Djezzy, la bonne affaire

Elwatan; le Mercredi 19 Mai 2010
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C’est avec Djezzy que le téléphone portable se popularisa en Algérie, l’opérateur venant, début des années 2000, mettre fin à une situation ubuesque où il fallait débourser 50 000 DA pour acquérir — avec un gros piston — une ligne GSM accompagnée d’un énorme appareil qui ne servit en fin de compte qu’à frimer puisque pratiquement inutilisable sur le réseau public d’alors, extrêmement réduit. Avec 14 millions d’abonnés en une décennie, l’opérateur égyptien, épaulé par un personnel de qualité et motivé, rafla la mise. Celle-ci se chiffra en un demi-milliard de dollars de bénéfices annuellement, ce qui fit de Djezzy la pépite du groupe international OTH dirigé par le magnat égyptien Sawaris qui s’en servit pour renflouer les caisses de filiales battant de l’aile.

Djezzy n’est pas venu par hasard en Algérie, il bénéficia d’un sacré coup de pouce à un plus haut niveau des officiels algériens. Mais ceux-ci ruèrent dans les brancards lorsque Sawaris décida de doubler l’Etat algérien en vendant la cimenterie de M’sila au groupe français Lafarge. Ils actionnèrent le fisc qui, en jetant un coup d’œil dans la comptabilité de Djezzy, découvrit des irrégularités qui lui valurent une amende équivalente à une année de bénéfices. Dès qu’ils eurent vent de la décision de vente de Djezzy, comme ils ne voulurent pas que se réédite l’affaire de la cimenterie de M’sila et parce que l’affaire est juteuse, les pouvoirs publics mirent en avant leur droit de préemption.

Ils prononcèrent la sentence : publics, privés ou un mix des deux, les nouveaux propriétaires ne pourront qu’être Algériens. Un plan de négociations fut proposé à la société OTA, gérant Djezzy, qui face, à cette détermination, n’aura pas d’autre solution que de se plier aux exigences algériennes. Il lui reste toutefois une bonne marge de manœuvre lorsque sera abordé le coût de l’opération de vente. Reste l’utilisateur algérien du réseau Djezzy. S’il n’a pas droit au chapitre dans les tractations, il reste cependant le maître du jeu : si le label professionnel de Djezzy en arrive à péricliter à la faveur du transfert de propriété, l’usager, devenu exigeant, passera sans état d’âme chez les concurrents, Nedjma et Mobilis, opérateurs qui gagnent en puissance, imposant de plus en plus leur label dans le pays. Le grand défi pour les nouveaux patrons algériens de Djezzy se jouera immanquablement sur le terrain redoutable du management de pointe.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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