une seule fois. J’étais a au camp d’Al Oubour, de transit. A l’époque, Mossaâb Beziou était l’émir de la zone et Mohamed Sghir émir de «djound». Les moines étaient à Tala Hofra. Hocine Flicha a ramené le visiteur de Château Rouge jusqu’à Oued Slama à pied. Puis il me l’a remis et nous avons continué à marcher jusqu’à Aïssaouia. Durant le trajet, le visiteur n’a pas beaucoup parlé. C’est à peine s’il répondait à mes questions. Il parlait l’arabe algérien. Il n’avait pas l’air d’être un étranger. On a marché toute la journée et sommes arrivés à la tombée de la nuit. Le groupe qui devait l’accompagner jusqu’à Tala Acha, à Chréa, n’était pas encore arrivé et moi j’étais très fatigué. Je m’apprêtais à dormir lorsque Mossaâb m’a sollicité pour poursuivre le chemin jusqu’à Sbaghnia. Il m’a dit : «Je sais que tu es exténué, mais personne ne connaît mieux que toi le chemin. Accompagne-le jusqu’à Sbaghnia et là Zitouni va le rejoindre.» Je les ai emmenés, lui et l’enfant. Lorsque nous sommes arrivés, moi j’ai repris le chemin du retour et lui est resté là-bas. Il y a passé la nuit et le lendemain des membres de la Katiba Al Khadra l’ont fait redescendre jusqu’en ville. Ils l’ont mis dans la 404 bâchée d’un certain Ali pour être transporté à Alger.

 

- C’était à quelle période ?
 

Je ne me rappelle pas. Mais je suis sûr que c’était bien après la fuite de Fethi Boukabous. Les moines avaient été transférés à Tala Hofra.

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Salima Tlemçani

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