Élections législatives fixées au 10 mai : Réel déphasage entre le discours et la réalité

Elwatan; le Samedi 11 Fevrier 2012
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Mais un discours suffira-t-il à lui seul à susciter une sensibilisation et une mobilisation des citoyens ? Le chef de l’Etat pense-t-il, en un court speech à la nation, effacer la piètre image qu’a donné le Parlement durant les deux dernières législatures ? Pas évident. Le mandat parlementaire a été réduit à un moyen, sans plus, d’accéder aux privilèges. Il a été carrément dévoyé. Aucune proposition de projet de loi n’a émané des députés ; les rares initiatives provenant des quelques élus indépendants ont toutes buté sur le refus du bureau de l’Assemblée populaire nationale (APN).

Tout a été fait pour que le Parlement soit vidé de sa vocation et de ses missions. Quand on entend le Président parler, dans son discours, de la qualité et de la qualification de la représentation populaire, on reste sans voix devant le fait qu’il ait eu à donner sa caution, après la démission de Karim Younès, à la nomination de Ammar Saïdani, l’ancien président de l’APN. Beaucoup de parlementaires l’ont vécu à l’époque comme une humiliation. Le discours du président de la République apparaît, en ce sens, en parfait décalage avec la réalité ! Lui-même a préféré, exagérément d’ailleurs, faire passer la majorité des textes de loi par voie d’ordonnance. Aucune mission de contrôle de l’Exécutif n’a été tolérée au sein de ce Parlement. Amorphe qu’il était, il n’a servi que d’alibi à l’absolutisme de l’Exécutif.

Des partis de l’opposition ont voulu imposer un débat général sur la corruption qui ruine le pays, rien n’y fit. Un autre groupe de parlementaires avait demandé une commission d’enquête sur ce phénomène qui gangrène la machine économique nationale et l’administration a vu sa proposition bloquée par le bureau de Abdelaziz Ziari, président de l’APN. L’initiative qui avait recueilli pourtant le quorum a été refusée. Autant de pratiques qui font qu’aujourd’hui, le mandat de député est perçu par les citoyens comme un moyen d’enrichissement, ni plus ni moins. Cette mauvaise image que donne le dévoiement de l’exercice parlementaire ne peut que faire fuir un électorat habitué par ailleurs à «des élections à la Naegelen», comme cela a été reconnu officiellement, qui ne traduisent pas, évidemment, la volonté populaire.

Aucun discours ne peut essuyer d’un revers de la main cette décrépitude entretenue, des années durant, des institutions nationales. Aucun discours, encore moins celui que vient de prononcer le chef de l’Etat, ne peut tenir devant ce qui est advenu du mandat parlementaire. Les assurances que veut donner le président Bouteflika quant à la surveillance des élections ne suffisent pas.

C’est du déjà vu ! L’Exécutif a reconduit, à quelques exceptions près, les mêmes mécanismes de surveillance que lors des précédents scrutins, entachés de flagrantes fraudes dénoncées en leur temps par les partis de l’opposition et reconnues aujourd’hui par les plus hauts responsables de l’Etat. Ce que l’on retient, par contre, est que le premier magistrat du pays n’a pas pu accéder à deux revendications importantes de la classe politique pour garantir un scrutin libre et honnête, à savoir la mise en place d’un gouvernement neutre ou la démission des ministres trois mois avant l’élection.

 

Categorie(s): actualité

Auteur(s): Said Rabia

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