En clair : Celui qui te devance d’une nuit, te devance réellement d’une ruse ?

Elwatan; le Vendredi 1 Avril 2011
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Une photographie m’obsède. Je n’arrête pas de la regarder, de scruter les détails. Rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une capture vidéo d’une sextape algéroise ou d’une photo volée lors d’une orgie papichesque à Club des Pins. Loin de là. Très loin même. C’est la photo en noir et blanc prise par les six pères de la Révolution algérienne dans un petit studio à l’ex-rue de Marne, à Bab El Oued, le dimanche 24 octobre 1954. Ce ne sont pas les chaussettes tombantes de Larbi Ben M’hidi qui m’obsèdent, ni la symétrie de la scène avec les deux grands de taille – Boudiaf et Bitat – encadrant leurs camarades. Ce qui m’obsède surtout, c’est leur jeunesse. Leur émouvante jeunesse. Des jeunes qui se révoltent contre l’ordre colonial, mais aussi contre le système des zaïms, contre l’inaction, contre l’absence de projet nationaliste valable. On oublie souvent cette donne et l’histoire officielle préfère – pour la tranquillité des vieux pères de la nation – nous vendre des personnages mythiques et décharnés, des icônes intemporelles, sans âge justement. Alors, je prends ma calculette et je tape nerveusement pour redonner de la chair à ce groupe figé dans cette photo en noir et blanc : Boudiaf, 35 ans, Bitat, 29 ans, Didouche, 27 ans, Krim 32 ans, Ben M’hidi, 31 ans, Ben Boulaïd 37 ans.

Soit une moyenne d’âge des audacieux déclencheurs du 1er Novembre de 31,8 ans ! Pourquoi je m’énerve ? Parce qu’à écouter le discours de nos merveilleux responsables concernant les jeunes, j’ai du mal à imaginer qu’on appartient à la même histoire ! Les jeunes, ce sont des émeutiers, des voyous, des oisifs, des masses informes qu’il faudra mater ou chouchouter à coups d’étals de vente sur le trottoir. Dans les postes de responsabilité, dans les universités, dans les administrations, on nous sort toujours la bonne vieille «légitimité» des aînés, parce qu’on n’a construit ni légitimité de compétence ni légitimité démocratique. La malédiction de ce pays – en plus de la rente pétrolière et les téléfilms de l’ENTV – reste cet indécent décalage entre l’âge réel de l’Algérie et l’âge de glace de l’Autorité «démocratique et populaire» ! 

Categorie(s): gosto

Auteur(s): Adlène Meddi

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