En finir avec le «sale boulot»

Elwatan; le Jeudi 16 Octobre 2014
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Cette fois-ci, c’est la protesta des policiers qui met à nu le pouvoir. Elle révèle aussi bien son incapacité à solutionner la lancinante question du M’zab – d’où est partie la révolte des hommes en bleu – que son incapacité à stabiliser les grands corps de sécurité du pays, dont le premier à en souffrir a été l’armée.

Celle-ci, rappelons-le, a dû subir dès 1999 de profonds bouleversements dictés non pas par un souci de performance, mais bel et bien par l’assouvissement par Bouteflika d’une vengeance tenace à l’égard d’un corps de sécurité qui l’a privé, en 1979, de la succession à Boumediène. L’armée perdit beaucoup en potentiel et en efficience, y compris dans sa partie renseignement, après le dépeçage du DRS opéré ces derniers mois.

De la police, le régime exigea dès le départ qu’elle fasse de la répression de toute contestation populaire, quelle qu’elle soit, la colonne vertébrale de son action. Pour ce faire, il mit à sa tête un général à poigne issu de la Gendarmerie nationale, renforça ses effectifs humains et ses moyens d’intervention. Toutes ces derniers années, la police se distingua par de violentes répressions : opposants politiques, avocats, aveugles, gardes communaux, etc.

Aucune fraction de la population n’y échappa dès lors qu’elle contestait l’ordre établi par le pouvoir politique. Le patron de la police inventa le concept saugrenu de «gestion démocratique des foules». La police finit par devenir un tampon entre les décideurs et la société, un rôle qui l’obligea à assumer toutes les erreurs et les contradictions politiques. La rue finit par devenir un lieu permanent de confrontation entre les policiers et les populations.

Le moment le plus dur fut la crise de Kabylie, au début des années 2000. La police paya les frais de l’aveuglement du pouvoir sur la question de l’amazighité. Le même scénario se reproduit au M’zab. En ne lui apportant aucune vraie solution politique, les autorités laissèrent pourrir le conflit communautaire. La région devint une poudrière et la police, dépassée et harassée, finit par craquer. Le détonateur fut le sang de policiers qui a coulé et, bien sûr, celui des habitants de la ville.

Les policiers ont décidé de franchir le pas – inédit depuis l’indépendance – en sortant dans les rues des grandes villes du pays, bravant leur obligation de réserve, exigeant, outre l’amélioration de leurs conditions de travail, le départ de leur patron et la mise en place d’un syndicat autonome.

S’il se trouve des voix qui crient à la manipulation politique, ce serait insulter ces milliers de jeunes policiers de souche populaire qui ne demandent qu’à vivre dans la dignité sociale et, surtout, ne plus faire de «sale boulot» qui les conduise à entrer en confrontation violente, souvent sanglante, avec les populations. Ce «sale boulot» fabriqué par des décideurs politiques. Au-delà des revendications socioprofessionnelles, c’est cela, le problème de fond. Il renvoie à la nature même du régime politique : antipopulaire et autocratique, opposant les Algériens entre eux, semant les germes de la discorde.

Categorie(s): edito

Auteur(s): Ali Bahmane

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