EIIC et Aqbar, les Emiratis comme au guichet de l’Ansej

Elwatan; le Lundi 28 Mars 2011
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La révolution arabe ne fait pas peur à tout le monde. EIIC et Aqbar deux fonds d’investissement émiratis, l’un de Dubaï l’autre de Abu Dhabi, viennent de s’engager coup sur coup pour des investissements importants en Algérie. Les premiers dans le loisir thématique et le résidentiel avec Dounya Parc, les seconds dans l’industrie mécanique avec l’assemblage de véhicules utilitaires de Daimler Benz. Près de 7 milliards de dollars devraient être mobilisés dans les deux investissements, Dounya Park avec plus de 5 milliards de dollars s’emparant de la part du lion. L’annonce de la conclusion de ces deux investissements peut, objectivement, être considérée comme un coup d’éclat pour Alger, dans un contexte régional où la révolte gronde de l’Atlantique au Golfe arabe. C’est incontestablement un bon point.

Le seul autre pays de l’Afrique du Nord, encore en configuration théorique d’attirer de tels projets, le Maroc, fait profil bas dans l’accueil des IDE, depuis que la visibilité politique y est, à son tour, devenue plus opaque. Mais un bon point pour l’Algérie n’est jamais exonéré de pondération. EIIC est dans le pays depuis cinq ans. Pour Dounya Parc et pour d’autres projets, notamment, dans l’industrie laitière. Ce délai relativise beaucoup l’enthousiasme qui entourait la cérémonie de signature de la convention d’investissement chez l’ANDI, la semaine dernière. Les torts ne sont pas qu’algériens. La crise des subprimes est passée par là. Les Emiratis en ont subi les vagues jusque dans la lagune de Dubaï en 2009.

Les circonvolutions algériennes au sujet des investissements étrangers tombaient à pic. Elles donnaient le temps aux Emiratis de recompter leurs billes après l’effondrement de leurs actifs.  Mais il n’y avait pas que cela. Les 230 hectares dédiés à Dounya  Parc à l’entrée ouest d’Alger, sur les collines du Sahel, ont nécessité des expropriations pour utilité publique. Jusque-là rien à dire. Sauf que EIIC a proposé en 2009 un projet intégrant un périmètre résidentiel sur près de 30 hectares. Argument, le business plan de Dounya Parc était insoutenable sans un volet d’habitations de haut standing avec ventes sur plan. L’expropriation pour «utilité publique» devenait juridiquement nulle pour une partie des terrains.  

Le conflit judiciaire qui s’en est suivi a été, semble-t-il, dénoué récemment, pour ouvrir la voie à l’accord d’investissement. Mais le gouvernement algérien a cédé sur l’essentiel. La densité du bâti sur Dounya Parc, même à sa marge, dénature l’identité du «projet vert » du parc et son ambition de devenir une bulle à zéro rejet de carbone. 13 000 unités dans le résidentiel et les activités connexes. Autant dire un nouveau pôle urbain. Qui s’ajoute à la concentration explosive des nouvelles cités du vallon entre Ouled Fayet et Chéraga. La première maquette de EIIC pour Dounya Parc avait d’ailleurs était rejetée par le ministère de l’Environnement, le partenaire public du projet. La performance de cette annonce se décline déjà autrement. Cinq années pour en arriver là ? Quelque chose a donc changé ces dernières semaines.

Le gouvernement s’est affaibli. Son «patriotisme économique» écervelé depuis 2008-2009 s’est fissuré.  Le président Bouteflika, après avoir joué au Chavez frelaté en économie, a donné ordre d’engranger quelques opérations avec les étrangers pour mettre du relief dans un bilan, sur le front des IDE, digne, depuis trois ans, du plateau de Tadmaït. Investisseurs étrangers devant les guichets de l’ANDI et jeunes émeutiers potentiels devant les bureaux de l’Ansej ou de l’ANEM, le rapport de forces s’est retourné. Conséquence, l’Algérie après avoir négocié comme Néron, signe comme Sadate. Aux conditions de l’autre. «Pas tout à fait» tout de même. Ahmed Ouyahia exige un financement majoritairement en dinars pour les investissements étrangers. Souci de la balance devises positive. Et que font les Emiratis ? Ils acceptent, bien sûr. Ils vont s’endetter auprès des banques algériennes. Et rembourser pour l’essentiel en Algérie.

Le gouvernement veut des investissements étrangers qui font rentrer peu de capitaux et qui ont feront donc sortir peu aussi, une fois les profits réalisés. Il existe une autre manière de «nationaliser» en partie les actifs des IDE, plus dynamique que le 51-49 d’autorité. L’invitation pour l’investisseur étranger à lever des fonds propres à la Bourse d’Alger. «L’inconvénient» dans ces cas là est toujours «politique». Le pouvoir ne maîtrise pas le résultat de l’ouverture en Bourse… et ne contrôle donc pas l’identité des partenaires algériens de l’investisseur étranger. Un risque» qui ressemble un peu à celui des élections libres. Bienvenue tout de même à EIIC et à Aqbar. Eux ont pris un bon risque.

Categorie(s): analyse éco

Auteur(s): El Kadi Ihsane

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